ÉCHEC DE LA RÉFORME DE 1998. PUIS APRÈS?

Les réformes de l’enseignement et des programmes sont toujours décevantes. La dernière en date, lancée en 1998, est un échec aux dires de deux chercheurs de l’Université Laval, Jean-François Cardin et Érick Falardeau. Le Soleil de lundi rendait compte de leur récente enquête auprès de près de 500 enseignants ici et ici. Une autre étude menée cette fois par le professeur Simon Larose confirme aujoud’hui cet échec.

En amont de ces constats, se pose néanmoins une question préalable : les enseignants ont-ils, ou comment ont-ils mis en oeuvre, la réforme de 2008? Là-dessus, les chercheurs ne s’entendent pas. Il y a quelques jours à peine, Suzanne Chartrand, elle aussi de Laval, montrait comment en français les enseignants en sont généralement demeurés aux méthodes traditionnelles, faisant fi des découvertes en didactique. Nous y avons fait état ici même.

Si on veut bien par ailleurs donner à ce débat un peu de profondeur historique, on se rendra compte que ce que l’on observe aujourd’hui n’est pas nouveau. Ainsi, au milieu des années 60, dans le sillage du rapport Parent, on a remplacé les « programmes catalogues » où les enseignants suivaient presque un livre de recettes, aux « programmes-cadres » où ils jouissaient d’une grande autonomie. C’était la belle époque des « stencils ».

Cinq ans plus tard, on constatait l’échec de la réforme, échec amplifié bien sûr par les médias. D’aucuns se souviennent de la série d’articles de Lysianne Gagnon dans La Presse sur l’échec du français. Le Dr François Cloutier s’émut et amorça discrètement la réflexion au sein du ministère. Puis Jacques-Yvan Morin lança son livre Vert puis son livre Orange. Le tout aboutit en 1989-91à une seconde réforme des programmes dits « par objectifs ». Tout le monde salua cette réforme, y compris les enseignants. Sauf qu’elle n’apporta pas les résultats escomptés. Les élèves ne réussissaient pas mieux.

Aussi, vers 1992, la CSQ réclama des États généraux sur l’éducation. Ceux-ci proposèrent de revenir à l’essentiel : « instruire ». Puis la ministre Marois demanda à Paul Inchauspé et son équipe de définir les paramètres des programmes à réformer. Ce qui fut entrepris et à nouveau rapidement décrié par les chroniqueurs, surtout à cause des compétences transversales!  On constate aujourd’hui un nouvel échec de cette réforme.

Alors que faire? Il revient évidemment au ministère de l’Éducation de fixer les orientations et les objectifs généraux des programmes. Le bien commun l’exige. Mais j’ai toujours plaidé et je plaide encore pour laisser les enseignants eux-mêmes, en tant que professionnels de la pédagogie, la responsabilité de rédiger les programmes.Il leur revient aussi de choisir les méthodes d’enseignement qu’ils estiment les plus efficaces et de travailler à leur développement. Du reste, ils ont développé individuellement et collectivement des savoirs d’expériences incontournables. Ils peuvent aussi enrichir ceux-ci par les savoirs savants issus des recherches scientifiques.

Toutefois, les enseignants n’ont pas choisi cette voie. Ils préfèrent, collectivement du moins, se définir comme des syndiqués plutôt que comme des professionnels.. Dès lors, il est plus facile de blâmer le ministère de l’Éducation tenu pour le seul responsable de l’échec des réformes. Et pour cause: ils n’y sont pour rien! C’est leur choix, mais je le conteste.

Ceux qui voudraient en connaître davantage sur les réformes québécoises en éducation pourront par ailleurs consulter l’ouvrage de Mellouki, M. (2010). Promesses et ratés de la réforme de l’éducation au Québec.  Ils pourront aussi s’inscrire au très proche colloque international sur les enjeux actuels et futurs de la formation et de la  profession enseignante organisé par le Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE).

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5 réflexions au sujet de « ÉCHEC DE LA RÉFORME DE 1998. PUIS APRÈS? »

  1. Luc Papineau

    Monsieur Proulx,

    Vous écrivez: «Toutefois, les enseignants n’ont pas choisi cette voie. Ils préfèrent, collectivement du moins, se définir comme des syndiqués plutôt que comme des professionnels. Dès lors, il est plus facile de blâmer le ministère de l’Éducation tenu pour le seul responsable de l’échec des réformes. Et pour cause: ils n’y sont pour rien! C’est leur choix, mais je le conteste.»

    La réalité est loin d’être si simple, à mon avis. Les décideurs, les gestionnaires et les directions réduisent souvent, eux aussi, à leur manière, les enseignants à de simples syndiqués. Jamais dans le domaine médical, un professionnel n’accepterait qu’on interfère autant dans sa pratique qu’on le fait au quotidien dans le cas des enseignants. Quand une direction vous demande d’augmenter vos moyennes de classe, on est loin du respect dû à un jugement émis par un professionnel. Combien de professionnels refuseraient les conditions de travail dans lesquelles on nous demande d’oeuvrer? Enseigner dans des locaux vétustes, insalubres, avec du matériel périmé, à des élèves pour lesquels on ne dispose pas des services d’accompagnement nécessaires, à des élèves parfois mal évalués.

    Un collègue résumait ce débat ainsi: «Syndiqués quand ça fait leur affaire; professionnels quand ça leur convient.» On ne peut exiger des enseignants d’être des professionnels sans leur en donner les moyens, la considération et la marge de manoeuvre, les pouvoirs qui vont avec ce statut. À votre manière, vous semblez reprendre cette attitude. Des enseignants qui refusent ce que vous appelez des «découvertes en didactique» sont-ils des professionnels avisés ou de simples techniciens syndiqués frileux? À l’époque, quand j’ai indiqué ce qui me semblait être des lacunes importantes de cette réforme, j’ai été taxé de tous les noms: conservateur, rétrograde, droitiste, élitiste, traditionnaliste, dinosaure, technicien… et j’en passe.

    Enfin, dans ce débat sur l’échec de la récente réforme scolaire, il est d’autant plus tentant pour les enseignants de blâmer le gouvernement que ce dernier a ignoré les avis des profs sur le terrain. Il a imposé une réforme sans fournir en plus les véritables moyens nécessaires à celle-ci. Il s’est livré par moments à des improvisations tout simplement honteuses. Quand on initie un changement, on porte une large part de responsabilité quant à sa réussite. Quant à moi, le MELS n’a pas démontré ses capacités à mener cette réforme à bon port. Et il doit porter une large part du blâme quant à l’échec de celle-ci. En éducation, le ministère refuse généralement les bilans, les évaluations rigoureuses. Il s’évalue comme il évalue les élèves. Avec complaisance. Combien de millions, pour ne pas dire milliards, a-t-on investi dans cette réforme?

  2. francispoissant

    Puis après?

    Sauf que la réforme des années 2000 a été faite en s’appuyant faussement sur des données de sciences. Toutes les études expérimentales pointent les pédagogies centrées sur l’enseignant comme se révélant plus efficaces que celles centrées sur l’élève. Vous ne connaissez pas les Bissonnette, Clermont et Richard et leur équipe? Vous avez manqué leurs avertissements dans Vie pédagogique depuis si longtemps?

    Vous parlez d’un état des lieux en français sans savoir la qualité de la méthodologie de cette étude. On peine à la comprendre sur le site que vous mettez en référence. Je trouve toutefois intéressant le fil qui dépasse de leur Powerpoint (qui n’explique rien, comment peut-on prétendre nous informer avec ces titres sans explication? Je ne vois que du mépris comme le MElS qui excelle à ne jamais mettre une table des matières à ces notons indigestes) où il semble que les dictées et les leçons du mois de novembre résume l’année d’un prof de français si on regarde le petit échantillon de questionnaire illustré qui y parait. Moi non plus, avant d’avoir une bonne relation avec des élèves, je ne fais pas grand oral et, en début d’année, on tente de rattraper l’inconsistance des connaissances grammaticales qui devraient être là selon la progression des apprentissages que Madame Chartrand, elle-même, qualifie d’illisible…

    On patauge depuis si longtemps, quand revient-on à ce que disent vraiment les sciences de l’éducation? Pas à celle des facultés…

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