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Élections scolaires: deux tiers des Québécois sont pour leur abolition ou sont indifférents

En juillet dernier, Léger Marketing a posé la question suivante àa1001 Québécoises et Québécois pour le compte de l’Institut du Nouveau Monde et le magazine L’Actualité:

Croyez-vous que les élections scolaires devraient être abolies ou maintenues?

Voici leurs réponses:

  • Maintenir les élections scolaires: 20%
  • Abolir les élections scolaires: 46%
  • Cela m’indiffère: 19%
  • NSP/refus: 15%

Le projet de loi 86, abandonné en cours de route, prévoyait précisément l’abolition du suffrage universel au profit d’une formule complexe de nomination des commissaires. Et  parmi les 34% de répondants qui ont dit avoir lu, vu ou entendu des informations sur ce projet de loi,  52% se sont prononcés pour l’abandon et 30% pour leur maintien.

Ce sondage ne dit rien du fondement des positions des répondants. Mais chose certaine, un gouvernement qui reprendrait l’idée d’abolir les élections scolaires  ne créerait guère de remous: deux tiers des Québécois sont d’accord ou sont indifférents à la question!

Ce sondage confirme un sondage CROP mené sur le même sujet en avril 2015.  51 % des Québécois s’étaient déclarés d’accord avec l’abolition des élections scolaires contre 25% qui s’y opposaient et autant qui ne se prononçaient pas.

La religion est un phénomène de civilisation qui justifie son étude à l’école

 

NOTE: Ce texte était destiné au Devoir qui, faute d’espace, ne l’a pas publié. Les lecteurs de ce carnet, négligés depuis un bon moment, y trouveront, J’espère, un intérêt.

Dans un texte publié dans ces pages le 31 octobre, Mme Andréa Richard « criait haut et fort qu’il faut bannir l’enseignement religieux des écoles ». Quelques expressions tirées de son texte nous pistent sur les fondements idéologiques de sa proposition.

  • Les religions « sont d’un autre temps ».
  • […]| « Nous pouvons être heureux en laissant le religieux dans la sphère privée, entre adultes consentants ».
  • « Le favoritisme de la pratique religieuse, au détriment de la laïcité qui unit, c’est le contraire de la neutralité. C’est cautionner des extrémistes dans leur foi superstitieuse ».

Ces prémisses posées, on comprend aisément que l’enseignement religieux n’ait pas sa place à l’école. Il faut, suggère-t-elle, «  se tourner vers des cours de civisme, de philosophie pour enfants et adolescents ». D’autres suggèrent qu’on traite des religions dans les cours d’histoire. C’est qui est parfaitement logique puisque les religions seraient d’un autre temps, comme l’empire romain!

Mais les trois prémisses énoncées par Mme Richard sont-elles fondées?

Certes, les religions ont donné lieu à des superstitions, d’ailleurs souvent combattues par ces mêmes religions, et pas toujours avec élégance. Mais la question principale et essentielle est de savoir si la croyance en Dieu, fondement de toute religion, est elle-même une superstition.

Pour l’athéisme radical, disons plutôt dogmatique, toute religion est irrationnelle parce que ses dogmes et, au premier chef, l’existence de Dieu, ne reposent sur aucune preuve scientifique. On en conclut donc que Dieu n’existe pas. De fait, on ne peut prouver l’existence de Dieu. André Compte-Sponville a écrit joliment : « Si vous rencontrez quelqu’un qui vous dit : « Je sais que Dieu n’existe pas », ce n’est pas d’abord un athée, c’est un imbécile. Et même chose, de mon point de vue, si vous rencontrez quelqu’un qui vous dit : « Je sais que Dieu existe ». C’est un imbécile qui prend sa foi pour un savoir. » (L’esprit de l’athéisme : Introduction à une spiritualité sans Dieu).

D’autres réalités demeurent tout autant inexpliquées et inexplicables. Et, au premier chef, le fait qu’il y ait quelque chose plutôt que rien (Leibniz), sinon le fait que j’existe plutôt que je n’existe pas. Et ces questions sont de tous les temps, d’hier comme d’aujourd’hui.

Au plan philosophique, une réponse possible à la question de l’existence de Dieu tient à une intuition fondamentale: pour expliquer ce qui advient, mais qui finit par passer, il pourrait exister un être qui, lui, demeure et ne cesse pas d’être. Il s’agit d’une intuition raisonnable, mais non prouvable. On appelle cet être : Dieu.

On trouve dans le récit biblique du Buisson ardent, mais ici sous le registre de la foi, la même intuition. Étonnamment, elle est exprimée en des termes philosophiques. Moïse dit alors à Dieu : « Soit ! Je vais trouver les enfants d’Israël et je leur dis : ‘Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous!’, Mais s’ils demandent quel est son nom, que leur répondrais-je ?». Dieu dit alors à Moïse : « Je suis celui qui suis ». Et il ajouta : « Voici en quels termes tu t’adresseras aux enfants d’Israël : ‘Je suis’ m’a envoyé vers vous ». (Exode 3, 13-14).

Il m’apparait significatif, dans cette perspective, que l’œuvre première qui est prêtée à l’action de « celui qui est » soit la création de l’univers et de l’homme, comme réponse au mystère, toujours actuel, de l’origine de l’un et de l’autre. Ainsi s’ouvre le livre de la Genèse dans des pages éminemment poétiques.

Je me répète : rien n’oblige à croire en la création du monde par un Dieu, pas plus qu’en Dieu lui-même. Mais rien n’autorise à reléguer cette double intuition au rang des superstitions.

Cela dit, l’existence de Dieu n’est pas qu’une affaire métaphysique. La foi en Dieu a engendré les religions. Celles-ci proposent aussi des dogmes, des morales. Elles s’expriment dans des rites. Elles s’incarnent dans des institutions. Elles sont le reflet des époques et des civilisations en même temps qu’elles les font évoluer. Leurs histoires montrent qu’elles ont charrié et charrient encore des calamités, mais qu’elles ont aussi généré et génèrent toujours des oeuvres admirables. Elles sont le fait des hommes.

Si l’on est prêt à admettre la valeur des religions, ne serait-ce que comme fait important et toujours actuel de civilisation, il n’y a pas de raisons d’en exclure l’étude de l’école. Dans le contexte québécois de l’école laïque, ce ne peut-être que comme objet culturel. À ce jour, le Québec a démocratiquement choisi en 2008 qu’il en soit ainsi à partir d’une recommandation longuement légitimée en 1999 dans le rapport du Groupe de travail sur la place de la religion à l’école que j’ai eu l’honneur de présider. Ce qui a été décidé peut certainement être démocratiquement revu et abrogé. Il conviendrait cependant que cela ne soit pas le simple résultat des pressions des humanistes athées et des religieux fondamentalistes.

Entretemps, et après bientôt dix ans d’implantation du programme, les choix pédagogiques relatifs à l’étude culturelle des religions méritent certainement d’être évalués. Ils ne reposent sur aucun dogme irrévocable.

 

 

 

Voter par internet

Le Devoir de ce matin, 5 mai, a publié la lettre que j’adressais cette semaine aux personnes suivants:

Monsieur le Ministre de l’Éducation

Madame et messieurs les porte-parole de l’Opposition en matière d’éducation

Madame la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec

Madame la présidente de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec

Monsieur le directeur général des élections

Dans un article paru  1er février dernier dans Le Devoir, je proposais de modifier la mécanique du scrutin scolaire de manière à faciliter le vote et augmenter du coup la participation au scrutin.

Statistique Canada vient de faire parvenir aux Canadiens ses directives pour répondre au Recensement quinquennal. Or, elles illustrent parfaitement comment, de manière  analogue, la prochaine élection scolaire pourrait, comme pour le Recensement, se tenir par internet ou par la poste.

La communication de Statistique Canada (ci-joint) fournit en effet deux informations : une adresse internet et un code d’accès sécurisé pour accéder au formulaire. Et ceux qui préfèrent répondre par la poste n’ont qu’à téléphoner au numéro indiqué pour recevoir le même formulaire.

De la même manière, toute personne inscrite sur la liste électorale de sa commission scolaire pourrait recevoir et une adresse internet qui donnerait accès à la liste des candidats de sa circonscription, et un code d’accès pour voter en temps opportun. Ceux qui n’ont pas accès à  internet n’auraient qu’à téléphoner pour recevoir la trousse de l’électeur ou préférablement, pour éviter la fraude, retourner une carte-réponse dûment signée.

Il est certainement temps d’innover en matière de scrutin électoral. Le vote par internet permettrait de conserver le suffrage universel qui est un acquis de la démocratie scolaire et de le rendre plus significatif. Cette formule rendrait caduque l’idée d’un scrutin concomitant des élections scolaires et municipales. Elle réduirait sans doute aussi de manière importante les frais d’un scrutin tenu de manière traditionnelle.

Comme les délibérations autour du projet de loi 86 ne sont pas terminées, je vous soumets respectueusement cette suggestion dans le but, s’il est encore possible, de faire avancer le débat et de lui trouver un dénouement satisfaisant pour l’ensemble des partis en cause.

J’ajoute par ailleurs à cette lettre une autre suggestion.  Le site internet sur lequel l’électeur trouverait son bulletin de vote pourrait en outre publier des liens menant aux programmes des différents candidats. On sait que ce qui manque beaucoup pour susciter la participation aux élections scolaires est l’information sur les candidats et leur programme.

 

Élections scolaires: retour à la case départ

Le Devoir publie ce matin les réflexions que m’a inspiré le pas-en-arrière du gouvernement sur les élections scolaires à la fin de la récente commission parlementaire sur le projet de loi 86. J’insiste en particulier sur la nécessité de réfléchir sur les facteurs qui  expliquent la non-participation des électeurs, mais aussi sur la valeur idéale que représente l’élection au suffrage universel.

 

DÉMOCRATIE SCOLAIRE: AMENER L’URNE AUX ÉLECTEURS

Le Devoir publie aujourd’hui une nouvelle proposition que je viens de formuler dans le cadre du débat à venir sur le projet de loi 86 touchant les élections et la gouvernance scolaires.

Je propose de maintenir le suffrage universel, mais en en facilitant l’exercice tout en responsabilisant les électeurs par le moyen d’une invitation  à participer au scrutin. Une réponse  positive de l’électeur lui permettrait ensuite de voter par la poste.

 

LES MUNICIPALITÉS DISENT OUI À LA RÉFORME DES COMMISSIONS SCOLAIRES

Bonne nouvelle : la présidente de l’Union des municipalités se dit heureuse que le ministre de l’éducation entend faire participer les élus municipaux aux éventuels conseils scolaires appelés à remplacer les élus au suffrage universel. « La participation du monde municipal à ces conseils est une excellente idée », écrit Mme Suzanne Roy dans Le Devoir d’aujourd’hui.

En effet! Les municipalités et les commissions scolaires ont à l’évidence des intérêts communs en éducation : les premières partagent à bien des égards avec les secondes une même mission culturelle et économique. Bien des équipements sont communs.

Les écoles sont surtout des institutions des communautés locales indispensables à leur devenir. Une municipalité qui perd son école est une municipalité qui commence son agonie.

De son côté, la Fédération des commissions scolaires n’est pas rendue là. Elle tient mordicus au statu quo …amélioré : elle réclame que les élections scolaires se tiennent en même temps que les élections municipales en vue d’augmenter la participation. L’idée est excellente en soi, mais le ministre de l’Éducation n’est plus là. Sa position est ferme : il n’y aura plus d’élections scolaires. Il entrevoit plutôt la mise en place de conseils d’administration composés de représentants des parents, de la communauté et des municipalités. La formule s’apparente au modèle en place dans les cégeps. Bien que défendable, sa position est discutable.

Le modèle du collège électoral que j’ai proposé part des mêmes prémisses : impliquer tous ceux qui ont intérêt direct en éducation. Il s’agirait de confier l’élection à des représentants des parents, des éducateurs, des municipalités et autres détenteurs d’un mandat public. Mais les élus pourraient être n’importe quels citoyens. Le ministre propose plutôt une représentation directe des intéressés au sein de conseil d’administration.

La formule ministérielle est plus simple, mais elle marque une rupture radicale avec une tradition qui remonte à 1829. Cette tradition repose surtout sur un principe important : la démocratie, principe que l’on ne peut écarter sans plus ample réflexion. Aussi, avant de se rallier à la formule du ministre Blais, un débat public s’impose.

Il a annoncé à cet égard un projet de loi pour cet automne. Mieux vaudrait, à mon avis, qu’il propose un « livre vert » dans lequel on y trouverait les diverses formules possibles et un argumentaire solide à propos de chacun. L’histoire des élections scolaires depuis 1829 montre une variété dans les formules jusqu’à l’instauration du suffrage universel en 1973, Faut-il rappeler qu’avant cette date, les Montréalais et les Québécois n’avaient jamais élu leurs commissaires : ils étaient nommés conjointement par les élus municipaux, l’archevêque du lieu et le gouvernement!

Les commissaires ont été élus légitimement il y a moins d’un an et ils sont en poste pour encore trois ans. Il n’y a donc à mon avis, aucune urgence de procéder aux changements envisagés.

ÉLECTIONS SCOLAIRES : LA FCSQ EN SAIT-ELLE PLUS QUE LE PEUPLE?

La Fédération des commissions scolaires du Québec vient de mettre en ligne une pétition pour réclamer du gouvernement et du ministre de l’Éducation de maintenir le suffrage universel aux élections scolaires. On sait que le ministre Blais a déjà annoncé sa décision de supprimer ces élections scolaires sans pour autant préciser comment et par quoi il entend remplacer le système actuel. La Presse rendait néanmoins compte il y a quelques semaines d’une toute formule apparemment examinée au ministère que j’ai d’ailleurs commentée ici.

Or  le texte de la pétition de la FCSQ affirme la volonté du ministre de remplacer « les personnes élues au suffrage universel par un conseil d’administration privé ». Si cela est vrai, c’est une grosse nouvelle, mais je n’ai jamais entendu parler de cette formule.

On ne saurait reprocher à la FCSQ de défendre ses convictions. Mais espérons qu’elle n’a pas inventé ce qu’elle affirme. Ce serait un peu gros.

Elle devrait s’empresser toutefois de préciser, le cas échéant, d’où elle tient ce qu’elle affirme pour que l’on puisse évaluer la crédibilité de sa source.