Archives mensuelles : décembre 2012

LES ÉVÊQUES ET LE COURS ECR : ENTORTILLÉ

L’Assemblée des évêques catholiques du Québec vient de réagir au récent jugement de la Cour d’appel du Québec déboutant le collège Loyola de Montréal. Celui-ci voulait, avec l’autorisation du ministère de l’Éducation, remplacer le cours d’éthique et de culture religieuse par une version « confessionnelle » du programme. Le ministère a refusé.

D’abord, les évêques ne contestent pas la décision de la Cour d’appel ni un précédent jugement de la Cour suprême qui a statué que le cours ECR ne porte pas atteinte à la Charte des droits et libertés, donc à la liberté de religion et la liberté de conscience. Les évêques plaident plutôt pour la souplesse au nom du pluralisme :

« […] au-delà des principes, il y a les conditions concrètes d’application et ce que vivent réellement les enfants et leurs parents, ainsi que les enseignants. Il faut faire l’impossible pour que tous se sentent reconnus dans leur différence et respectés dans leurs droits et dans leur conscience. Une société comme la nôtre, ouverte au pluralisme et à des modulations pertinentes, ne peut s’y soustraire. ».

Il faudrait être cohérent. Les évêques prennent acte des décisions des tribunaux, puis en même temps, ils demandent que tous « soient respectés dans leurs droits ». Précisément, les tribunaux ont déclaré que le cours ECR ne portaient pas atteinte aux droits de quiconque.

Au surplus, demandent-ils encore : « […]. convient-il d’exiger du Collège qu’il mette le caractère confessionnel de son projet éducatif entre parenthèses pour quelques périodes par mois? »

C’est pure rhétorique! Quand ce collège enseigne l’histoire, les mathématiques, les arts, la littérature, il ne met pas entre parenthèse son projet éducatif. Il le fait en respectant la logique propre de chacune de ces disciplines. Il n’a pas à les « baptiser ».

Quant au programme ECR, il propose, en ce qui concerne l’éthique et des religions une approche fondée sur les sciences humaines. Il fait appel à ce qu’il y a de commun à tous : la raison et l’intelligence. Dans le dialogue que chaque futur citoyen aura à mener dans sa vie, voilà deux attributs qu’il est utile de développer au cours de sa formation. L’instruire sur les grandes traditions religieuses et sur les visions séculières du monde enrichira au surplus sa culture. On ne s’en plaindra pas.

Et comme une école catholique voudra bien légitimement développer ou éclairer la foi de ses élèves, elle pourra offrir à ses élèves un bon cours de catéchèse. Elle en profitera pourra leur dire aussi, comme l’enseigne le concile Vatican II, que les catholiques croient que l’« unique vraie religion […] subsiste dans l’église catholique et apostolique ». Mais des élèves rétorqueront sans doute que les membres des autres religions disent la même chose de leur propre religion. On les informera alors que le même concile a affirmé aussi « que la personne humaine à droit à la liberté religieuse ». Et que ce droit « a son fondement dans la dignité même de la personne humaine telle que l’a fait connaître la Parole de Dieu et la raison elle-même ».

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L’ÉDUCATION ABSENT DES MÉDIAS? FAUT VOIR!

Influence Communication (IC) que je cite dans mon billet de ce matin écrivait que l’éducation et un « thème presque normalement absent de l’actualité ».

Je viens de vérifier dans Eurêka. Lisa-Marie Gervais, la journaliste du Devoir spécialisée en éducation, a signé 236 textes en 2011 et 245 en 2012. Cela contredit pas mal IC. Et je n’ai pas cherché dans La Presse ou Le Soleil.

Mais il faut savoir qu’Influence Communication calcule  l’espace qu’occupe le même événement sur sept jours dans tous les médias et conclut que si cet espace dépasse 1%, c’est une grosse nouvelle.

Tout cela pour dire que la manière dont on regarde la réalité colore cette réalité!

Ce matin, j’étais désolé. Là, je le suis moins!

L’ÉDUCATION, PARENT PAUVRE DES MÉDIAS?

La société Influence Communication qui fait la veille sur ce que publie l’ensemble des médias québécois et même internationaux a publié mercredi son bilan annuel. J’y lis ceci : « L’éducation, un thème presque normalement absent de l’actualité, a généré une nouvelle sur 10 en 2012, dopée par le conflit étudiant ».

Il y a une mauvaise et une bonne nouvelle dans ce constat : la mauvaise, c’est de lire que « normalement » l’éducation n’existe guère pour les médias. Du reste, le thème de l’éducation est absent de la table des matières. Moi qui ai passé quinze ans au Devoir à couvrir ce secteur, cela me désole profondément. Je fais ici un lien avec ce que j’écrivais dans un autre billet : l’éducation est très bas dans les priorités des Québécois au regard de l’activité gouvernementale.

La bonne nouvelle est évidemment le sursaut d’intérêt qu’a généré et que continue de générer le débat sur les droits de scolarité et le financement des universités. Même si ce débat s’est polarisé, les questions satellites qu’il a soulevées notamment sur les finalités et buts de l’enseignement supérieur ont enrichi la pensée collective.

Se pose évidemment une question : l’éducation est-il un thème absent des médias parce qu’il ne se passe rien ou parce que les patrons de presse n’y accordent plus d’importance? Prenons, à titre d’exemple, l’action du ministère de l’Éducation tel que reflétée dans les communiqués de presse qu’il a publiés depuis un an.

J’en ai compté 292 émis entre le 6 janvier et le 20 décembre de cette année. Comme le ministère de l’Éducation est aussi celui des Loisirs et du Sport, un grand nombre d’entre eux à trait à ce domaine. On y traite largement des investissements dans des équipements sportifs ou scolaires. Plusieurs veulent rendre hommage à des élèves ou des personnels méritants. La majorité présente un intérêt local et sont sans doute repris dans les pages des hebdos régionaux.

J’ai fait par ailleurs l’exercice suivant : qu’aurais-je éventuellement publié de ces commnuniqués dans mon journal préféré? J’ ai compté 18 sur 292. Les voici :

  1. 2012-12-11 Ententes avec COPIBEC et ARTISTI – Le gouvernement versera 9,7 M$ en droits d’auteur pour l’utilisation d’œuvres dans les écoles du Québec
  1. 2012-11-09 La ministre Malavoy annonce la tenue d’élections scolaires en 2014
  1. 2012-10-24 Projet de la maternelle 4 ans pour les enfants des milieux défavorisés — La ministre Malavoy accueille favorablement les recommandations du Conseil supérieur de l’éducation
  1. 2012-10-17 La formation professionnelle : à l’éducation — La formation technique : à l’enseignement supérieur
  1. 2012-09-21 Nomination d’un nouveau sous-ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport
  1. 2012-07-05 Aide financière aux études — L’accessibilité aux études bonifiée dès l’automne
  1. 2012-07-04 Lutte contre l’intimidation et la violence à l’école — Québec annonce la création d’une chaire de recherche sur la sécurité et la violence en milieu éducatif
  1. 2012-06-20 Enseignement intensif de l’anglais, langue seconde, au primaire — Les réponses à vos questions en quelques clics
  1. 2012-06-13 Adoption du projet de loi nº 56 — Le Québec se dote d’une loi pour prévenir et combattre l’intimidation et la violence à l’école
  1. 2012-05-31 Négociations sur les droits de scolarité – Des discussions basées sur l’ouverture, mais l’impasse continue
  1. 2012-05-18 Loi permettant aux étudiantes et étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements d’enseignement postsecondaire qu’ils fréquentent — Le projet de loi 78 adopté à l’Assemblée nationale
  1. 2012-04-25 La classe s’exclut de la table de discussion
  1. 2012-04-23 Une rencontre pour une solution rapide
  1. 2012-04-18 La ministre Beauchamp réitère sa demande aux associations étudiantes de condamner les gestes de violence, de vandalisme et d’intimidation
  1. 2012-04-16 Québec prêt à discuter de la gestion des universités
  1. 2012-04-06 Rencontre avec les associations étudiantes – La ministre Beauchamp désire rectifier les faits
  1. 2012-03-26 L’Université de Montréal franchit une nouvelle étape dans la réalisation de son projet de campus à Outremont
  1. 2012-03-22 Projet de loi visant à lutter contre l’intimidation et la violence à l’école – Les consultations particulières sont lancées

Cela dit, il s’agit là d’une bien courte. analyse J’entends bien aller faire une visite sur Eurêka pour en savoir plus. A+!

ÉLECTIONS LOCALES : UNIR ENFIN LES FORCES

Je prends occasion de l’éditorial de la présidente de la Fédération des commissions scolaires, Mme Josée Bouchad,  sur « une démocratie scolaire renouvelée » et d’un nouveau sondage de ce même organisme sur le même thème pour revenir sur le sujet.

Il n’y a pas si longtemps, les commissions scolaires étaient réfractaires à tenir les élections scolaires simultanément avec les élections municipales. J’ai déjà entendu un ancien président de la Commission des écoles catholiques de Montréal dire qu’il ne fallait pas mélanger les égouts et les écoles! Mais on s’est progressivement rallié à l’idée.

Ce sont maintenant les municipalités qui sont contre. Cette opposition, officiellement fondée sur des arguments administratifs et logistiques, ne tient pas la route. Cela se fait depuis des années en Ontario sans heurts. Mais cette opposition a eu raison de la volonté politique du précédent gouvernement libéral. Il n’a rien fait.

Dans le dernier éditorial de la revue Savoir,  Mme Bouchard , « implore le gouvernement de ne pas répéter les erreurs du passé et débuter les travaux sur cette question très rapidement ». Du point de vue de l’acceptabilité sociale, des élections municipales et scolaires conjointes ne soulèvent aucune difficulté. La FCSQ a sondé les Québécois à deux reprises à ce sujet. En 2009, 87 % se sont déclarés d’accord avec une telle mesure et 77 % ont donné la même opinion cette année. Et le Directeur général des élections a déjà mené les travaux préliminaires sur ce projet.

Cette mesure ne saura toutefois suffire à elle seule à augmenter le taux de participation des électeurs. Le manque d’information et le manque d’intérêt pour la chose scolaire sont deux variables interdépendantes qui jouent particulièrement chez ceux qui n’ont pas d’enfants ou pas d’enfants à l’école. Et ils forment la majorité des électeurs. Connaître même le nom des candidats est problématique et pour ces derniers se faire connaître l’est tout autant.

Et bien peu de parents, soit 15%, se disent bien informés du rôle des commissaires, selon le dernier sondage de la FCSQ (juin dernier). Et les non-parents, encore moins: 13%. Bref, l’immense majorité se dit mal informée.

Pour remédier à ces lacunes, on en a en 2006 ajouté l’intéressante disposition suivante à la Loi sur les élections scolaires :

73.1. La déclaration de candidature peut être accompagnée de renseignements visant à assurer une information minimale aux électeurs.

 Ces renseignements sont fournis selon les modalités déterminées par le directeur général des élections et peuvent comprendre un texte fourni par le candidat, une photographie de celui-ci ainsi que l’adresse et le numéro auxquels les électeurs peuvent le joindre.

Au lieu de se prévaloir pleinement de ces dispositions, à la Commission scolaire de Montréal, on s’est contenté d’inscrire, et en toutes petites lettres, les noms des candidats sur la carte d’électeur! Aucune photo, aucune information sur leur CV ou leur programme. Les candidats se sont tirés dans le pied.Navrant!

Aura-t-on enfin de l’audace?

UNE ÉTUDE SUR LA VIOLENCE À L’ÉCOLE: C’EST BIENVENU

Bonne nouvelle hier dans Le Soleil de Québec.

Une chercheuse de l’Université Laval, la professeure Claire Beaumont, entrepred, sur mandat du MELS, une vaste étude sur la violence à l’école.

« Au total, précise le journal, près de 100 000 élèves seront interrogés, dans environ 300 écoles primaires et secondaires réparties dans les 17 régions administratives de la province.

Des questionnaires seront aussi envoyés aux enseignants, aux professionnels, aux membres du personnel de soutien, aux directeurs d’école et aux parents de ces mêmes élèves. Tous pourront répondre de façon anonyme ».

Mme Beaumont est titulaire de la Chaire de recherche sur la sécurité et la violence en milieu éducatif.

Les médias rapportent régulièrement des actes de violences à l’école. Ils contribuent à amplifier la perception du phénomène. Les idées sont dans une bonne mesure déjà formées en cette matière. Elles guident pour une part le choix des parents au passage du primaire et du secondaire et même des enfants. Ainsi, j’ai été surpris de la réaction de ma petite-fille, actuellement en 4e année, quand je lui ai parlé de l‘école secondaire de son quartier que venait de vanter Françoise David dans Le Devoir. Je n’arrive pas à me souvenir des mots exacts de ma petite-fille, mais ce n’était pas flatteur.

LA VISION DES COMMISSIONS SCOLAIRES : « TOP DOWN »

Il est toujours pertinent de prendre du recul, sinon de l’altitude par rapport au quotidien des choses. C’est ce que vient de faire la Fédération des commissions scolaires. Elle a publié vendredi dernier sa « Plateforme en vue de l’élaboration d’une politique nationale en éducation publique ». On y retrouve le « cadre conceptuel » dorénavant généralisé de la planification stratégique : vision, valeurs à privilégier , objectifs, principe, résultats attendus, enjeux, défis, etc.

  • On y décline au départ les « fondements » généraux sur lesquels devrait reposer l’éducation :l’accessibilité des personnes à des services éducatifs;
  • la qualité des divers encadrements éducatifs (régimes pédagogiques, curriculums, politiques, programmes d’intervention);
  • l’égalité des chances et l’adaptabilité des offres de service;
  • la performance du système en termes de résultats obtenus.

Cette politique nationale, précise la FCSQ, devrait poursuivre les objectifs suivants :

  •  Clarifier de manière rigoureuse et critique l’ensemble des divers encadrements du système (lois, règlements, curriculums, politiques, directives et mesures), et ce, en vue d’une plus grande cohérence du système.
  • Promouvoir un processus d’interaction entre l’ensemble des instances associée dans une dynamique de respect des responsabilités et pouvoirs, de solidarisation des partenaires, de cohérence dans l’action et d’engagement à la réussite éducative.
  • Simplifier la gestion du système afin de créer un environnement éducatif durable au sens de sa pérennité et de sa stabilité.

Compte tenu précisément de l’« altitude »  que prend le document par rapport à son sujet, il est bien difficile de n’être pas d’accord avec ce qu’on y lit. Ce qui frappe néanmoins c’est sa perspective « top down ». J’en veux pour indice, sinon pour preuve, l’absence de référence à l’école elle-même. J’y ai répéré une fois le mot « établissement », deux fois  le mot : « École en forme et en santé » et « Le maintien des écoles de village ».

Certes, le document porte sur une « politique nationale ». Pourtant, le  Livre blanc du Dr Laurin de 1981 (Une école communautaire et responsable) voulait faire de l’école « le pivot » du système éducatif. Les États généraux de 95-96 puis la réforme de Mme Marois ont confirmé cette vision, totalement absente cette fois du projet de la FCSQ. C’est étonnant.

À propos de la gouvernance, le document énonce le principe suivant :

« Une gouvernance démocratique et partenariale associée à une mission de bien commun, en s’assurant de maintenir et de renforcer le rôle des commissions scolaires. »

On n’est pas étonné de lire un tel principe. J’y vois pour ma part  une réaction aux assauts dont ont été objet les commissions scolaires depuis ces deux ou trois dernières années.

Mais ce principe aurait pu se lire tout autrement :

« Une gouvernance démocratique et partenariale associée à une mission de bien commun, en s’assurant de maintenir et de renforcer le rôle des écoles au soutien desquelles sont les commissions scolaires »!

APPRENTISSAGE DE LA LECTURE : PRIORITÉ ABSOLUE

Je ne suis pas pédagogue. Je sais néanmoins que l’apprentissage de la lecture, dès le début du primaire, est la clé incontournable de la réussite scolaire pour le reste des études. Je sais aussi que le décrochage au secondaire n’est pas sans lien avec l’incompétence en lecture. Tout cela a bel et bien documenté dans un avis du Conseil supérieur paru en 1999 sur la réussite scolaire comparé des filles et des garçons (p. 56). D’autres travaux, plus récents, ont sans doute confirmé cela.

J’ai déjà écrit, au moment de la campagne électorale de 2008, que les partis politiques devraient faire de la compétence en lecture, l’article premier de leur programme en matière d’éducation. Les commissions scolaires et les écoles devraient faire de même dans leur plan stratégique et leur plan de réussite. Les résultats médiocres du Québec aux tests internationaux en lecture me confortent dans ma position.

Heureusement, des chercheurs et des commissions scolaires ont déjà investi dans ce domaine afin de trouver les meilleures méthodes d’apprentissage, voire de prévenir les difficultés dès la maternelle. Mais cela demeure des cas isolés.

Je le dis comme je le pense : un sommet sur l’apprentissage de la lecture réunissant les meilleurs spécialistes, les meilleurs praticiens et les décideurs serait plus utile que le prochain sommet sur les universités. Chose certaine, plus nos enfants seront compétents en lecture, plus ils termineront leurs études secondaires et collégiales avec succès, plus ils auront accès à l’université!