Archives mensuelles : février 2013

ON DÉCROCHE DÈS LA PREMIÈRE ANNÉE

Le décrochage, ce fléau de nos écoles, vient de faire l’objet d’’une nouvelle et pertinente étude. Michel Janoz, de l’Université de Montréal, est l’un des chercheurs qui depuis plusieurs années contribue à comprendre ce phénomène.

On pourra lire dans le communiqué publié hier dans le journal de l’UdeM, une synthèse des résultats de sa recherche.

Le décrochage, y lit-on, n’est pas lié à l’ébullition des hormones adolescentes, mais plutôt aux difficultés vécues en lecture, écriture et mathématique dès la première année du primaire. Ces difficultés sont un bon « prédicteur » de ce qui va se passer à 15 ans.

« Les difficultés en français (lecture et écriture) seraient un indicateur de risque aussi important que le statut socioéconomique de l’enfant. Ces difficultés sont déjà perceptibles chez plusieurs dès l’âge de sept ans », peut-on lire encore.

Cela me conforte dans ma conviction déjà exprimée dans ce carnet que la priorité de l’école est d’apprendre aux élèves à lire, en commençant par ceux qui éprouvent le plus de difficulté.

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À QUI PROFITE LE PLUS L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR? L’INDIVIDU OU LA SOCIÉTÉ?

Le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) vient de publier une étude intitulée Éducation et frais de scolarité. Elle a été menée par deux professeurs d’économique de l’UdM,  Rui Castro et Michel Potvin. Ils ont bénéficié des conseils de Robert Lacroix, Claude Montmarquette et François Vaillancourt. Les deux premiers ne font certainement pas partie de la même famille d’esprit que Michel Seymour! Qu’importe, leur réflexion est intéressante. Leur étude  mérite certainement attention.

Ils résument ainsi leurs constats: :

  1.  Les rendements privés de l’éducation supérieure sont importants, de l’ordre de 11% par année.
  2. Les bénéfices sociaux de l’éducation, excluant les rendements privés, ont été estimés dans l’intervalle de 3 à 7%
  3. L’étudiant retire plus de 60% des bénéfices totaux de l’éducation : la société en retire moins de 40%.
  4. Les contraintes financières des étudiants ne sont pas le principal frein à l’accessibilité des études supérieures.
  5.  Les habiletés de l’étudiant au secondaire, ses environnements familial et social, le niveau d’éducation des parents constituent des obstacles importants à l’accessibilité. »

Les auteurs tirent de cette conclusion (la 3e principalement) que la thèse voulant que l’éducation doive être gratuite, parce que c’est la société qui en bénéficie, ne tient pas la route.

Le rendement privé de l’éducation (conclusion 1) est assez facile à mesurer. Il est lié au revenu plus grand qu’entraîne pour un individu une scolarité plus longue. Quant aux bénéfices sociaux, il se calcule d’abord en fonction de la  productivité d’une société donnée. Ils peuvent aussi se mesurer à partir d’autres critères comme  un taux de criminalité moins élevé, le taux de participation aux élections, etc. Mais ici, l’impact d’une scolarité universitaire n’est toujours évident. Même pour ce qui est de la productivité,  la scolarité de niveau secondaire, disent les deux économistes, est plus importante.

Ceci dit, les deux auteurs ont calculé par ailleurs que la « juste part » que devraient payer les étudiants est de 33% de ce qu’il en coûte pour assurer leur formation. Mais comme ce coût n’est pas le même selon les disciplines, ils recommandent de moduler les droits de scolarité en fonction de ce coût, formule qui semble avoir des avocats au Sommet. Ainsi, les droits exigés en médecine vétérinaire seraient de 15 386$, soit les plus élevés, et 2137$ en lettres, soit les moins élevés. Ainsi, la majorité des étudiants ne paieraient pas plus que ce qu’ils paient maintenant.

J’ajouterais pour ma part que la perspective économique, toute intéressante et pertinente qu’elle soit, n’épuise pas toute la réalité humaine. Le bonheur des gens et des sociétés est aussi fait d’impondérable. La connaissance et la culture me semblent être l’un d’eux. S’il y a des économistes parmi mes lecteurs, il serait bien intéressant de lire leur point de vue.

L’UNIVERSITÉ : LES BONS, LES MÉCHANTS ET RÉCIPROQUEMENT

Le dernier ouvrage  de Michel Seymour, professeur de philo à l’Université de Montréal, lui a valu la réplique de nRobert Lacroix, ex-recteur de la même université, dans Le Devoir de vendredi et samedi dernier.

J’ai retenu ce paragraphe du second texte de Robert Lacroix:

« Selon certains, il y aurait deux conceptions de l’université. L’université à vocation éducative, qui sert l’intérêt commun et incarne l’égalité des chances. Et l’université entrepreneuriale, qui voit l’éducation comme un produit de luxe et est subordonnée aux intérêts privés. Vous êtes sommés de choisir votre camp. Comme disait W. : « Ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous êtes contre nous. »

Je partage cette observation. Quand on réfléchit à partir des seules idées, il est presque fatal de tomber dans les « modèles théoriques » chimiquement purs. Il est ensuite facile de les opposer, surtout si l’on prétend que deux modèles suffisent à dire toute la réalité. C’est souvent plus complexe.

Il y a quelques semaines à l’école d’hiver de l’Institut du Nouveau Monde, un prof de philo d’un cégep a décrit avec éloquence et le soutien admiratif de l’assistance, « l’université à vocation éducative » en noircissant à souhait l’autre modèle « subordonné aux intérêts privés ».

Les « modèles théoriques » sont fort utiles pour appréhender ensuite le réel, comme la carte géographique est bien commode pour trouver son chemin. C’est pourquoi des directeurs de thèses imposent généralement à leurs étudiants de construire de tels modèles. Mais une fois sur le terrain, ils se rendent compte que la réalité ne correspond pas en tous points au modèle. Ou on l’abandonne ou on le refait, c’est selon, comme tous les géographes refont sans cesse la carte d’un même lieu.

La réalité universitaire est à coup sûr plus complexe que les deux modèles qu’évoque Robert Lacroix. Récemment, Claude Lessard, président du Conseil supérieur, a décrit (et sans « tirer des roches ») au moins quatre modèles d’université actuellement observables à travers le monde.   Mais si l’on pense qu’il n’y en a que deux, il vaut au minimum concevoir ceux-ci comme les deux pôles d’un continuum sur lequel, chaque université, selon son histoire et son évolution, se positionne. À l’usage, il faut au moins reconnaître à la fois la complexité, voire les ambiguïtés des réalités qu’ils prétendent représenter.

Bref, si les idées et les théories sont essentielles au développement des connaissances, elles ne suffisent pas. Elles doivent être validées par l’observation rigoureuse et critique des faits observables.

En 2004, le Conseil supérieur de l’éducation a publié un avis intitulé : « Les universités à l’heure du partenariat ».  Il écrivait : « La question au centre du débat et du présent avis est […] la suivante : le partenariat transforme-t-il la mission universitaire? » J’aime à relire cet avis, parce que la réponse s’articule à la fois sur une conception du partenariat université-entreprise et une analyse rigoureuse de la réalité sur le terrain. Aussi, la réponse donnée à la question initiale a-t-elle été fort nuancée.

Il est possible que l’on ressorte du Sommet sur les universités convaincu qu’il faut recréer le Conseil des universités ou renforcer la mission du Conseil supérieur de l’éducation en ce qui concerne l’enseignement supérieur. Ce serait une très bonne idée : détacher la réflexion des intérêts immédiats des acteurs devrait permettre de retrouver de la rigueur et de sérénité dans nos débats.

BOYCOTT, GRÈVE, OU LOCKOUT?

L’idée de légiférer pour accorder un droit de grève aux étudiants est de nouveau dans l’air.

D’aucuns trouvent cette idée totalement incongrue : les étudiants, plaide-t-on, ont signé un contrat de service avec leur établissement d’enseignement. Et s’ils refusent de le recevoir, ils le boycottent, ils ne font pas la grève. Ils agissent comme ceux qui se privent volontairement de n’importe quels biens ou services pour lesquels ils paient.

Cette vision est réductrice. Étudier est aussi un travail dont le « produit » est le diplôme obtenu en fin d’étude qui atteste que ce travail a produit un résultat dûment reconnu : l’acquisition de compétences. Puisqu’il arrête de travailler, celui qui décide de ne plus faire son travail pour un temps donné pour améliorer les conditions qui y son reliées, fait, peut-on dire, une sorte de grève. C’est en effet le premier sens du mot grève

Mais ce travail ne se fait pas seul. Il se fait aussi grâce aux professeurs. Aussi, est-ce un travail relationnel. Et jusqu’à maintenant, les étudiants paient, une partie du moins, du coût de ce service.

Mais on peut dire aussi que les étudiants, pris individuellement, sont en quelque sorte des entrepreneurs. En effet, les biens qu’ils produisent, c.-à-d. les compétences qu’ils acquièrent, le sont, non pour un autre, mais pour eux-mêmes (bien sûr, la société en profite aussi). Dès lors, quand ils cessent volontairement d’étudier, ils ferment pour ainsi dire leur propre entreprise. Ils s’« auto lockoutent » ! Et du coup, ils renoncent pour un temps aux bénéfices des investissements monétaires qu’ils ont consentis pour leur entreprise, soit l’« achat » des services pédagogiques qu’ils jugent payer trop cher.

Ainsi qu’on le constate, le vocabulaire pour nommer l’action que mènent les étudiants en cessant d’étudier reste inadéquat. Il s’agit d’une grève ou d’un lockout sui generis.

Mais soyons réaliste. Il y a gros à parier que l’on va continuer d’utiliser le mot « grève », d’autant que l’arrêt d’étudier est une décision collective prise par des associations dûment reconnues par la loi depuis longtemps déjà . D’autant qu’il est rare que des entrepreneurs s’« auto lockoutent » collectivement !

Pour l’heure toutefois, le droit de se mettre en « grève » n’est pas juridiquement reconnu. Mais il est bien un droit politique reconnu dans les faits depuis bien plus longtemps encore.

Anecdote : mon père m’a un jour raconté qu’étant étudiant en 1942 à la faculté d’agronomie de l’UdeM sise à l’époque à la trappe d’Oka, ils avaient fait la grève. Les moines trappistes leur imposaient en effet un régime de vie comme celui qu’ils avaient connu dans les collèges classiques, c.-à-d. messe tous les matins et couvre-feu à 21h30. Leur grève a produit les résultats escomptés!

La question est donc de savoir si on doit reconnaître juridiquement le droit de grève (ou d’ « auto lockout ») ou non? Pour ma part, j’estime qu’il faut prendre acte des faits et répondre oui à la question. Le but essentiel est de s’assurer que ce droit sera exercé en fonction de règles démocratiques qui auront fait un consensus suffisant. Le débat devra donc porter moins sur le principe de la grève, mais sur la pertinence des règles à convenir pour la faire.

De quelques données significatives sur la foi et l’incroyance des Québécois

Le sondage CROP-La Presse sur la religion publiée samedi fournit quelques données qui méritent commentaires.

La première donnée, et à mon avis, la plus fondamentale, concerne la croyance en Dieu chez les Québécoises et les Québécois. Ils ne seraient plus que 59% à croire en Dieu contre 80% en 2005 et 88% en 1998 (je vous fais grâce des références); 22% n’y croient pas et sont donc athées, et 18% ne savent et sont donc agnostiques. Étonnant qu’une chute aussi importante de la croyance ait pu se produire en moins de huit ans. Plus important encore, chez les 18-34, l’incroyance est à 37%.  Paradoxalement, cette génération a reçu les cours de catéchèse à l’école!Malheureusement, ce sondage ne dit rien sur les causes de cette montée fulgurante de l’athéisme au Québec.

Deux autres données ont attiré mon attention.

La présence d’un crucifix à l’Assemblée nationale reçoit maintenant l’approbation d’une minorité (soit 41%). Je m’en réjouis. Je pense depuis des années et l’ai écrit déjà qu’il faut le transporter dans le musée de l’Assemblée nationale en tant qu’objet d’art patrimonial.  Mais que deux personnes sur cinq trouvent toujours qu’il y a sa place suffit pour faire peur à n’importe quel gouvernement : les symboles mobilisent.

Enfin, à la question : « Lequel de ces cours choisiriez-vous pour votre enfant? » 30% ont répondu un « cours d’enseignement culturel de toutes les religions? »; 31%, un » cours d’enseignement religieux et catholique » et 30%, un cours de morale. On ignore cependant quelle est l’opinion des 35-45 ans qui regroupent la majorité des parents, les premiers concernés.

Pour l’heure, le cours actuellement donné s’appelle « éthique et culture religieuse » et comprend donc les deux volets. On n’a pas proposé cette option aux répondants. Dommage. Néanmoins, en  ayant séparé dans la question, le volet éthique/morale de l’aspect culturel des religions, on mesure mieux la polarisation de l’opinion à propos de la laïcité. Le courant de la laïcité « ouverte » (dont je suis) accepte que l’école traite de la religion, mais comme science humaine, et les tenants de la laïcité « stricte » rejettent carrément ce cours, comme les Troyens auraient dû se méfier du cheval qu’on a fait entrer dans les murs de la ville!

La méthodologie du sondage soulève tout de même une interrogation: les catholiques ne forment que 57% de l’échantillon alors qu’au recensement de 2001, ils comptaient encore pour plus de 83%. On a toutefois pondéré les répondants en fonction de la religion.

LAÏCITÉ ET RELIGION: CHRISTIAN RIOUX SE TROMPE

Dans sa chronique d’aujourd’hui intitulée Fragile laïcité, Christian Rioux remet en question le concept et la pratique des accommodements raisonnables.

Il le fait d’abord sur le plan philosophique : « […] l’accommodement raisonnable érigé en système n’est rien d’autre qu’une idée prélaïque ». Suit sa vision de la situation : « Dans le monde moderne, les religions ne représentent qu’une forme de spiritualité et de pensée qui animent nos concitoyens ». Il en tire dès lors une conclusion juridique : « À ce titre, elles ne devraient pouvoir prétendre à aucun privilège […]. Pourquoi les fidèles de l’une ou l’autre grande religion auraient-ils en effet le droit de passer outre à la règle commune à la piscine, au tribunal, dans la fonction publique […] alors que tous les autres courants de pensée devaient suivre la loi à la lettre ».

L’opinion de Christian Rioux traduit largement l’opinion populaire sur les accommodements raisonnables. Hélas, elle ne concorde pas avec la définition qu’en ont donné de nombreux tribunaux et qu’a consacrée la Cour suprême du Canada.

D’abord, l’accommodement n’est pas un privilège, encore moins un passe-droit. Elle est un droit quasi constitutionnel défini, non pas cependant dans nos chartes, mais par la jurisprudence. Il vise d’abord et avant tout à protéger l’exercice d’un droit ou d’une liberté fondamentale, notamment la liberté de conscience et de religion, dans la masure où:

  1. où  une règle commune n’est pas en soi discriminatoire mais que;
  2. dans les faits, elle empêche l’exercice d’une pratique religieuse qu’une personne croit « sincèrement » devoir remplir en raison de ses croyances religieuses.

On connaît un tas d’exemples qui interfèrent avec des croyances religieuses particulières : les horaires d’accès aux piscines publiques, l’interdiction de porter une arme, les horaires de travail ou d’examen à l’école ou à l’université, les menus d’hôpitaux ou de cafétéria, la prise d’une photo pour un permis de conduire, certains traitements médicaux, etc.

Comme ces situations peuvent empêcher l’exercice d’un droit fondamental (et non pas un privilège), les tribunaux ont déclaré que l’autorité qui a édicté la règle ou qui est responsable de son application est tenue d’accommoder la ou les personnes visées, dans la mesure, précisément, ou c’est raisonnable. Raisonnable, cela signifie concrètement que cet accommodement ne doit pas entraîner un fardeau financier ou des conséquences démesurées pour les autres personnes ou pour l’institution en cause, selon la situation.

La Cour suprême a aussi précisé que la mesure contestée doit porter significativement atteinte au droit fondamental en question. Ainsi, elle a décidé que d’imposer une photo sur un permis de conduire à une personne à qui sa religion interdit d’être photographiée n’est pas une atteinte importante à la liberté de religion. On pourrait dire la même chose pour ce qui est de l’apprentissage de la flûte à bec aux Témoins de Jéhovah qui condamnent cette pratique!

Très souvent, l’accommodement ne pose pas de difficulté particulière. Il m’est arrivé à l’université de permettre à des étudiants juifs de passer leur examen avant la date prévue pour leur permettre de fêter le Yom Kipur. ils devaient s’engager solennellement à ne pas révéler la teneur des questions à d’autres. De même, l’inscription au menu d’une cafétéria ou d’un hôpital d’un plat kasher ou hallal ne soulève généralement pas de problème.

Mais parfois, l’autorité responsable ou les requérants ne s’entendent pas sur le caractère raisonnable de l’accommodement demandé. D’où le recours occasionnel aux tribunaux pour en décider. Parfois, la décision est perçue par l’opinion publique comme déraisonnable. Le cas le plus célèbre et qui a provoqué la crise que l’on sait est celui où la Cour suprême a autorisé le port du kirpan dans une école secondaire à la commission scolaire Marguerite-Bourgeois.

Il arrive encore, et c’est beaucoup plus sérieux, que la demande d’accommodement contredit ou semble contredire un autre droit fondamental tel celui de l’égalité des femmes et des hommes, ce qui en soi est inacceptable. Tout le débat autour du port du foulard ou les horaires de piscine réservés aux hommes ou aux femmes. Pour le Conseil du statut de la femme, le droit à l’égalité serait ici mis à mal. Ce qui est discutable. Ainsi, faudrait-il condamner au nom du même droit, les écoles réservées aux garçons et aux filles?

Il arrive enfin, ce que souligne Christian Rioux, qu’il y ait conflit entre la liberté de religion ou de conscience et le principe de la laïcité de l’État,  principe qui fait consensus, même s’il n’est pas encore inscrit formellement dans nos lois. De lui découle en effet la neutralité de l’État envers quelque croyance ou non-croyance que ce soit. Elle justifierait une restriction raisonnable à la liberté de religion des fonctionnaires pour permettre son exercice en pleine égalité par les citoyens en général.

On est ici au cœur du débat entre les tenants de la laïcité « ouverte » et de la laïcité « stricte », terme qui répugne aux tenants de cette dernière qui estime, à tort à mon avis, que le concept de laïcité est univoque. Ce que contredit en effet l’expérience internationale en la matière.

Dernier point. Dans ce débat, on observe hélas une attitude détestable chez certains combattants pour la laïcité à qui la religion donne de l’urticaire, sinon pour qui elle est la « gangrène de l’humanité ». Hélas, cette attitude  pollue le débat qui mérite d’être mené dans le respect de tous.

L’AUTONOMIE DES ÉL’COLES ET L’INFLUENCE DES PARENTS: DES GAINS D’APRÈS 1960

Note: J’avais préparé le billet suivant que j’ai décidé d’envoyer au Devoir. Il a été publié ce matin sous une forme légèrement différente.

Le texte de samedi dernier de Vincent Geloso concernant l’intervention de l’État en matière d’éducation pendant la Révolution tranquille, continue de susciter les réactions. Geloso a d’ailleurs un carnet web où il a commencé à répliquer à ses contradicteurs.

J’ajoute donc mon « fion », mais sur un seul point qui m’a fait tiquer, d’autant que j’ai déjà lu ailleurs la même affirmation. Il écrivait samedi :

« Entre 1945 et 1960, l’État québécois intervenait très peu dans le domaine de l’éducation. Les écoles étaient largement autonomes et les parents avaient une influence importante sur le parcours scolaire de leurs enfants. »

Certes, l’État lui-même n’intervenait que très peu. Et pour cause! Depuis 1875, il avait abdiqué ses responsabilités en matière d’éducation en en confiant totalement la gouverne aux Églises catholique et protestante. La première était  représentée par le Comité catholique du Conseil de l’instruction publique et la seconde par le Comité protestant. Au plan exécutif, tout passait par le Département de l’instruction publique et son surintendant  que le frère Untel qualifiera malicieusement « Dieu le père qui est à Québec ».

En fait, les règlements, les instructions, les programmes scolaires édictés par ces instances étaient extrêmement pointus et détaillés; ils ne laissaient fort peu de marge de manœuvre aux enseignants et enseignantes. Chacun savait à la semaine près ce qu’il devait enseigner et comment le faire grâce aux programmes « catalogues » qui leur étaient imposés. Et les inspecteurs d’école étaient là pour s’assurer que tous marchaient  dans le droit chemin. Il en allait de même dans les écoles normales soumises aux diktats de ces mêmes instances. En fait, l’autonomie dont jouissent maintenant les enseignants, en vertu même de la Loi sur l’instruction publique, n’a rien à voir avec ce qu’ont connu leurs aînés.

Pour ce qui est de l’« influence importante » qu’auraient exercée les parents d’avant 1960, là aussi Geloso se trompe.  Aucun organe ne les représentait. Cela viendra à compter de 1971 quand on créera les comités d’école sous la recommandation du rapport Parent avec l’appui du Conseil supérieur de l’éducation. Les conseils d’orientation verront le jour autour de 1979-80 et les conseils d’établissements en 1987-88. Ils y exercent maintenant conjointement un pouvoir limité, mais significatif sur la vie des écoles.

Ils n’avaient  par ailleurs aucun droit de représentation, en leur titre de parents, au sein des commissions scolaires : seuls votaient les propriétaires fonciers. Au surplus à Montréal et Québec, les commissaires seront nommés par l’archevêque, la municipalité et le gouvernement jusqu’en 1973, date de l’instauration généralisée du suffrage universel. Ce n’est qu’en 1960 que Paul-Gérin Lajoie fera adopter une loi accordant, hors Montréal et Québec, le droit de vote aux parents ayant des enfants de 18 ans et moins.

Bref, le droit des parents de participer activement à la vie de l’école et celui des enseignants à l’autonomie professionnelle est le résultat d’une lente évolution dont on retrouve quelques traces dans les années 50. Ce droit sera promu par le rapport Parent des années 60 et consacré progressivement depuis par des lois de l’Assemblée nationale.