Archives mensuelles : novembre 2012

LA QUALITÉ DE L’ENSEIGNEMENT UNIVERSITAIRE SE MESURE D’ABORD EN CLASSE

Je n’étais pas hier soir et aujourd’hui à Québec pour entendre les discours et les débats sur la qualité de l’enseignement universitaire. Claude Lessard, l’actuel président du Conseil supérieur de l’éducation, y a donné une conférence fort intéressante et pertinente sur ce même thème.

Pour ma part, je pense plutôt à l’enseignement tel qu’il se donne dans les salles de cours. Il y a au moins deux façons d’en débattre : la première, à partir d’indicateurs qui tiennent à des éléments environnementaux à l’acte d’enseigner, notamment :

  • le ratio professeur/étudiants
  • le ratio professeur/chargés d’enseignement
  • le nombre de livres dans les bibliothèques
  • les locaux adéquats, etc.

Une autre façon est d’en traiter à partir de la compétence professionnelle des professeurs et des chargés de cours. C’est d’abord celle-ci qui m’apparaît déterminante pour la qualité de l’enseignement.

La compétence disciplinaire  ne fait généralement pas problème. C’est un critère d’embauche important et les exigences de la recherche obligent chacun à se maintenir à niveau. En revanche, la compétence pédagogique est plus problématique. Car on se bute ici à une culture universitaire où la pédagogie n’est pas généralement pas valorisée. J’en veux pour preuve le fait que les universités, règle générale, n’imposent au nouveau professeur aucune exigence de formation en cette matière.

Dans le département où j’ai œuvré pendant dix-huit ans, on se contentait d’imposer aux candidats à un poste de prononcer une conférence devant ses éventuels collègues. On voulait vérifier ainsi ses habiletés de communication. Je me souviens d’avoir préparé des acétates surchargés (c’était avant Power Point) ignorant tout des techniques en la matière. Heureusement, j’avais un certain sens du marketing. C’était, en 1991, au temps de la commission Bélanger-Campeau, et j’avais choisi d’intituler ma conférence : « Le système éducatif dans un Québec éventuellement souverain »!

Savoir communiquer ne suffit pourtant pas à rendre un professeur un bon pédagogue. L’enseignement comprend aussi un certain nombre de processus et de techniques, du reste, en évolution. Il vise surtout à faire apprendre et à bien apprendre. Or si les universités n’impose pas d’exigences pour développer minimalement les compétences pédagogiques de leur corps enseignant, c’est que la culture même des professeurs les amène à dévaloriser la pédagogie et survaloriser leur discipline. Cela s’est observé et se constate encore devant leurs réactions négatives suscitées par les exigences ministérielles concernant la formation des enseignants de nos écoles primaires et secondaires.

La situation est autre dans les cégeps où les professeurs se sont pris en main au sein de la vigoureuse Association de pédagogie collégiale. Les cégeps sont aussi soumis aux observations de la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial. Il existe bien une Association internationale de pédagogie universitaire, mais je doute qu’elle ait un grand impact dans nos départements et facultés.

Pour l’heure, les universités – du moins l’UdM – ont développé une stratégie en trois volets :

1- Les étudiants évaluent systématiquement chaque cours. C’est le minimum. Mais on ignore ce que font les doyens de faculté et directeurs de département pour aider et, le cas échéant, sanctionner les « mauvais » professeurs. Et règle générale, ces évaluations pèsent assez peu dans la balance, comparativement au dossier de recherches, lorsque vient le temps des promotions.

2- Les universités offrent à leur corps professoral des services pédagogiques, mais chaque professeur est totalement libre de les utiliser.

3- Certaines, comme l’UdeM, valorisent l’enseignement en octroyant annuellement des prix d’excellence, mais on ne saurait dire si cela a en effet d’entraînement.

À mon avis, ces mesures ne suffisent pas. Tant que les universités et, au premier chef, le corps professoral ne se convaincront pas de la nécessité d’une formation en pédagogie pour obtenir l’agrégation, on n’aura fait que du surplace à l’égard de la qualité de l’enseignement.

ATHÉISME, GANGRÈNE ET RELIGION

Je recevais la semaine dernière un courriel personnalisé de l’Association humaniste du Québec qui commençait ainsi :

« L’Association humaniste du Québec (AHQ) est une association de gens cherchant à développer et promouvoir l’humanisme séculier. […]. Vous recevez ce courriel parce que votre adresse courriel figure sur la liste des personnes que nous estimons humanistes et influentes au Québec. »

Je me suis senti honoré. On m’offrait en même temps de me faire parvenir gracieusement par courriel le bulletin de l’Association intitulé : Québec humaniste.

J’ai donc parcouru le bulletin pour y lire ce qui suit du président de l’Association, M. Michel Pion : « À mon avis, je demeure persuadé que la religion est une gangrène du genre humain qui mérite d’être relégué au passé au même titre que la chasse aux sorcières ou les saignées comme traitement médical. »

J’ai donc répondu ce qui suit à l’invitation qui m’était faite :

« J’ai beaucoup d’intérêt pour la cause de la laïcité à laquelle j’ai œuvré pendant longtemps et à laquelle je continue d’apporter mon soutien. J’estime aussi que l’athéisme que professe votre association se défend très bien rationnellement. J’ai pour ma par trouvé chez André Compte Sponville des arguments fort convaincants dans son beau livre L’Esprit de l’athéisme. Et pourtant, je suis croyant et engagé dans ma communauté chrétienne, malgré les vicissitudes de l’histoire ancienne et actuelle de la religion dont elle ne détient pas néanmoins le monopole. Je crois aussi que la culture chrétienne est riche et je m’applique à la comprendre, l’approfondir et à la faire connaître au sein du Centre culturel chrétien de Montréal dont je préside le comité de programmation. »

J’estime que ce jugement ne fait pas honneur à votre association et qu’elle contredit même votre position, que je partage, sur la liberté de religion et de conscience. »

J’ajoute ici trois remarques  :

  1. Si la religion est une « gangrène du genre humain », les nations ont eu tort d’en faire un droit fondamental. On combat la gangrène, on ne la défend pas.
  2. Il est difficile de soutenir que le Panthéon romain, les pyramides d’Égypte, Notre-Dame de Paris, le collège des Jésuites de Québec en Nouvelle-France,  la toccate et fugue de Bach, la Piéta de Michel-Ange, l’engagement de Fernand Dumont, l’œuvre de Mère Thérèse sont tous des œuvres gangrénées.
  3.  Pour la fréquenter et tenter de la comprendre, j’estime que la pensée athée est digne d’estime et de respect. Hélas, en lisant ce que j’ai lu sur le site de l’AHQ, je suis d’avis qu’elle se discrédite.

DROITS DE SCOLARITÉ ET L’OPINION : UNE CÔTE À REMONTER

Pour 54% des Québécois, le « maintien du gel des frais de scolarité » annoncé dans le budget Marceau est « une mauvaise mesure budgétaire »; 42% l’ont toutefois qualifiée de bonne. C’est ce que nous annonçait un sondage Léger Marketing publié samedi dernier dans Le Devoir.

Ce score n’est pas surprenant. J’ai retracé 11 sondages menés au printemps sur le même sujet. En moyenne, 48% des répondants se sont déclarés favorables à une hausse, contre 41% en défaveur. Le tout dernier sondage, avec une question toutefois rédigée autrement, indique la même tendance. Il confirme  la grande division des Québécois sur le sujet puisque l’opinion se divise en deux gros blocs, il est vrai, d’inégale importance.

L’État ne saurait gouverner par sondage.  Celui qui répond à un sondage sur un site internet  n’a pas le temps ni le loisir de délibérer longuement en lui-même sur toutes ces dimensions. Il donne une opinion spontanée, globale, à une question  à laquelle chacun des répondants a déjà réfléchi avec une intensité diverse et un « background» différent.

Mais pour l’État, ses décisions doivent être motivées par un ensemble de facteurs : les valeurs et les principes auxquels ils adhèrent, le droit et en particulier les droits fondamentaux, les choix de société déjà faits, les attentes des citoyens,  le contexte économique,  etc..

Ce que révèlent néanmoins les sondages d’opinion, surtout quand ils sont répétés, c’est le degré d’acceptabilité sociale des mesures proposées, fat politique avec lequel les gouvernements doivent aussi composer. Dans le cas qui nous occupe, les résultats de nombreux sondages montrent à coup sûr qu’un gouvernement qui voudra simplemen geler les droits de scolarité a une côte à remonter auprès de l’opinion.

Aussi,  le gouvernement Marois lorgne-t-il du côté d’une indexation des droits de scolarité, plutôt que leur gel, seule position susceptible de recueillir le plus vaste consensus politique. On verra si des sondages à venir vont confirmer cette hypothèse.

En passant et pour terminer, je signale la publication récente d’un sondage CROP commandé par l’Idée fédérale (?). Il nous apprenait récemment que 4% des Québécois, oui, 4%! voudraient que le gouvernement du Québec fasse de l’éducation sa priorité. Hélas, la très grande majorité des sondages (et ils sont nombreux : voir Opinéduq) placent de façon récurrente l’éducation au bas de l’échelle. Ce n’est guère réjouissant.

LE SOMMET SUR LES UNIVERSITÉS: QUI TROP EMBRASSE…

J’avoue mon scepticisme après lecture des documents préparatoires au Sommet sur l’enseignement supérieur. On y ratissera très large. On y traitera en effet de :

  • la qualité de l’enseignement supérieur;
  • l’accessibilité et la participation aux études supérieures;
  • la gouvernance et le financement des universités;
  • la contribution des établissements et de la recherche au développement de l’ensemble du Québec.

Pourtant, le véritable déclencheur du « printemps érable » a été la décision du précédent gouvernement de hausser substantiellement les droits de scolarité en vue d’assurer un meilleur financement des universités. Tel a été le principal enjeu de la crise du printemps dernier. Pour la majorité des étudiants toutefois, il a cessé de l’être lorsque le nouveau gouvernement a annoncé la suppression de cette hausse et laissé entrevoir qu’il entendait plutôt indexer les droits. La gratuité demeure néanmoins un enjeu pour une fraction des comme on a pu encore le constater avec la manifestation de jeudi dernier.

Certes, des questions pertinentes ont été soulevées en lien avec à l’enjeu principal de la crise du printemps. Mais, à tant vouloir élargir le débat, on se perdra. La connaissance naît par l’organisation des idées, pas dans l’éparpillement.

Mais revenons à l’enjeu principal: la contribution des étudiants au financement des universités. La question se pose sous trois aspects.

C’est d’abord une question de philosophie sociale. Est-il plus souhaitable que l’on instaure la gratuité totale à l’université (comme au collégial), ou est-il préférable d’exiger une contribution des étudiants sous forme de droits de scolarité?

La question de la gratuité scolaire n’est pas nouvelle. On l’a soulevée dès l’instauration de l’école publique en 1829.  Papineau lui-même a jugé qu’il convenait d’imposer une contribution des parents au motif que ce qui ne coûte rien n’a pas de valeur aux yeux de celui qui bénéficie du service.

En fait, il n’existe pas de réponses toutes faites à la question. Et  les arguments déployés, d’un côté comme de l’autre ne sont pas déraisonnables. Il faut maintenant souhaiter que ces réponses déjà largement entendues tout au cours du printemps fassent au Sommet l’objet d’une analyse critique rigoureuse, sinon, on en restera aux idéologies.

La question est aussi de nature politique. En effet, les réponses philosophiques doivent être légitimées par le pouvoir politique pour qu’elles deviennent la norme applicable à tous. Notons que les sociétés sont arrivées à des solutions diversifiées en la matière : certaines ont opté pour la gratuité totale, d’autres pour des contributions plus ou moins importantes des étudiants.

Pour sa part, le Québec a adhéré au Pacte international aux droits économiques, sociaux et culturels de 1976 dont l’article 13c édicte que « […] L’enseignement supérieur doit être rendu accessible à tous en pleine égalité, en fonction des capacités de chacun, par tous les moyens appropriés et notamment par l’instauration progressive de la gratuité ». Cet article n’est pas normatif, mais il dit bien le but à poursuivre. Dix ans plutôt, le Rapport Parent avait déclaré que la gratuité scolaire au niveau universitaire « était souhaitable à long terme ».

Historiquement, les gouvernements péquistes se sont inscrits dans cette visée puisqu’en gelant les droits de scolarité, il se trouvait à les réduire progressivement en dollars constants. Mais, les gouvernements libéraux, depuis 1985 au moins, ont opté pour la hausse des droits de scolarité. Pourtant, dans son programme électoral de 1960, il s’était prononcé en faveur de « la gratuité totale de la petite école jusqu’à l’université inclusivement ».

Le PQ a opté pour sa part pour une indexation des droits. Mais, à l’aube du Sommet, il se défend d’avoir là-dessus une position définitive.

Enfin, la question en débat revêt une dimension économique. Au-delà des principes et des consensus politiques, il y a pour l’État, et en définitive, pour les contribuables, la capacité de payer, compte tenu, évidemment, des choix politiques et économiques. C’est ce qui a mené la Commission Parent à recommander le maintien des droits de scolarité à l’université bien qu’elle ait estimé la gratuité « souhaitable ». C’est manifestement la situation économique qui meut le PQ à vouloir maintenant les indexer plutôt que de les geler.

 ***

Le présent gouvernement, plutôt que de circonscrire le débat à l’enjeu essentiel, a choisi de s’éparpiller. La réalité politique aura probablement tôt fait de le ramener à cet essentiel. Mais espérons tout de même qu’il a prévu de bons mécanismes pour se dépêtrer dans la montagne d’idées qu’il aura recueillies.

UN BEAU DÉBAT À FAIRE : LA SYNDICALISATION DES ÉTUDIANTS

La condamnation de Gabriel Nadeau-Dubois pour outrage au tribunal a relancé de façon spectaculaire le débat sur la syndicalisation des étudiants et sur un éventuel droit de grève qui leur serait reconnu dans la loi. Ce débat était latent depuis que les tribunaux avaient, le printemps dernier, octroyé des injonctions à des étudiants désireux de poursuivre leurs études malgré la grève décidée par leurs associations.

André Pratte a tranché le débat vendredi dernier : « Le Parti québécois, écrivait-il dans La Presse, a désamorcé le conflit en donnant aux militants étudiants tout ce qu’ils demandaient. Si, en plus, il devait leur accorder le droit de faire la grève, il ferait preuve d’un déplorable aplat-ventrisme ». Bon…

Le lendemain samedi, Lise-Marie Gervais, présentait un autre point de vue  à partir d’une analyse juridique et historique menée par deux juristes de l’Université Laval. Selon eux, par le seul effet de l’accréditation, « les associations étudiantes jouissent bel et bien de pouvoirs qui peuvent se comparer – en faisant les adaptations nécessaires, bien évidemment – à ceux des associations de salariés régies par le Code du travail ».

Je ne saurais trancher ce débat difficile. Il est clair néanmoins que dans le cadre actuel de la loi sur les associations étudiantes, celles-ci ne disposent pas d’un droit positif de déclencher une grève. Autrement, cette loi l’aurait reconnu et encadré. Quant aux chicanes sémantiques à savoir si les étudiants ont fait la grève ou un boycottage, elles se règlent par le recours au dictionnaire. Antidote nous apprend à cet égard que si, bien sûr, la grève est « la cessation volontaire et collective du travail par des salariés afin de défendre des intérêts communs », elle est aussi « un arrêt volontaire d’une activité par une personne, un groupe qui veut attirer l’attention sur une situation, sur ses revendications ». Et le Petit Robert donne exactement les mêmes définitions, avec en prime, comme premier exemple : « grève des étudiants »!

Cela dit, un grand nombre de droits sont des construits sociaux. La démocratie elle-même est un droit qu’ont acquis les citoyens à la fin du 19e siècle, lequel était nié par l’Église au motif que l’autorité vient de Dieu. Et les Étasuniens et les Français ont acquis leurs droits démocratiques en faisant la révolution. Gandhi a guidé l’Inde vers son indépendance en faisan la grève de la faim.Tiens donc! On pourrait allonger la liste : l’émancipation des Noirs étasuniens, le droit de vote des femmes, etc.

Aussi, à partir des faits observés depuis 50 ans, on peut suggérer, comme l’on fait les juristes de Laval, que les étudiants ont acquis le droit de faire la grève, mais qu’il demeure pour l’heure un droit moral. On pourrait même constater et mesurer les effets bénéfiques que ces grèves ont eus sur leur condition.

Cela dit, la question de savoir s’il faut formellement légaliser le droit de grève étudiant ne peut être tranchée qu’à partir des seuls principes. Quand on se demande s’il est bon de faire ou ne pas faire une chose, il faut aussi s’interroger sur les effets prévisibles, bénéfiques ou non, de ce que l’on entreprend et surtout réfléchir en même temps, aux valeurs qui sous-tendent nos actions personnelles et collectives.  À cet égard, la discussion reste à faire.

La démocratie scolaire, un avenir bouché

La ministre de l’Éducation, Mme Marie Malavoy, annonçait récemment que les prochaines élections scolaires se tiendront à l’automne 2014, soit sept ans après les dernières qui ont eu lieu en 2007.  La France a changé sa constitution pour ramener de sept à cinq ans le mandat présidentiel. Les commissaires auront battu la France pour ce qui est du record de longévité au pouvoir! Mais apparemment, cela ne dérange pas grand monde.

En février 2008, à la suite d’un forum  sur la démocratie et la gouvernance des commissions scolaires, l’Assemblée nationale a  décidé que la date des élections scolaires prévues pour 2011 serait plutôt fixée en temps opportun par décret gouvernemental. Il aura fallu attendre quatre ans pour que Québec se décide. On espérait entre temps, comme le préconisaient les commissions scolaires, que les  élections scolaires se tiennent en même temps que les municipales, comme c’est le cas en Ontario depuis des lustres. La récente décision de Mme Malavoy consacre l’échec de l’opération. L’opposition des municipalités aura eu raison de ce projet.

La démocratie scolaire est la plus faible de toutes, comme le révèlent chaque fois la participation famélique au scrutin et tout autant, le fait qu’au moins les deux tiers des commissaires sont élus par acclamation. Ce phénomène est structurel et le précédent gouvernement n’a rien fait pour modifier vraiment la situation, sinon que de mandater le Directeur général des élections en 2008 pour examiner le problème et les solutions possibles, y compris l’hypothèse de tenir simultanément les élections municipales et scolaires. Son rapport publié en mars 2010 est resté lettre morte.

Alors que le démocratie scolaire est moribonde, alors que  la légitimité même des commissions scolaires est remise en cause au point où un parti politique a inscrit dans sa plateforme électorale leur suppression pure et simple, le récent communiqué de la ministre Malavoy est d’une discrétion inexplicable. Compte tenu de  l’état déplorable de la situation, on se serait attendu à l’expression d’une volonté politique ferme de renouveler cette démocratie. Mais non. Manifestement, on n’y tient pas.

Les commissions scolaires, elles, tiennent au suffrage universel. Soit. Mais elles n’ont pas réussi à ce jour à le rendre efficace. Au contraire, depuis 1973, année de son instauration, la situation s’est détériorée d’élection en élection. On connaît pourtant les paramètres qui pourraient mener à une plus grande participation citoyenne aux élections. À la lumière des recherches menées sur le sujet, on peut formuler l’équation suivante :

d’une part,

  • plus les enjeux sont importants et touchent les intérêts des électeurs;
  • plus l’issue d’une élection est au départ incertaine;
  • plus l’électeur conçoit le vote comme un devoir démocratique;
  • moins il est déjà « électoralement fatigué » par une suite d’élections;
  • moins l’énergie personnelle à dépenser pour voter est élevée en ce qui concerne la quête d’information et les déplacements;
  • plus le quartier électoral est petit,

et si, d’autre part,

  •   l’élection scolaire et une autre élection où la participation est déjà plus forte sont concomitantes,

alors plus le taux de participation est susceptible d’être élevé.

Il me semble y avoir là quelques pistes d’action à explorer pour sortir de l’impasse actuel. Encore faudrait-il que les gouvernements sortent de leur torpeur. Pur l’heure, l’avenir paraît bouché.

L’ÉCOLE PRIVÉE, UN DÉBAT SUR NOS VALEURS

Il  y a deux ou trois semaines, la ministre de l’Éducation, Mme Marie Malavoy créait un émoi certain en déclarant au Devoir que dorénavant seuls les établissements privés qui accueilleraient des élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage seraient subventionnés.

Je me suis moi-même déjà prononcé sur la nécessaire démocratisation de l’école privée, i.e. sur son obligation morale d’accueillir tous les élèves indépendamment de leurs talents et de la fortune de leurs parents. Si en effet, comme le proclament nos chartes, l’accès à l’école privée est un droit, il doit pouvoir s’exercer en plein égalité. Mais je n’ai pas fait consensus, tant s’en faut!

Ce n’est pas surprenant, car sous-jacentes au débat sur l’école privée, logent ultimement les valeurs auxquelles chaque parent, chaque éducateur, chaque citoyen, chaque politicien adhèrent. Rien n’illustre autant cela que cette déclaration du pape Jean-Paul II faite devant des éducateurs catholiques lors de son voyage au Canada, en 1984 que je cite pour mémoire:

« En même temps que les écoles catholiques sont toujours vouées au développement intellectuel, nous leur rappelons aussi l’impératif évangélique d’être au service de tous les élèves, et non seulement de ceux qui sont les plus brillants et les plus prometteurs. Ainsi, en accord avec l’esprit de l’Évangile et son option pour les pauvres, elles porteront leur attention particulièrement sur ceux qui en ont le plus besoin ».

Bon nombre de nos établissements privés se réclament encore de la tradition chrétienne, ayant été fondés par des institutions religieuses (v.g. : le collège Brébeuf fondé par les jésuites), ou leur appartenant encore (v.g. : Régina Assumpta,  propriété de la Congrégation Notre-Dame). Le président actuel de la Fédération des établissements privés du Québec, M. Jean-Marc St-Jacques, du collège Bourget, est pour sa part toujours membre de la Congrégation des Clercs de Saint-Viateur.

Pour ces institutions, mais aussi pour tous ceux qui se réclament de la tradition chrétienne, et pourquoi pas, pour tous ceux qui s’intéressent à l’éducation, la déclaration du Jean-Paul II m’apparaît, dans le contexte de l’actuel débat, un excellent sujet de réflexion.