LA COMPÉTENCE EN FRANÇAIS DES FUTURS ENSEIGNANTS: FAUT-IL ÊTRE PLUS EXIGEANT?

La compétence en français des futurs enseignantes et enseignants de nos écoles constitue un enjeu important : d’une part, elle marque l’image publique de la profession; d’autre part, elle influe positivement ou négativement, selon le cas, sur la compétence de leurs propres élèves.

Grâce à l’excellente veille que mène le Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE), je viens de découvrir le récent mémoire de maîtrise de Mme Julie Duchesne, intitulé Les erreurs d’orthographe grammaticale dans les rédactions de futurs enseignants (2012).

Quatre-vingt-quatre étudiantes et étudiants en formation des maîtres (qui ne sont pas représentatifs de l’ensemble) ont écrit une rédaction sur un même thème. Soixante-dix étaient des femmes et 68 % avaient entre 20 et 23 ans inclusivement. Ils appartenaient à trois universités du réseau de l’UQ.

Les constats principaux de l’étude sont les suivants :

  • La chercheuse a dénombré 647 erreurs de toute nature dans les 84 copies : orthographe, lexicale, orthographe grammaticale, ponctuation, syntaxe, etc.
  • Les étudiants ont commis en moyenne 7,7 erreurs, les rédactions comptant en moyenne quelque 414 mots.
  • 19 % des erreurs étaient des erreurs d’orthographe grammaticale, soit des erreurs d’accord. Toutefois, 35% n’ont en commis aucune.
  • 25 % des étudiants ont commis 11 erreurs et plus, soit le seuil maximal permis au Test de certification en français écrit pour l’enseignement (TCFÉE);
  • Le pourcentage moyen d’erreurs par rapport au nombre moyen de mots a été de 1,93 %.

La chercheuse n’a pas trouvé « de lien significatif entre l’âge, le sexe, l’année d’étude en cours et les erreurs commises en orthographe grammaticale », ni non plus entre ceux qui avaient ou non passé le teste TCFÉE.

Au premier coup d’œil, les résultats généraux apparaissent relativement satisfaisants (moins de 2 % d’erreurs pour 414 mots). Mais il est plus inquiétant que 25 % de ses sujets aient commis plus d’erreurs que le nombre admissible pour la réussite du TCFÉE. Celle-ci, en effet, est exigée pour la poursuite des études en formation des enseignants.

Comme Mme Duchesne n’a pas trouvé de lien significatif entre les résultats de son épreuve et l’année d’étude, c’est dire qu’il n’y aurait pas progrès à mesure que l’on avance dans le programme de formation. Il vaudrait peut-être lors  faire du test TCFÉE un critère déterminant d’admissibilité au programme.

Mme Duchesne nous apprend aussi qu’il n’existe pas d’études comparables à la sienne. Je suggère vivement que le gouvernement et les universités s’entendent pour valider à grande échelle les intéressants constats de cette dernière.

Cela dit, j’écris ce billet avec la modestie de celui qui

  • aurait fait un cours classique fort s’il n’avait pas tant perdu de points pour ses fautes de français,
  • a rendu fou le correcteur d’épreuves du Devoir et
  • a écrit que grâce au nouveau programme de français de 1979, « la qualité du français pourraient s’améliorer « . Le magazine CROC m’a remis un tee-shirt pour cette « couille d’or »!
  •  retrouve toujours des erreurs dans ses textes une fois ceux-ci publiés!
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2 réflexions au sujet de « LA COMPÉTENCE EN FRANÇAIS DES FUTURS ENSEIGNANTS: FAUT-IL ÊTRE PLUS EXIGEANT? »

  1. michelepoupore

    Bonjour M.Proulx,

    Je me réjouis de votre présence et de votre retour dans la bloguosphère. Je participais au blog du Réseau de l’avancement de l’Éducation et je partage avec vous plusieurs intérêts.

    En ce qui concerne les compétences des enseignant-es, jusqu’à présent plusieurs mesures ont été prises afin d’améliorer les compétences linguistiques des futurs enseignant-es. Tout en restant vigilant dans ce dossier, il me semble que le temps serait propice pour améliorer les compétences des futurs enseignant-es dans les autres matières. Notamment, 30% des élèves fréquentant une commission scolaire ont échoué leurs examens en histoire, maths et sciences en juin. C’est beaucoup trop.

    Existe-t-il un lien entre les compétences des enseignant-es dans ces matières et les résultats de leurs élèves? Cette question, mérite aussi à mon avis que les chercheurs s’y intéressent.

    M.Poupore

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