L’IMAGE DES ENSEIGNANTS: LAQUELLE AU JUSTE?

La Fédération des enseignantes et enseignantes affiliée à la Centrale des syndicats du Québec lançait hier une web série  sur la profession enseignante au quotidien. Dans son communiqué, la présidente, Mme Manon Bernard, déclare :

« Depuis plusieurs années, la FSE a fait une priorité de la valorisation de la profession enseignante parce que celle-ci a été trop souvent mise à mal sur la place publique. Pourtant, les enseignantes et enseignants peuvent être extrêmement fiers du très bon travail qu’ils font au quotidien. C’est d’ailleurs en essence ce que leur ont dit le millier de témoignages reçus au cours de la campagne Ces profs qui ont changé nos vies  »..

« Nous croyons aussi qu’il est essentiel de mieux reconnaître le rôle primordial que jouent nos enseignantes et enseignants dans la construction de notre avenir collectif, et nous pensons que bien au-delà de certains préjugés véhiculés, par ailleurs souvent inexacts, il faut faire davantage connaître la nature et la diversité du travail enseignant, qui doit combiner une expertise pédagogique indéniable et une passion toujours renouvelée pour relever les défis qui sont les nôtres », a-t-elle ajouté.

La série compte une douzaine de capsules d’environ cinq minutes animées par le  comédien JC Lauzon.

Il y a dans cette production fort intéressante à tous égards une visée défensive. Comme l’écrit Mme Bernard : la profession « enseignante a été trop souvent mise à mal sur la place publique ». On veut ce faisant dépasser « certains préjugés  véhiculés, par ailleurs souvent inexacts ».

C’est là un  sentiment partagé par la profession depuis très longtemps comme j’ai pu l’observer depuis 40 ans que je la côtoie. Ce sentiment n’est pas propre aux enseignants québécois, comme l’avait constaté en 2 004 le Conseil supérieur de l’éducation dans son avis sur la profession enseignante. Il est aussi très répandu en Europe.

Pourtant, j’ai déjà eu l’occasion de le rappeler souvent : avec les médecins, les infirmières, les pompiers et les policiers, les enseignants québécois sont ceux en qui l’immense majorité de la population québécoise (90%  et au-delà), comme celle des autres pays européens font confiance. Les journalistes obtiennent un score beaucoup plus bas, comme les syndicalistes et les politiciens d’ailleurs!

Bref, l’image publique que sont d’eux-mêmes les enseignants ne correspond pas à celle que leur renvoie la population en général. Comment expliquer ce paradoxe ? C’est que la profession enseignante projette en fait deux images différentes :

Une, personnelle,  celle que les parents se font de l’enseignante ou de l’enseignant de leurs enfants, à travers les rencontres, les appels téléphoniques, les mots dans les agendas. Généralement, celle-ci est très positive. C’est sur ce tableau que joue, fort bien du reste, la nouvelle série web.

L’autre est celle véhiculée par les médias et qui est alimentée non pas par les individus, mais par les appareils syndicaux et patronaux et qui renvoie très souvent à des conflits ou des controverses.

J’ai en tête le récent conflit de l’Alliance des professeurs de Montréal /CSDM touchant le calendrier scolaire.  Il a abouti à fixer une journée d’école le 25 juin! Le porte-parole de l’Alliance que j’ai entendue à la SRC n’a pas caché que cette décision absurde était le résultat d’un mauvais climat à la CSDM. Qui a terni son image publique dans cette affaire? L’employeur ou le syndicat de professeurs?  À chacun de choisir.

Autre exemple qui a laissé des traces amères : dans une précédente négociation, il y a quelques années, les enseignants ont décidé de boycotter les sorties éducatives  au  théâtre, laissant en plan les artistes de ce milieu. Ces choix se paient sur le plan de l’image publique.

On ne saurait reprocher aux syndicats de mener les batailles qu’ils jugent pertinentes, à la fois pour leurs membres et, le cas échéant, pour les élèves. Mais il leur appartient aussi de bien  mesurer l’impact à  court et à long terme qu’elles laissent sur leur image publique. C’est une question de jugement politique.

Une autre série web serait utile à cet égard.

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9 réflexions au sujet de « L’IMAGE DES ENSEIGNANTS: LAQUELLE AU JUSTE? »

  1. Alexis Gagne

    Je suis tout à fait d’accord avec la FSE. La valorisation des enseignants (et de l’éducation) est importante et devrait être travailler au Québec. Mais une campagne provenant d’un syndicat d’enseignants vantant les enseignants, n’aura presque certainement pas l’effet recherché. La FCSQ avait fait une campagne similaire pour vanter l’importance des Commissions Scolaires, je suis presque certains que ce fut un monumental gaspillage d’argent.

  2. Ping : Évaluer le personnel enseignant: ça ne règlera pas les problèmes | Politique scolaire québécoise

  3. FSE-CSQ (@FSECSQ)

    Monsieur Proulx,

    Nous constatons nous aussi la contradiction entre le sentiment vécu par les enseignants et l’importance de la confiance que la population leur apporte. Cet écart est généralement reconnu comme faisant partie du malaise enseignant, ou si l’on veut, un sentiment d’impuissance et de dévalorisation dans notre travail.

    D’ailleurs, certains faits y contribuent, comme la dégradation des conditions d’enseignement, entre autres dans la classe régulière, qui limite le sentiment de pouvoir bien faire son travail, de même que la remise en question par plusieurs de l’expertise des enseignants dans leur domaine, sans oublier la précarité qui touche près d’un enseignant sur deux.

    La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) est présentement en démarche à travers le Québec pour réfléchir avec les enseignants sur ce qui les valorise et ce qu’il faut faire pour accroître les sources de valorisation de la profession.

    Le caractère professionnel du syndicalisme enseignant exercé par la FSE vise tout à la fois l’amélioration des conditions d’enseignement et des conditions d’apprentissage des élèves. C’est dans cet esprit que les deux facettes de ce que nous sommes se combinent pour faire changer les choses. Par exemple, forts de nos orientations claires en la matière, nous réclamons depuis déjà un bon moment une politique d’insertion professionnelle pour les enseignants en début de carrière.

    Certes, il reste beaucoup à faire pour que les enseignants se sentent reconnus à leur juste valeur, mais notre action commence à porter ses fruits. Je sais que vous joindrez votre voix à la mienne pour saluer le travail quotidien de ces milliers d’enseignantes et d’enseignants qui préparent l’avenir avec compétence et engagement.

    Manon Bernard, présidente de la FSE

  4. proulxj Auteur de l’article

    Bonjour Mme Bernard,

    Je suis honoré que vous ayez pris le temps de commenter mon billet.

    Puisse vos actions tant individuelles que collectives pour valoriser la profession portent fruit.

    Cordialement,

    Jean-Pierre Proulx

  5. Karine Lévesque

    Je crois que les réponses des sondages quant à l’estime et à la confiance envers les enseignants sont positives parce qu’elles sont ancrées dans la culture québécoise. Oui, c’est certain, je fais confiance aux profs…je ne me pose même pas la question. Toutefois, on n’a pas à aller bien loin, premier virage après le sondage, on s’aperçoit que les commentaires, les remises en question, les gestes n’ont plus rien à voir avec les opinions données plus tôt.

  6. Luc Papineau

    «il y a quelques années, les enseignants ont décidé de boycotter les sorties éducatives au théâtre, laissant en plan les artistes de ce milieu.»

    Correction: il y a quelques années, les enseignants ont boycotté les activités parascolaires pour lesquelles le temps complet relié à celles-ci ne leur était pas reconnu. Nuance.

  7. Luc Papineau

    Et la réaction de certains artistes a surtout montré qu’ils prenaient alors le milieu scolaire pour acquis. Comme si nous devions être les vaches à lait de leur entreprise. Les sorties au théâtre devaient être obligatoires, etc., etc. Honnêtement, j’en ai gardé un gout très amer.

  8. proulxj Auteur de l’article

    M. Papineau,
    Je vous remercie pour la précision de votre premier commentaire. Cela dit, il y a les faits, mais aussi l’image que projette le récit des faits aussi bien auprès des individus que des collectivités touchés. C’est à cet égard, écrivais-je, que s’impose la discernement politique. .

  9. Luc Papineau

    J’espère simplement qu’en regard des faits que j’ai rapportés ici, vous saurez corriger les affirmations de votre billet. En passant, j’espère que vous savez qu’on ne peut rendre obligatoire ces sorties culturelles?

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