QUE DEVIENDRA L’ÉGLISE À COMPTER DU 1er AVRIL ?

La démission de Benoît XVI a soulevé hier chez moi quelques émotions. Je me suis revu en 1968, au moment où j’ai commencé ma carrière  comme reporter à la religion au Devoir. Comme je rêve très souvent – sans blague – que j’y travaille encore, je me suis imaginé que j’avais à « couvrir » cet événement. Et j’ai senti monter l’anxiété, comme en juin 1968 quand Paul VI a publié son encyclique Humanae Vitae sur les moyens de contraception. Des dizaines et des dizaines de dépêches étaient déposées d’heure en heure sur mon pupitre et il me fallait résumer tout cela en trois feuillets, en essayant d’être original. Aujourd’hui, ma boîte de courriels aurait explosé!

Pourtant, la nouvelle tient en peu de chose : Benoit XVI estimait qu’il n’avait plus la santé pour faire son boulot. Il en a pris acte et tiré ses conclusions. L’événement présente bien sûr un caractère historique étant donné que voilà dessiècles qu’un pape n’avait pas démissionné.

Mais pour le reste, la nouvelle est faite du bla-bla sympathique de gens d’Église, de chefs d’État, de gens de la rue. Et ils disent tous à peu près la même chose : sa décision lui fait honneur et elle manifeste une grande humilité. C’est effectivement le cas. Sur le fond, qu’y a-t-il de plus à dire?

Plus importante sera la suite des choses : on lui trouvera un successeur. Hier on spéculait déjà et cela va durer encore sept semaines. Et pour cause : le choix du successeur n’est pas sans importance pour la vie de l’Église en général et des chrétiennes et chrétiennes en particulier. Et j’en suis.

Pour l’heure, l’institution romaine demeure telle qu’en elle-même : assez figée dans certaines convictions traditionnelles. C’est le cas notamment en ce qui concerne l’égalité des hommes et des femmes et l’accès de ces dernières à la prêtrise. Depuis 50 ans, le monde et l’Occident en particulier ont fait de cette égalité une valeur sociale fondamentale. Il progresse inexorablement dans cette voie. L’Église, de son côté, n’a pas lu ce « signe des temps », selon la belle expression inventée au concile Vatican II, il y a cinquante ans. En ce qui concerne l’homosexualité, elle refuse d’en voir autre chose qu’une anomalie de la nature. Elle exclut encore officiellement de la communion les divorcés remariés. On pourrait allonger la liste. Bref, à certains égards importants pour la pensée moderne, elle piétine.

Bref, l’enjeu de la prochaine élection est évident : l’Église restera-t-elle enfermée dans certaines certitudes qui tout compte fait n’ont guère à voir avec l’Évangile, mais plutôt avec une anthropologie à bien des égards dépassée. Au contraire, parviendra-t-elle à s’ouvrir enfin davantage à l’Homme du second millénaire en se recentrant sur l’essentiel : le témoignage de la charité et de la justice?

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