L’IMPOSITION DE LA LOI 101 AU CÉGEP N’EST PAS JUSTIFIÉE

Note: le texte qui suit a été publié dans Le Devoir, d’hier 3 décembre. Je le reproduis ici pour ceux qui l’auraient manqué. Mon article a soulevé une quinzaine de réactions.

Il semble acquis que le gouvernement  Marois n’imposera pas au cégep le régime linguistique de la loi 101. Il renonce ainsi à un engagement pris par le dernier congrès du PQ.

D’un point de vue socio-linguistique, la situation qui a mené le PQ à prendre cet engagement soulève des questions. Ainsi, l’ex-député Pierre Curzi écrivait au printemps dernier :

« Le fait que 50 % des allophones fassent leurs études postsecondaires en anglais nous montre qu’il n’y a pas d’intérêt particulier pour la moitié d’entre eux à étudier dans un milieu francophone. Les francophones ne sont que 4,2 % à passer du secondaire français au collégial anglais, mais en chiffres absolus ils sont aussi nombreux que les allophones, soient plus de 1 500 ». On note un désir sans cesse croissant chez les francophones de faire leurs études postsecondaires en anglais. Au total, il y a entre de 3 000 et 3 500 étudiants qui passent du secondaire français au collégial anglais chaque année ».

C’est dire que chez les allophones, l’anglais et le français ont un pouvoir égal d’attraction alors que les francophones forment pourtant 80% de la population et que le français est la langue officielle du Québec. On peut y voir aussi cette volonté pérenne  chez les fils d’immigrants de maîtriser l’anglais et de prendre les moyens appropriés pour y parvenir. Avant la loi 101, ils ne s’intéresseraient qu’à cette langue. Il y a donc eu progrès, mais il n’est pas total, du moins aux yeux des militants péquistes.

Pourtant, imposer la loi 101 au cégep soulève de sérieuses difficultés. J’avais déjà fait connaître mes objections dans Le Devoir en 2000. » Je les résume brièvement.

D’abord, restreindre la liberté des citoyens suppose  la poursuite d’un but légitime. Pour l’heure, le but explicite de la  loi 101, selon son  préambule, est de faire du français la «  la langue de l’État et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires ». Bref, il s’agit de faire du français la langue commune des Québécois.

Or les allophones (et à fortiori, les francophones) qui sortent d’une école secondaire française ont manifestement acquis la connaissance nécessaire pour utiliser cette langue dans toutes les situations de la vie commune. Aussi, Pierre Curzi est-il dans l’erreur lorsqu’il écrit : « « L’évolution du réseau collégial, nous montre que la Charte de la langue française n’a jamais eu l’effet escompté de faire du français la langue commune des allophones à la sortie du secondaire ».

En réalité, le but que vise le projet péquiste est autre. On cherche plutôt à réduire le nombre de personnes qui, après leurs études supérieurs en anglais, se retrouveront davantage en milieu de travail anglophone. De ce fait, dit-on, ils seront davantage susceptibles de travailler en milieu anglophone et, qui sait, en raison des liens conjugaux qu’ils y tisseront, de passer à l’anglais comme langue d’usage à la maison.

Si ce double phénomène est possible, il faut redire que

1) la loi 101 a pour objectif de faire du français la langue habituelle du travail et que,  pour ce faire, elle oblige la grande entreprise à se doter de programmes de francisation. C’est plutôt de ce côté qu’il faut resserrer la loi, notamment en visant les moyennes entreprises. Le législateur n’a pas à intervenir sur les choix personnels des individus quant à leurs études, une fois assurée qu’ils possèdent la langue française pour pouvoir participer partout à la vie commune. Ce qui est déjà fait.

2)  la loi 101 n’a pas et n’a jamais eu comme objectif d’intervenir dans la vie des couple et des familles pour leur dicter la langue qui s’y parlera. C’est une affaire privée.

La poursuite de ce bien commun qu’est  pour la société québécoise de se développer et grandir en français doit donc, à mon avis,  être menée non pas en jugulant, lorsque ce n’est pas nécessaire, la liberté personnelle, mais en cherchant l’équilibre entre les deux.

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