LE SALAIRE DES RECTEURS, UN SIGNE ÉCLATANT DE LA MARCHANDISATION DES UNIVERSITÉS

Depuis trois jours, les salaires des recteurs font l’objet d’un débat d’opinion. À Laval, le recteur Brière vient de se voir octroyer une augmentation de 100 000$, ce qui porte son salaire à 330 000$. Il s’agit, explique-t-on, d’une correction pour rattraper la moyenne des salaires des recteurs du Québec qui est de 358 000$. Et on est encore loin du salaire moyen canadien qui est, lui, de 407 000$.

Et quelle est la justification de tout cela? Une seule : le marché. Pour recruter la meilleure ou le meilleur, il faut payer et payer cher. On a entendu le même discours en ce qui concerne l’embauche des professeurs,  entendez:  des meilleurs chercheurs, cette fonction étant surévaluée par rapport à celle de l’enseignement.

Voilà où nous en sommes : l’université s’est transformée en entreprise privée. La concurrence est dorénavant le moteur de son développement.

Rapidement donc, la nature collégiale de la gouvernance universitaire est en train de muer vers le modèle entrepreneurial où le pdg, à l’intérieur des balises fixées par les règlements de la compagnie, règne en maître. Il est payé ou gratifié selon qu’il a réussi par ses bonnes décisions à faire grimper le cours des actions. Autrement, il quitte…avec une généreuse indemnité de départ!

Mais une université ne fonctionne pas comme cela. Traditionnellement, le recteur préside une communauté d’étudiants et de professeurs vouée, à travers l’enseignement et la recherche, à la formation de la relève, et au renouvellement des connaissances. Il est le chef d’un collège où les décisions sont le résultat du consensus de tous celles et de ceux qui participent, à travers des instances diversifiées, à la gouvernance de cette communauté.

J’ai interviewé en 1985 – j’étais alors au Devoir – le nouveau recteur de l’UdeM , M. Gilles Cloutier, qui était jusque là vice-président d’Hydro-Québec. À la question : « Quelle sera la différence entre le poste que vous occupez actuellement et celui de recteur? » Il m’avait répondu à peu près ceci : « À l’Hydro, je consulte un comité, puis je décide. À l’Université, je devrai attendre la décision d’un comité !»

Les règles relatives à la nomination des recteurs  reflète bien aussi la tradition de collégialité universitaire. Le modèle varie d’une université à l’autre, mais dans tous les cas, les corps universitaires sont à pied d’œuvre pour dénicher, par la voie de la consultation, voire de l’élection directe, celui ou celle qui fera le mieux l’affaire. 

Mais ce modèle fonctionne disparaît peu à peu, et non sans soubresauts,  au profit de la règle en émergence qui est celle du marché. À ce compte, il vaudrait sans doute aller droit au but et confier à des « chasseurs de têtes » le soin de repérer la ou le candidat idéal et négocier ensuite son salaire et ses autres avantages.

D’ailleurs, la fonction de recteur a elle aussi évolué. Les universités sont de façon permanente en campagne de financement auprès des diplômés et surtout des entreprises. Voilà plus de vingt ans, – toujours au Devoir – j’ai rendu compte d’une étude de l’Association canadienne de collèges et universités du Canada qui nous apprenait que les recteurs passaient la moitié de leurs temps à cette fonction de « quêteux ». On comprend dès lors que ce qui compte, ce sont les habilités de relationniste. La connaissance du milieu, la quantité et la qualité des « contacts » d’un dirigeant universitaire deviennent primordiales, bien plus que son prestige de professeur.

Bref, tout se tient!

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