LA QUALITÉ DE L’ENSEIGNEMENT UNIVERSITAIRE SE MESURE D’ABORD EN CLASSE

Je n’étais pas hier soir et aujourd’hui à Québec pour entendre les discours et les débats sur la qualité de l’enseignement universitaire. Claude Lessard, l’actuel président du Conseil supérieur de l’éducation, y a donné une conférence fort intéressante et pertinente sur ce même thème.

Pour ma part, je pense plutôt à l’enseignement tel qu’il se donne dans les salles de cours. Il y a au moins deux façons d’en débattre : la première, à partir d’indicateurs qui tiennent à des éléments environnementaux à l’acte d’enseigner, notamment :

  • le ratio professeur/étudiants
  • le ratio professeur/chargés d’enseignement
  • le nombre de livres dans les bibliothèques
  • les locaux adéquats, etc.

Une autre façon est d’en traiter à partir de la compétence professionnelle des professeurs et des chargés de cours. C’est d’abord celle-ci qui m’apparaît déterminante pour la qualité de l’enseignement.

La compétence disciplinaire  ne fait généralement pas problème. C’est un critère d’embauche important et les exigences de la recherche obligent chacun à se maintenir à niveau. En revanche, la compétence pédagogique est plus problématique. Car on se bute ici à une culture universitaire où la pédagogie n’est pas généralement pas valorisée. J’en veux pour preuve le fait que les universités, règle générale, n’imposent au nouveau professeur aucune exigence de formation en cette matière.

Dans le département où j’ai œuvré pendant dix-huit ans, on se contentait d’imposer aux candidats à un poste de prononcer une conférence devant ses éventuels collègues. On voulait vérifier ainsi ses habiletés de communication. Je me souviens d’avoir préparé des acétates surchargés (c’était avant Power Point) ignorant tout des techniques en la matière. Heureusement, j’avais un certain sens du marketing. C’était, en 1991, au temps de la commission Bélanger-Campeau, et j’avais choisi d’intituler ma conférence : « Le système éducatif dans un Québec éventuellement souverain »!

Savoir communiquer ne suffit pourtant pas à rendre un professeur un bon pédagogue. L’enseignement comprend aussi un certain nombre de processus et de techniques, du reste, en évolution. Il vise surtout à faire apprendre et à bien apprendre. Or si les universités n’impose pas d’exigences pour développer minimalement les compétences pédagogiques de leur corps enseignant, c’est que la culture même des professeurs les amène à dévaloriser la pédagogie et survaloriser leur discipline. Cela s’est observé et se constate encore devant leurs réactions négatives suscitées par les exigences ministérielles concernant la formation des enseignants de nos écoles primaires et secondaires.

La situation est autre dans les cégeps où les professeurs se sont pris en main au sein de la vigoureuse Association de pédagogie collégiale. Les cégeps sont aussi soumis aux observations de la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial. Il existe bien une Association internationale de pédagogie universitaire, mais je doute qu’elle ait un grand impact dans nos départements et facultés.

Pour l’heure, les universités – du moins l’UdM – ont développé une stratégie en trois volets :

1- Les étudiants évaluent systématiquement chaque cours. C’est le minimum. Mais on ignore ce que font les doyens de faculté et directeurs de département pour aider et, le cas échéant, sanctionner les « mauvais » professeurs. Et règle générale, ces évaluations pèsent assez peu dans la balance, comparativement au dossier de recherches, lorsque vient le temps des promotions.

2- Les universités offrent à leur corps professoral des services pédagogiques, mais chaque professeur est totalement libre de les utiliser.

3- Certaines, comme l’UdeM, valorisent l’enseignement en octroyant annuellement des prix d’excellence, mais on ne saurait dire si cela a en effet d’entraînement.

À mon avis, ces mesures ne suffisent pas. Tant que les universités et, au premier chef, le corps professoral ne se convaincront pas de la nécessité d’une formation en pédagogie pour obtenir l’agrégation, on n’aura fait que du surplace à l’égard de la qualité de l’enseignement.

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Une réflexion au sujet de « LA QUALITÉ DE L’ENSEIGNEMENT UNIVERSITAIRE SE MESURE D’ABORD EN CLASSE »

  1. Stéphane Martineau

    La réflexion pédagogique est en effet quelque chose qui ne semble pas trop préoccuper nombre de collègues professeurs. En la matière, les croyances que la connaissance disciplinaire suffit ou que la qualité de l’enseignement relève d’un don personnel sont encore bien présentes. Visions naïves et peut-être aussi «paresseuses», permettant de ne pas se remettre en question.

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