SOUTANE ÉCARLATE ET TUNIQUE SANS COUTURE

J’adore feuilleter les magazines Hola, Jour de France ou Paris-Match, surtout pour y admirer les très jolies Caroline de Monaco, Kate de Grande-Bretagne ou Letiza d’Espagne. De même, l’almanach du Gotha est fantastique pour y démêler les liens entre les têtes couronnées. J’ai aussi adoré me trouver en 1994 sur le passage du cortège de Sa Majesté Élisabeth et des Grands d’Angleterre au château Windsor, en la fête de l’Ordre de la jarretière. Je ne manque pas non plus Dowton Abbey. Et j’ai appris, ô suprême honneur, que comme tous les Québécois qui ont comme ancêtres Jacques Miville et Catherine de Baillon, je descend(rai)s de Louis VII, roi de France et donc de Hugues Capet! Ceci explique cela!

Pourtant, cela m’indispose profondément de voir ces jours-ci, dans le décor baroque de St-Pierre de Rome, ces « princes de l’Église » en soutane, calotte, barrette écarlate et rochet en dentelle. Ils se parent encore la tête d’une haute mitre de soie, cette coiffure héritée du Moyen-Âge et héritée peut-être des satrapes d’orient. Dans les cortèges, on ne peut les manquer. Et ils se font faire des blasons. Et quel bonheur quand leur palais épiscopal passe au rang de palais cardinalice.

Mais, il n’y a rien d’admirable à tout cela. Comment expliquer que les chefs de l’Église se parent encore des attributs de l’aristocratie d’Ancien Régime? Ils étaient tragiques à voir dans les Borgia ou les Tudors et très drôles, dans Habemus papam. Mais dans cette Église que l’on veut « servante et pauvre », on vit toujours ces anachronismes pitoyables.

Depuis qu’est ouverte la succession de Benoit XVI, on souhaite que l’Église se « modernise ». À certains égards, le mot est ambigu ou en tout cas paradoxal pour parler d’un « retour » à l’Évangile! Mais quand il s’agit de la symbolique vestimentaire au sein de l’Église, le mot « modernité » est parfaitement approprié : il est grand temps que l’on abandonne ces attributs aristocratiques qui contredisent carrément l’esprit évangélique, quand elle ne lui enlève pas de la crédibilité. Jésus ne s’est pas vêtu comme le grand-prêtre du temple ou les courtisans d’Hérode ou de Pilate. Quand il est mort, il portait une tunique « sans couture, tissée d’une seule pièce » que les soldats romains ont tirée au sort.

Mais il n’y pas que le décor.  L’enjeu de la pièce que l’on prépare actuellement dans les coulisses  a son importance. À cet égard, Josée Boileau écrivait samedi dans un magnifique éditorial :  «Seule la perspective d’avoir un pape issu de terres québécoises sauve présentement l’affaire de l’indifférence quasi générale. Le choix du pape est ramené à une version ritualisée d’un concours de téléréalité ».  Elle a largement raison.

Je suis toutefois plus optimiste à propos des acteurs. Au lendemain de la démission de Benoit XVI, j’étais fortement agacé par le bla-bla journalistique sur les papabile. Je me suis ravisé depuis. Il  y a des journalistes européens qui s’y connaissent.  Dans cette monarchie secrète qu’est l’Église du Vatican, leurs analyses constituent une manière de faire participer, au moins indirectement, l’opinion publique à l’élection du futur pape. Les cardinaux sont évidemment muets sur leur choix, mais ils lisent les journaux et écoutent la radio et la télévision.

Mais lisez plutôt l’éditorial de Josée Boileau.

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