Archives mensuelles : janvier 2013

MA VISION D’UNE ÉCOLE DE (TRÈS BONNE) QUALITÉ

Toute la journée de mardi, j’ai été habité par cette question sous-jacente à mon dernier billet : qu’est-ce qu’une école de (très) bonne qualité? Voici ma vision très personnelle à ce sujet.

D’abord, la qualité d’une école s’évalue certainement par celle des services éducatifs et dépend donc de la compétence de ceux qui les rendent. Au premier chef, il s’agit des enseignantes et des enseignants. Quand ceux-ci sortent des facultés des sciences de l’éducation, ils sont réputés compétents. Mais ils ont la compétence des débutants. Le reste vient avec l’expérience. Mais dans une très bonne école, les enseignants ont davantage : ils ont la passion de la formation continue. C’est en premier lieu ce qui la distingue d’une bonne école.

Avoir cette passion, suppose d’abord une conscience claire des compétences qu’exige le métier d’enseignant, Elle permet dès lors de pouvoir s’autoévaluer par rapport au niveau de compétences atteint, puis de se fixer des objectifs réalistes sur celles qu’il convient de développer prioritairement ou davantage.

Avoir cette passion, c’est ensuite se donner un plan personnel et organique d’activités diverses et multiples de formation et, au premier chef, la fréquentation assidue de la documentation touchant sa profession (Voir CSE, pp. 58-59). C’est aussi consulter systématiquement ses collègues experts, tenir des séminaires avec eux, expérimenter, participer à des colloques et congrès, s’inscrire, le cas échéant, à des cours universitaires, etc.

Enfin, cette passion s’accompagne de la conscience de la responsabilité professionnelle d’avoir à répondre des moyens mis en œuvre pour se perfectionner. Cela devrait passer par des entretiens familiers et chaleureux avec direction qui saura guider et encourager chacun à cet égard. Il faut dépasser ici les peurs stérilisantes touchant encore trop l’évaluation et de la supervision pédagogique.

Faire cela, c’est s’assurer d’enseigner dans une très bonne école. Mais si, en outre, les élèves ont affaire à des enseignantes et enseignants cultivés, alors ils étudient dans une excellente école. J’entends par « enseignant cultivé » celle et celui qui au-delà de sa discipline particulière a acquis dans différents domaines (histoire, géographie, littérature, musique, sciences, etc.), un bagage substantiel de connaissances. Sa culture lui permet de faire des liens et d’ajouter ainsi de la profondeur à son enseignement. Les enseignants dont je me souviens le plus sont ceux qui étaient cultivés.

Une très bonne école est aussi celle où l’on trouve à la direction une personne qui a déjà développé à un haut niveau ses compétences en enseignement. La formation initiale qu’il reçoit comme directeur à l’université lui fournit les compétences de base en gestion pédagogique et administrative. Mais comme pour les enseignants, le très bon directeur est celui qui assure ensuite aussi sa formation continue.

Dans une très bonne école, la direction possède un leadership fort, i.e. capable de mobiliser toute la communauté éducative, au premier chef son personnel, mais tout autant les élèves que les parents, autour d’un projet éducatif clair et explicite.

La bonne école a su dépasser le modèle prédominant qui en a fait un simple lieu de consommation de services éducatifs, fussent-ils très bons. Elle forme plutôt une authentique communauté éducative où parents, enseignants, personnels professionnels, personnels de soutien, sous le leadership de la direction, et chacun selon leur rôle, participent à la vie de l’école. Cela implique qu’elle a pris les moyens pour qu’y circule un flux continu d’informations d’intérêt commun entre tous les acteurs..

Une très bonne école accueille tout le monde sans discrimination aucune, en particulier sur la base des talents. Elle est capable, dans son organisation pédagogique, de prendre en compte la diversité des talents, mais avec un souci particulier pour la réussite des plus faibles. Elle trouve sa gloire dans le succès de ces derniers plus que dans celui des meilleurs qui est a priori assuré. Et une excellente école a éliminé, tant au sein du personnel que chez les élèves, toute trace de stigmatisation sociale envers les moins doués.

Une très bonne école est celle où les enseignants ne travaillent pas isolément, mais  partagent leurs expériences professionnelles avec leurs collègues et savent aussi lever les frontières de leur discipline.

Une très bonne école assure un encadrement pédagogique et disciplinaire qui mise avant tout sur la responsabilité personnelle et collective plutôt que sur l’autoritarisme, à l’intérieur de bornes connues de tous, conçues et fixées en fonction des âges des élèves et, le cas échéant, des conditions environnementales de l’école.

Une telle école sera certainement fière de rendre compte de la qualité des services éducatifs qu’elle rend.

***

J’ai écrit ce texte, sans référence théorique particulière et sans recours à la recherche. Je serais ravi de recevoir critiques et propositions des lecteurs pour contester ou compléter ce portrait.

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FAUDRAIT-IL RESSUSCITER LES INSPECTEURS D’ÉCOLE?

Ce billet m’est inspiré d’un reportage de Lisa-Marie Gervais paru dans Le Devoir de samedi sur ces écoles privées déviantes par rapport aux normes pédagogiques ou administratives auxquelles elles sont soumises. Comment sait-on qu’elles sont déviantes? Grâce au rapport annuel de la Commission consultative de l’enseignement privé, rapport lui-même alimenté par les fonctionnaires de la Direction de l’enseignement privé du MELS. Ceux-ci font périodiquement le tour des écoles, observent et posent les bonnes questions.

Rien de tel dans le réseau public. Dans les années 60, après la création du ministère de l’Éducation on a aboli le corps des inspecteurs d’école. On les a remplacés par des conseillers pédagogiques, ce qui était en soi une bonne idée.

Aujourd’hui, la responsabilité d’assurer la qualité de l’enseignement est saucissonnée. Au niveau de l’école, c’est la fonction première de la direction: « […] le directeur de l’école s’assure de la qualité des services éducatifs dispensés à l’école » , dit la loi . Mais, curieusement, c’est le conseil d’établissement qui « rend compte de leur qualité ».

De leur côté,  les commissaires d’école veillent aussi à leur tour «  à la pertinence et à la qualité des services éducatifs offerts par la commission scolaire ». Redondante, la loi ajoute que la « commission scolaire » a notamment pour mission de « veiller à la qualité des services éducatifs ». Et, à son tour, la commission scolaire  « rend compte de la qualité » des services éducatifs qu’elle dispense.

Enfin, le ministre de l’Éducation « veille à la qualité des services éducatifs dispensés par les commissions scolaires ».

Voilà pas mal de monde qui veille !

Pourtant, malgré ce bla-bla juridique, y a-t-il un seul parent capable de préciser quel est le niveau de qualité de l’école que ses enfants fréquentent?

En fin de semaine, l’Institut du nouveau monde a réuni à Québec plus de 400 jeunes qui sont venus notamment débattre de la qualité de l’enseignement universitaire  et d’assurance qualité. La question est controversée, mais au moins on en débat. Le Consell supérieur de l’éducation vient d’ailleurs d’y consacrer son dernier rapport.

Au milieu des années 80, la qualité de l’éducation fut la grande question débattue aux ordres primaires et secondaire. La Fédération des commissions scolaires du Québec, hantée par l’exode des élèves vers l’école privée, tint même des États généraux sur la qualité de l’éducation, opération aujourd’hui oubliée. Et le Conseil supérieur de  l’éducation en fit même l’objet de son rapport annuel de 1986-87 [1].

Il est temps de se pencher à nouveau sur le sujet . D’autant, comme nous l’écrivions il y a quelques semaines que 23% seulement des Québécois pensent que nous avons de « très bonnes écoles »..Aussi, je me le demande, faut-il ressusciter les inspecteurs d’école?


[1] Le texte complet est malheureusement absent du site du Conseil.

C’EST AUX PARENTS DE DÉCIDER DE L’INTÉGRATION OU NON DES ENFANTS HANDICAPÉS

L’intégration des enfants handicapés ou en difficultés d’apprentissage dans les classes ordinaires est une des questions les plus difficiles et les plus délicates qui soient.

J’ai suivi, je pense, tous les procès que ces situations ont entraînés, y compris ce dernier dont il question ce matin.  La Cour d’appel du Québec avait déclaré que la décision de  commission scolaire des Phares (à Rimouski) de placer un enfant trisomique en une classe spéciale n’était pas discriminatoire. Cette semaine, la Cour suprême a  refusé d’entendre la cause. L’affaire est donc classée.

Je ne saurais commenter le fond de l’affaire. En revanche, une question fondamentale est en cause et que soulève la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec. Elle déclarait en effet hier au Devoir :

« Le jugement reconnaît que c’est la commission scolaire qui est la mieux placée par l’expertise dont elle dispose pour définir quels sont les services à donner en fonction des besoins de l’élève ».

Je ne doute pas que les commissions scolaires disposent (ou doivent disposer) de l’expertise pour évaluer les besoins des enfants. Le contraire serait désastreux. Mais cette expertise signifie-t-elle qu’elles doivent avoir le dernier mot? En effet, il est tout autant vrai que les parents sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants et garants de leurs intérêts.

En fait, ai-je pu observer, il y a deux types de parents : ceux qui veulent l’intégration à tout prix de leurs enfants dans les classes ordinaires et ceux qui veulent les voir placés dans des classes ou des écoles spécialisées.

Les premiers craignent, non sans raison, l’impact social de la séparation de leurs enfants. Ils savent trop bien que les autres élèves traitent spontanément « d’orthos » leurs compagnes et compagnons inscrits dans les classes spéciales. Les seconds sont prêts à assumer ce risque en misant sur la qualité des ressources des classes ou des écoles spéciales pour maximiser leurs chances de réussite. D’aucuns le font d’ailleurs après l’expérience de l’intégration. C’est ce que j’ai pu constater à l’école Vanguard de Montréal, spécialisée dans l’éducation aux enfants en difficulté grave d’apprentissage. Les listes d’attentes pour s’y inscrire sont très longues.

La question centrale est donc de savoir qui, de l’école ou des parents, doit décider ce qui convient le mieux aux enfants : l’intégration ou la classe spécialisée. Pour ma part, mon choix est fait : une fois menée et entendue l’expertise des spécialistes de la commission scolaire, c’est aux parents que la décision finale doit appartenir.

UNE RECHERCHE EMPIRIQUE SUR L’APPRENTISSAGE DE LA LECTURE

J’ai écrit dans ce carnet que l’apprentissage de la lecture devrait constituer la priorité absolue dans le développement de l’éducation au Québec. J’ai écrit aussi qu’il constituait le premier défi à relever. J’ajoutais qu’il faut rameuter les meilleurs spécialistes de la question, autant parmi les praticiens que les universitaires, pour dégager les meilleures pistes d’action à cet égard.

La veille que publie régulièrement le CRIFPE sur la littérature scientifique touchant l’éducation m’a fait connaître aujourd’hui un récent mémoire de maîtrise présenté à l’UQTR. Il s’intitule : « Impact du savoir d’expérience de l’enseignant sur l’enseignement de la compréhension en lecture au deuxième cycle du primaire : le cas des inférences ». Les lecteurs intéressés y trouveront le texte intégral du mémoire signé par Tshamala Nsambay, J.

À quand une méta analyse de la recherche sur l’apprentissage de la lecture? Mais peut-être existe-t-elle déjà? Quelqu’un le sait-il?

En passant, j’ignorais ce qu’est une inférence en lecture. Allez voir!

LA GOUVERNANCE DES UNIVERSITÉS: DEUX QUESTIONS À 100$

Je participe ce samedi a L’école d’hiver de l’Institut du nouveau monde. On y parlera des universités.

On m’a demandé de participer samedi matin à une table-ronde avec Martine Desjardins, la présidente de la FEUQ déjà très connue, et Jean Beauchesne, président-directeur général de la Fédération des cégeps. Elle s’intitule: « La gouvernance et l’enseignement supérieur: qui doit décider? »

Pour ma part, je dois répondre particulièrement à ces deux questions:

  1. À qui les établissements doivent-ils rendre des comptes?
  2. Faut-il créer un organisme indépendant sur les universités?

Que répondre à cela ? N’hésitez pas à me communiquer vos idées, soit en commentaire, soit par courriel: jean_pierre.proulx@sympatico.ca.

FAUT-IL FAVORISER LA CONCURRENCE EN ÉDUCATION?

La pensée libérale en matière de commerce soutient que la concurrence entre les entreprises favorise la qualité des biens et des services mis sur le marché.

En va-t-il de même en éducation? Comme tout un chacun devra affronter la concurrence pour se tailler une place dans la vie adulte, l’école elle-même, soutient-on, doit apprendre aux jeunes à faire face à cette réalité. On a invoqué cet argument pour renouer avec les bulletins traditionnels où on retrouverait la moyenne du groupe.

Pour ma part, je m’oppose nettement à cette vision. L’idée que les élèves se fassent concurrence  n’a pas de sens pour deux bonnes raisons :

La première est que chacun arrive à l’école avec des talents très diversifiés. Cette diversité résulte pour une part des différences liées à la nature, mais pour une part plus grande encore des différences socioculturelles. Ces dernières découlent souvent des disparités socio-économiques des milieux auxquels appartiennent les élèves. Bref, le « capital » culturel de chaque enfant est loin d’être le même. En fait, la concurrence n’a vraiment de sens que si les concurrents ont des chances raisonnables de gagner. Comme dans l’organisation du sport. C’est pourquoi tant d’écoles, privées comme publiques,  créent des programmes sélectifs qui « homogénéisent » la clientèle . La filière « ordinaire » accueille toujours les plus faibles.

La seconde raison et la plus impérieuse est que l’école n’a pas pour but de faire des gagnants et des perdants, mais de rechercher la réussite éducative et scolaire pour tous en développant chacun au maximum de ses talents..

En revanche, ce qui peut avoir du sens, c’est la concurrence dans l’offre de service. En effet, on ne pourra jamais reprocher à une direction d’école :

  • d’inciter son personnel à se perfectionner constamment;
  • de rechercher sans cesse les meilleurs encadrements pédagogiques et disciplinaires de ses élèves, tout différents qu’ils soient;
  • de tout mettre en œuvre pour créer une synergie entre parents et personnels en vue de bâtir une communauté éducative forte;
  • d’instaurer des pratiques où les plus faibles se verront épauler et stimuler dans leurs efforts par les plus forts, etc.

Une école qui l’emporte mieux qu’une autre sur ce terrain a probablement plus de chances de faire réussir ses élèves, du plus faible au plus fort.

Je recevais aujourd’hui les actes du colloque de février 2012 de CSQ : « Quelle éducation voulons-nous pour le Québec? » ici, ici. J’y ai lu avec intérêt les interventions limpides du professeur Pierre Doray, sociologue à l’UQAM, et de Claude Lessard, l’actuel président du Conseil supérieur de l’éducation. Ils ont intitulé leurs interventions  : « La concurrence en éducation : quels effets pour quels résultats? ». On y trouve aussi le texte d’une conférence d’un chercheur français, M. Chourki Ben Ayed, qui résume une recherche intitulée: « École : les pièges de la concurrence. Comprendre le déclin de l’école française ».

Je tire du résumé ce paragraphe éclairant :

« […] ce qu’on observe, c’est que dans un marché scolaire très segmenté, les « bons établissements » ne sont pas choisis par les familles, mais ce sont plutôt les établissements qui choisissent leurs élèves. Donc, il y a une inversion totale de la logique presque du marché pur, au sens économique du terme, puisque […] on n’a jamais vu un marché où ce sont les producteurs qui choisissent leurs consommateurs. Or c’est bien le cas en matière éducative. Les élèves ont une cote scolaire, une cote sociale , les établissements aussi, mais ce sont quand même les établissements qui ont le dernier mot ».

Le problème, c’est évidemment que les « pas bons » se font refouler dans les parcours « ordinaires ».

Ce qu’il faut de toute urgence refaire au Québec, c’est de « redémocratiser » l’école publique et privée, c’est-à-dire la rendre accessible à tous en pleine égalité, tout en mettant tout en œuvre pour prendre en compte la diversité des talents. C’est un défi difficile, mais incontournable.

C’est ma réponse à l’un des dix défis que j’évoquais dans ma récente intervention au Centre culturel chrétien de Montréal : « Concilier l’égalité dans l’accès aux services et la diversité des talents ».

DIX DÉFIS DE L’ÉCOLE QUÉBÉCOISE.

J’ai participé hier jeudi soir à une soirée rencontre du Centre culturel chrétien de Montréal sur le thème : « L’école québécoise, ses défis et ses enjeux »

J’ai proposé à la réflexion de l’auditoire dix défis et autant d’enjeux. Il s’en trouverait bien d’autres. Mais si on arrive à relever ceux-ci, l’école québécoise aura fait des grands pas. Mais ces défis sont de taille, car les situations auxquelles il s’agit de s’attaquer sont structurelles. Elles sont en effet enracinées dans des systèmes de valeurs, des institutions, des pratiques, voire des intérêts dominants. Il vaut néanmoins la peine de s’y attaquer en raison des enjeux en cause. Voici donc la « table des matières » de mon intervention.

Les enjeux pédagogiques

1- L’apprentissage de la lecture – Priorité absolue

Enjeu: la clé de la réussite scolaire

2- Une réussite des garçons  à l’égal des filles

Enjeu: l’égalité sociale des sexes

3- Une réelle professionnalisation du métier d’enseignantes et d’enseignants

Enjeu : une meilleure éducation

Les enjeux socio-économiques

4- Valoriser la formation professionnelle des jeunes

Enjeu: s’assurer d’un nombre suffisant d’ouvriers spécialisés

Les enjeux sociaux

5- Concilier égalité dans l’accès aux services et diversité des talents

Enjeu : une école plus démocratique

6- Communautariser l’école publique

Enjeu : sortir du modèle de consommation

7 – Sauver l’école en milieu défavorisé

Enjeu : sortir de la pauvreté

Les enjeux de la gouvernance

8- Renforcer l’autonomie des écoles

Enjeu : favoriser davantage la réussite par la responsabilisation optimale de acteurs de l’école

9- Revigorer la démocratie scolaire

Enjeu : relégitimer les commissions scolaires

Un enjeu conjoncturel

10 – Trancher la question des droits de scolarité dans toutes ses dimensions et non seulement politique et économique

Enjeu : faire reposer  les décisions à venir sur un socle de principes et  valeurs explicites et déclarés et non pas seulement sur des considérations politiques et économiques..