Archives mensuelles : août 2013

COUPURE DES SERVICES AUX ÉLÈVES EN DIFFICULTÉ : INTOLÉRABLE

Il arrive que l’État, comme les individus et les institutions de la société civile doivent couper dans leur budget de dépenses.

Mais que l’État en vienne en réduire les services aux élèves qui en ont le plus besoin, soit ceux qui sont en difficulté d’apprentissage ou handicapés, c’est carrément inacceptable et intolérable.

Une société civilisée dont l’histoire au surplus est marquée par les valeurs chrétiennes, a l’obligation morale de servir d’abord les plus faibles en son sein.

On imagine mal l’anxiété des parents dont les enfants éprouvent ces difficultés devant la situation actuelle.

Bravo aux syndicats de professionnels et aux parents qui viennent de dénoncer ces coupures. Et vivement que Mme la Ministre et son gouvernement revoient leurs priorités.

 

LAÏCITÉ : LA CAQ TIENT UNE POSITION DÉFENDABLE

La position que la Coalition avenir Québec  a dévoilé hier sur une éventuelle charte de la laïcité est raisonnable. En effet, elle s’appuie sur un principe clair et poursuit un objectif légitime : les personnes qui au nom ou par mandat de l’État exercent une position d’autorité sur les citoyens doivent incarner la neutralité de l’État. François Legault expliquait :

« En raison des pouvoirs et responsabilités importants conférés à ces personnes, il est nécessaire d’assurer la perception et la réalité de la neutralité et de la crédibilité de ces fonctions auprès de la population. Pour nous, le métier d’enseignant ou de directeur au primaire et au secondaire répond aussi à ce critère ».

Au « Pas de midi sans info », l’animateur lui a objecté : « Oui, mais les députés exercent aussi une fonction d’autorité ». Legault a répondu en substance : ils représentent d’abord leurs citoyens et sont élus tel qu’ils sont, avec ou non leurs convictions religieuses.

Il aurait pu donner une meilleure réponse. Les députés – et il faudrait aussi parler des conseillers municipaux, des commissaires d’écoles – n’exercent pas d’autorité directe sur les citoyens. Ils l’exercent par l’intermédiaire de la loi. Au surplus, ils agissent collégialement et non individuellement.

La position de la CAQ s’appuie manifestement sur les recommandations sages du rapport Bouchard-Taylor. Elle va plus loin en incluant les enseignants et directeurs d’établissements. Cela se défend. Néanmoins, la question de savoir si les enseignants sont les mandataires de l’État est controversée.  D’aucuns prétendent qu’ils agissent plutôt au nom des parents qui sont les premiers responsables de leurs enfants. Ils siègent d’ailleurs pour cette raison  au sein des conseils d’établissements. Il y a donc place ici à débat.

Pour autant, la proposition de la CAQ, si elle politiquement plus acceptable que celle du PQ – on verra  comment  le gouvernement l’accueillera –, ne sera pas à l’abri des contestations au plan juridique même si, au premier abord, elle « se justifie dans le cadre d’une société libre et démocratique » (cf. la Charte canadienne des droits et libertés) . On sait déjà que la cour d’appel d’Ontario a jugé constitutionnel le port du turban au sein des corps policiers. Néanmoins, le risque au plan politique du recours aux clauses dérogatoires pour assurer la solidité juridique des mesures envisagées demeure, mais il sera plus certainement acceptable pour la majorité.

En effet, le sondage que publiait hier le Journral de Montréal montre que les Québécois, en majorité, appuient l’idée d’une Charte des valeurs québécoises et  même l’ensemble des interdictions que propose le PQ.

Hélas, c’est en général pour de mauvaises raisons : pour les uns, majoritaires sans doute, cette charte vise à renforcer l’identité nationale, instrumentalisant ce faisant la laïcité de l’État. De sérieux indices mènent à  cette conclusion :

  • Au sein du PQ, les ministres Drainville et Lisée ont joué explicitement cette carte et Mme Marois en fin de semaine dernière est allée dans le même sens.
  • Le sondage du Journal de Montréal révèle que seulement 25 % des anglophones et 33 % des allophones appuient l’idée d’une charte des valeurs québécoises. C’est très révélateur.
  • Le PQ comme la CAQ (et même les libéraux) n’ont pas le courage politique de proposer de déplacer le crucifix hors de l’enceinte de l’Assemblée nationale. En effet, le sondage d’hier confirme ce que l’on savait déjà : la majorité des Québécois (55%) sont d’accord pour qu’il reste là où il est. On invoque bien sûr le patrimoine historique du Québec catholique. On a eu beau expliquer que ce crucifix est là depuis que Duplessis l’y a placé au tournant des années 40, rien n’y fait. Cette histoire de patrimoine est une pirouette idéologique utile.

Chez les laïcistes, moins nombreux, mais combatifs, voire acerbes, une charte de la laïcité c’est une manière de combattre toutes les religions considérées comme la « gangrène de l’humanité »! On peut lire cela sur le site de l’Association humaniste du Québec. Et nombre de commentaires lus dans les blogues et les sites des journaux vont dans le même sens. La liberté de religion, oui, pourvu qu’elle reste cachée dans sa maison.

LA RENTRÉE

De quoi sera faite l’année scolaire qui débute?

On n’annonce pas de grandes nouveautés en éducation en 2013-2014. Cette année, je le souligne au passage, marque le 50e anniversaire de la publication du premier tome du rapport Parent. Les assises de notre système éducatif actuel viennent de là. Il n’a pas cessé depuis d’évoluer et il évoluera encore.

Ainsi, on connaîtra cette année, l’arrivée des maternelles 4 ans à temps plein en milieux défavorisés. La mesure – comme toute mesure en éducation ! – ne fait pas l’unanimité : indispensable, disent les uns, pour combler le déficit culturel des enfants marqués par la pauvreté; c’est trop tôt, disent les uns : on va enfermer des marmots dans un cadre scolaire rigide : les cpe font bien l’affaire et bien mieux. Mais c’est chose faite. Le plus important est de savoir si cela sera bien fait.

L’autre nouveauté, en devenir celle-là, concerne l’enseignement supérieur. À la suite du sommet sur les universités de l’hiver dernier, le rapport Corbo a proposé la création d’un Conseil national des universités. Comme la mesure fait consensus, l’Assemblée nationale devrait normalement y donner suite.

Ce conseil aurait comme première tâche d’évaluer la qualité de « l’ensemble des activités universitaires et, au premier chef, de la formation » que dispensent les établissements. Il faudra revenir sur ce rapport qui soulève des enjeux importants. En effet, en parcourant le rapport, une première impression surgit : pour accomplir l’imposant mandat qu’on suggère de confier au nouveau conseil, il faudra créer une fonction publique dont on mesure mal encore l’importance. Le  rapport Corbo parle de 20 personnes. J’ai des doutes. Surtout, comment s’articuleront les pouvoirs consultatifs, mais aussi réglementaire, du nouveau conseil avec ceux, exécutifs et administratifs, du ministère de l’Enseignement supérieur?

Mais le plus important est ailleurs. Dimanche matin, je participais à la nouvelle émission « Désautels le dimanche ». L’animateur y a proposé une réflexion sur les 50 ans du rapport Parent. D’entrée de jeu, il m’a demandé quelle question il faudrait prioritairement aborder aujourd’hui  Sans hésiter, je lui ai répondu : la réussite scolaire. Le décrochage tant au secondaire qu’au collégial (on en parle moins) m’apparaît toujours le problème majeur de notre société. Ses conséquences, tant pour les personnes que pour la société, sont énormes.

Les causes du phénomène sont multiples, interreliées, et pour une part extérieures au système scolaire : au premier chef, la pauvreté; ensuite, les valeurs sociales qui privilégient la compétition plutôt que la collaboration. Cela se répercute sur le système : on multiplie d’année en année, au public comme au privé, les écoles pour les meilleurs, laissant les moins bonnes à la majorité forcément moins bonnes.

Puis il y a les causes internes au système : au premier chef, le manque de ressources pour aider les élèves en difficulté; l’absence aussi d’un système efficace d’évaluation de la qualité de l’enseignement. Cela s’explique pour une bonne part par le primat, au plan institutionnel, s’entends, de la culture syndicale sur la culture professionnelle. Ainsi, il n’existe toujours pas au sein de la profession enseignante de mécanismes obligatoires de formation continue.

Mais je m’arrête en souhaitant à mes trois enfants, tous trois œuvrant en éducation et à mes deux petites-filles qui entrent en classe mercredi, une merveilleuse année scolaire. Leur père et leur grand-père se contera d’ergoter sur son blogue!

SI DIEU EXISTE, OÙ ÉTAIT-IL QUAND A SURGI LE DRAME DE MÉGANTIC?

Joseph Facal se demandait jeudi « Où était Dieu?« , à propos de la tragédie de Lac-Mégantic, tout en se disant lui-même incroyant. Ses propos m’ont suggéré le commentaire suivant:

Joseph Facal écrit: « Il n’y a pas plus de moyen de ‘’prouver ‘’ son inexistence [Dieu] que son existence. Je dis que les probabilités de son inexistence sont plus élevées que celles de son existence ». Vous avez tout à fait raison. Il faut lire là-dessus l’excellent bouquin d’André Conte-Sponville. L’Esprit de l’athéisme, introduction à une spiritualité sans Dieu, (Albin Michel).

En fait, l’existence de Dieu relève de la foi. On croit en Dieu (ou pas). On ne prouve pas ni ne pouvons prouver son existence. La vraie question est de savoir si cette foi est  raisonnable ou non. Pour ma part, en tant que chrétien, mon seul motif raisonnable de croire en Dieu tient au fait que parmi ceux et celles qui ont connu Jésus, il s’en est trouvé qui l’on revu vivant après sa crucifixion sur une croix. Et ce témoignage a été porté en suite par 60 générations de chrétiens. Mais cela n’emporte pas pour autant l’adhésion de tous. Paul qui a tenté de raconter cela aux Corinthiens n’était pas dupe : « Scandale pour les Juifs, folie pour les Païens », a-t-il admis. Et ce témoignage n’est pas plus une preuve de l’existence d’un Dieu vivant en Jésus. D’ailleurs, Jésus lui-même a dit aux apôtres après que Thomas eut exigé pour croire, de mettre les mains dans ses plaies et dans son côté : « Heureux ceux qui CROIENT sans avoir vu ». Il n’a pas dit : « Heureux ceux qui savent parce qu’ils ont vu ». Bref, je me répète : l’existence de Dieu nous est connue par Jésus et cela demeure une question de foi, raisonnable quant à moi, à cause du témoignage des apôtres et de ceux et celles qui les ont suivis depuis. C’est mon cas.

Cela dit, « si Dieu existe et qu’il est infiniment bon, pourquoi laisse-t-il des innocents périr de façon aussi absurde » [qu`à Mégantic ou ailleurs ?]. La réponse est toute simple : Dieu n’intervient pas dans l’histoire. Ce n’est pas son truc. C’est notre truc, à nous les hommes (et  à la nature). On m’objectera : « Oui, mais le pape attend un miracle, avant de canoniser quelqu’un »! Je réponds : « Hélas ». S’en remettre aux miracles lorsqu’on ne peut expliquer un phénomène, c’est trop facile. Il y a un nombre très grand de guérisons que la médecine ne peut expliquer, mais on ne prétend pas qu’il s’agit de miracles. Cela dit, je suis certain qu’un jour on canonisera des saints, tout simplement parce qu’on aura constaté sérieusement qu’ils ont été exceptionnellement bons. Cela dit, le goût du merveilleux est une donnée anthropologique vieille comme le monde et il ne disparaîtra jamais malgré l’esprit scientifique de notre temps. Mais ce goût a déjà été pas mal plus prononcé dans l’histoire de l’Église et des religions en général. On a fait du progrès! N’empêche, on marche  encore très nombreux vers St-Jaques de Compostelle, et il n’y a pas que des croyants parmi eux.

J’ai dit que Dieu n’intervient pas dans l’histoire. Je me reprends. Mais avec une réponse de chrétien! Dieu agit par son Esprit qui, précisément, nous inspire (c’est la racine) à faire le bien, surtout quand il s’agit de pardonner les offenses, de donner à ceux qui n’ont rien et de combattre l’injustice.