L’HISTOIRE AU CÉGEP : UN BEAU PROJET, MAIS PARSEMÉE D’EMBUCHES

Mercredi, le ministre de l’Enseignement supérieur Pierre Deschênes a lancé un ballon d’essai en évoquant la possibilité d’imposer un cours d’histoire obligatoire au cégep.

Cela me plaît beaucoup, mais je dois déclarer mon conflit d’intérêts : depuis mon enfance, l’histoire me passionne. Je me souviens qu’en 4e année du primaire (oui, au primaire), on étudiait « les découvertes », puis en 5e  « la colonisation », après, je crois, « les explorations». J’ai lu en ces mêmes années beaucoup de romans historiques pour la jeunesse : Le petit page de Frontenac, Sous les plis du drapeau blanc, La Huronnie, Le trésor de l’Île-aux-Noix et quoi encore. J’ai conservé tous mes manuels d’histoire du secondaire et du collégial auxquels je me réfère encore. Et mon bureau est plein de livres d’histoire. Et J’ai passé ma journée de retraité à reconstituer la vie de mes ancêtres Claude Prou et Isabelle Robidas-Manseau de la Baie-du-Febvre.

Mais trêve d’ostentation!     

En soi, l’idée du ministre se défend fort bien. Je ne me lancerai pas dans la philosophie de l’histoire. Convenons sans plus que l’étude du passé est essentielle à la compréhension du monde présent. Le « présentisme » est une idéologie ratatinée. La culture, au surplus, se nourrit largement de l’histoire. On fait même aux enseignantes et aux enseignants un devoir de compétence d’être les « interprètes critiques » de leur discipline, ce qui suppose qu’ils en connaissent quelque peu l’origine.

Dans les collèges classiques, l’enseignement de l’histoire était au programme pendant six ans, c.-à-d. jusqu’au terme du cégep actuel. Le rapport Parent a recommandé de supprimer le latin et le grec pour élargir la culture à d’autres dimensions que les humanités classiqus, mais il a aussi évacué du collégial  l’histoire  des matières obligatoires. On n’a conservé que le français, la philosophie et l’éducation physique. Il y a une dizaine d’années, Claude Ryan y a fait ajouter l’anglais, langue seconde. Peut-être, a-t-on eu raison, mais cela m’étonnerait. Mais il faudrait voir et voir ailleurs. Le MELS devrait à cet égard commander  une bonne enquête sur les pratiques au Canada et dans le monde en matière d’enseignement de l’histoire au niveau collégial.

Cela dit, il faut voir ce que signifierait en pratique.

Premièrement, il faudrait « tasser » d’autres disciplines pour faire place au cours d’histoire. Mais lesquels? Ce genre d’opération n’est jamais facile, car elle signifie pour les « tassés » des diminutions de tâches, voire des pertes d’emplois.  On a vu le désarroi des philosophes quand on a réduit le nombre de cours obligatoire de quatre à deux. Pour d’autres, les étudiants universitaires en histoire en particulier, elle ouvrirait des perspectives inattendues et bienvenues.

Deuxièmement, si le projet du ministre venait à aboutir, il faudrait repenser de fond en comble le curriculum en histoire à partir du secondaire (voire du primaire). On ne saurait proposer aux étudiants un cursus qui les obligerait à revoir au cégep ce qu’ils ont appris au secondaire. Mais l’opération ne sera pas facile. On le constate déjà avec le débat sans fin sur le programme du secondaire dont l’un des enjeux est proprement pédagogique : la séquence des cours.  Comment articulera-t-on les choses quand il faudra à la fois prendre en compte le fait:

  • que l’école secondaire est terminale pour un certain nombre d’élèves;
  • que l’école secondaire et le collège relèvent d’autorités différentes y compris maintenant au niveau ministériel?

L’articulation des programmes entre les ordres d’enseignement a toujours constitué une pierre d’achoppement majeur dans l’organisation de notre système éducatif. Le projet Deschênes nous plonge directement dans ce guêpier.

Aussi, Je suggère humblement que l’on confie à un groupe d’études cette question afin d’y voir un peu plus clair avant de se lancer dans l’aventure.

Publicités

Une réflexion au sujet de « L’HISTOIRE AU CÉGEP : UN BEAU PROJET, MAIS PARSEMÉE D’EMBUCHES »

  1. michelepoupore

    Personnellement, j’offrirais plutôt un cours obligatoire de politique au CEGEP. Dans ce cours, il y aurait un apercu historique, de la poliitque québécoise et canadienne. À cet âge, les jeunes votent pour la première fois, bien souvent ils ne sont pas prêts.

    Je modifierais les programmes d’histoire, géographie et culture religieuses du primaire et secondaire. En m’éloignant de la filiation judéo-chrétienne qui caractérise encore notre programme pour offrir une vision située et globale du monde. Une approche par continent, incluant géographie physique et politique, histoire, culture et religion, grandes problèmatiques territoriales. Ce type d’enseignement se fait dans les écoles internationales. Après avoir couvert, l’histoire des Amériques, le cours présenterait avec plus de profondeur l’histoire du Québec et du Canada.

    Ainsi, les jeunes développeraient une perspective située, globale au niveau primaire et secondaire. Au niveau de l’enseignement supérieur, l’histoire devrait faire être specialisée et intégrée dans le champ disciplinaire.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s