LAÏCITÉ : LA CAQ TIENT UNE POSITION DÉFENDABLE

La position que la Coalition avenir Québec  a dévoilé hier sur une éventuelle charte de la laïcité est raisonnable. En effet, elle s’appuie sur un principe clair et poursuit un objectif légitime : les personnes qui au nom ou par mandat de l’État exercent une position d’autorité sur les citoyens doivent incarner la neutralité de l’État. François Legault expliquait :

« En raison des pouvoirs et responsabilités importants conférés à ces personnes, il est nécessaire d’assurer la perception et la réalité de la neutralité et de la crédibilité de ces fonctions auprès de la population. Pour nous, le métier d’enseignant ou de directeur au primaire et au secondaire répond aussi à ce critère ».

Au « Pas de midi sans info », l’animateur lui a objecté : « Oui, mais les députés exercent aussi une fonction d’autorité ». Legault a répondu en substance : ils représentent d’abord leurs citoyens et sont élus tel qu’ils sont, avec ou non leurs convictions religieuses.

Il aurait pu donner une meilleure réponse. Les députés – et il faudrait aussi parler des conseillers municipaux, des commissaires d’écoles – n’exercent pas d’autorité directe sur les citoyens. Ils l’exercent par l’intermédiaire de la loi. Au surplus, ils agissent collégialement et non individuellement.

La position de la CAQ s’appuie manifestement sur les recommandations sages du rapport Bouchard-Taylor. Elle va plus loin en incluant les enseignants et directeurs d’établissements. Cela se défend. Néanmoins, la question de savoir si les enseignants sont les mandataires de l’État est controversée.  D’aucuns prétendent qu’ils agissent plutôt au nom des parents qui sont les premiers responsables de leurs enfants. Ils siègent d’ailleurs pour cette raison  au sein des conseils d’établissements. Il y a donc place ici à débat.

Pour autant, la proposition de la CAQ, si elle politiquement plus acceptable que celle du PQ – on verra  comment  le gouvernement l’accueillera –, ne sera pas à l’abri des contestations au plan juridique même si, au premier abord, elle « se justifie dans le cadre d’une société libre et démocratique » (cf. la Charte canadienne des droits et libertés) . On sait déjà que la cour d’appel d’Ontario a jugé constitutionnel le port du turban au sein des corps policiers. Néanmoins, le risque au plan politique du recours aux clauses dérogatoires pour assurer la solidité juridique des mesures envisagées demeure, mais il sera plus certainement acceptable pour la majorité.

En effet, le sondage que publiait hier le Journral de Montréal montre que les Québécois, en majorité, appuient l’idée d’une Charte des valeurs québécoises et  même l’ensemble des interdictions que propose le PQ.

Hélas, c’est en général pour de mauvaises raisons : pour les uns, majoritaires sans doute, cette charte vise à renforcer l’identité nationale, instrumentalisant ce faisant la laïcité de l’État. De sérieux indices mènent à  cette conclusion :

  • Au sein du PQ, les ministres Drainville et Lisée ont joué explicitement cette carte et Mme Marois en fin de semaine dernière est allée dans le même sens.
  • Le sondage du Journal de Montréal révèle que seulement 25 % des anglophones et 33 % des allophones appuient l’idée d’une charte des valeurs québécoises. C’est très révélateur.
  • Le PQ comme la CAQ (et même les libéraux) n’ont pas le courage politique de proposer de déplacer le crucifix hors de l’enceinte de l’Assemblée nationale. En effet, le sondage d’hier confirme ce que l’on savait déjà : la majorité des Québécois (55%) sont d’accord pour qu’il reste là où il est. On invoque bien sûr le patrimoine historique du Québec catholique. On a eu beau expliquer que ce crucifix est là depuis que Duplessis l’y a placé au tournant des années 40, rien n’y fait. Cette histoire de patrimoine est une pirouette idéologique utile.

Chez les laïcistes, moins nombreux, mais combatifs, voire acerbes, une charte de la laïcité c’est une manière de combattre toutes les religions considérées comme la « gangrène de l’humanité »! On peut lire cela sur le site de l’Association humaniste du Québec. Et nombre de commentaires lus dans les blogues et les sites des journaux vont dans le même sens. La liberté de religion, oui, pourvu qu’elle reste cachée dans sa maison.

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4 réflexions au sujet de « LAÏCITÉ : LA CAQ TIENT UNE POSITION DÉFENDABLE »

  1. Luc Papineau

    Suivant cette logique, tout éducateur de l’école devrait être visé par cette Charte. Très clairement, un surveillant est une figure d’autorité. Mais que fait-on des autres membres du personnel à qui on demande d’appliquer le code de vie d’une école, par exemple?

    Par ailleurs, quant au PQ, suivant sa logique, ne devrait-il pas aussi envisager la fin des subvention aux écoles ayant des visées religieuses dans leur projet éducatif?

    Pour ce qui est du crucifix de l’Assemblée nationale, quand on connait la petite histoire, son retrait devrait être le premier élément visé par cette loi.

  2. proulxj Auteur de l’article

    Votre remarque est pertinente. Mais la question de fond est plutôt de savoir s’il faut ou non inclure l’école dans la liste des institutions visées par une éventuelle charte de la laïcité? Qu’en penser?

  3. michelepoupore

    Le voile et les signes sont une chose, mais que faire des membres de l’Opus Dei, de la Dianétique, des Anthroposophes, des Témoins de Jehovah et même des personnes formées chez les Jésuistes ou dans les écoles calvinistes, presbytériennes ou anglicanes montréalaises? Toutes ces personnes, selon leur degré de croyances, même sans porter de signes, pourraient potentiellement influencer les élèves.

    En Alberta, les enseignants et enseignantes désirant enseigner dans les écoles catholiques doivent avoir une lettre de leur dioscèse confirmant leur catholicité. En s’inspirant de l’Alberta, je pense que pour être juste, qu’il faudrait plutôt exiger de tout le personnel enseignant, la signature d’ un serment qui confirmerait leur acceptation des valeurs québécoises, si on arrive à les identifier.

  4. Alexis Gagne

    Forcer les gens à cacher leur religion est en faire une honte. Si un élève demande à un enseignant sa religion, devrait-on interdire à l’enseignant de répondre honnêtement? Clairement, les enseignants ne devraient pas avoir le droit de tenter de convertir les élèves, mais ils (et tout autre employé de l’état), ne devraient pas avoir à cacher qui il est.

    Sinon, on est aussi bien, comme le suggère Michele, d’assermenter nos enseignants pour s’assurer qu’ils ont les bonnes valeurs, ce qui, à mon avis, est une idée odieuse dans une société libérale. L’idée est même contradictoire, car cette assermentation viole à coût sur au moins une des valeurs québécoises qui devrait être incluse dans le texte du serment.

    Honnêtement, je trouve l’idée même d’adopter une charte des valeurs québécoises contradictoire à certaines des valeurs que j’aimerais dire être québécoises. À moins qu’on se garde à des grandes généralités, comme l’égalité des sexes, des orientations sexuelles, des ethnicités, mais ces grandes généralités sont déjà protégés par les lois et font partie de la charte des droits et des libertés.

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