CERTAINS PARENTS D’ÉLÈVES ONT MAUVAISE RÉPUTATION. POURQUOI?

L’hebdo régional montérégien La Seigneurie publiait cette semaine un reportage intitulé : « Des enseignants abandonnés par les parents ». Le journal a donné la parole à un enseignant du primaire. Il se désole que des parents n’appuient pas les enseignants dans leurs efforts pour instruire et éduquer leurs enfants. Ils arrivent même qu’ils contestent les décisions pédagogiques ou disciplinaires des enseignants.

Le témoignage de ce professeur, bien que certainement fondé à bien des égards, laisse toutefois une impression négative de la relation parents-enseignant. « Il estime, rapporte par exemple la journaliste,  que les enseignants n’ont plus le respect dont ils ont déjà joui. ‘Autrefois, quand un enseignant téléphonait à la maison, c’est l’enfant qui se faisait chicaner. Là, si on appelle, c’est le professeur qui se fait chicaner’, illustre M. Couture».

Comme chacun sait , « dans le temps où il y avait seulement six clubs  », c’était beaucoup mieux!

Cette remarque m’a rappelé une anecdote. En troisième année – c’était en 1953 – j’avais un compagnon de classe plutôt malcommode. L’enseignante, Mlle Côté, devait souvent le chicaner. Un jour après la classe, la mère de mon compagnon est entrée en trombe et, furibonde, a engueulé de belle façon notre enseignante.

Nul doute, on compte certainement aujourd’hui davantage de parents comme cette mère de jadis.  Que s’est-il donc passé depuis pour des enseignants se plaignent du comportement de bien des parents? Deux ou trois choses, il me semble.

D’abord, les parents sont en général plus instruits aujourd’hui qu’hier et plusieurs le sont autant parfois plus que les enseignants. L’ascendance sociale que pouvaient avoir ces derniers avant la Révolution tranquille est chose du passé.

Ensuite, les parents vivent aujourd’hui dans une société où la concurrence est la règle. Pour pour beaucoup, elle s’applique aussi à  l’école. Cette donnée brouille tout, y compris le jugement de certains parents. D’autant qu’ils ne sont pas maîtres des règles du jeu. D’aucuns  ne les acceptent pas ou les acceptent mal s’ils estiment qu’elles défavorisent leur enfant.

Enfin, il existe aussi des enseignantes et des enseignants qui méritent les reproches que certains parents leur font, sinon les élèves eux-mêmes. Chacun en a fait l’expérience dans sa jeunesse ou comme parents. J’ai en mémoire cet enseignant d’histoire qui pendant ma quatrième secondaire n’a rien trouvé de mieux que de lire le manuel pendant toute l’année. J’ai connu aussi une enseignante de mon fils qui ne souriait jamais et était agressive. Mon fils  en a fait des cauchemars. J’ai même lu il y  a plusieurs années un jugement de la Cour supérieure relatif à un enseignant qui, selon les parents, pétait les plombs chaque fois qu’il découvrait des fautes de français dans les copies de ses élèves. Il a dû s’électrocuter souvent!

Il s’agit heureusement de cas d’espèce. En effet, car, année après année, le baromètre des professions révèle que  85% de la population font confiance aux enseignants. Ils viennent, dans l’estime de la population, tout de suite après les professionnels de la santé. C’est une donnée que je me fais fort de rappeler aussi souvent que nécessaire. Par comparaison, les  journalistes occupent le 47e rang sur 66 et 45% seulement leur font confiance !

Néanmons, 15% de la population qui ne fait pas confiance aux enseignants. C’est trop! C’est dire que sur une classe du primaire comptant 26 élèves, quatre enfants ont des parents qui, peut-être, ont un rapport difficile avec l’enseignant. Ce serait 5 au secondaire. C’est suffisant pour créer l’impression partagée sans doute par bien des enseignants  et que rapportait le journal La Seigneurie. 

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2 réflexions au sujet de « CERTAINS PARENTS D’ÉLÈVES ONT MAUVAISE RÉPUTATION. POURQUOI? »

  1. Luc Papineau

    Monsieur Proulx,

    Je suis plus instruit que mes parents. Est-ce que cela me permet de vouloir régiementer le travail de mon dentiste, de mon mécanicien et j’en passe? Par contre, en enseignement, les parents qui se transforment en gérants d’estrade sont nombreux.

    Et puis, il y a ces parents qui ont élevé des enfants-rois… Ils ne semblent pas réaliser les contraintes qu’engendre le fonctionnement d’une classe avec 28-30 élèves différents…

  2. Gilles Roy

    Me rappelle qu’une des principales intentions des États généraux de la décennie précédente consistait à dépasser le cercle d’attribution des blâmes et à se centrer sur la réussite de l’élève. On avait alors convenu que les élèves et que les parents, de plus en plus scolarisés et conscients, allaient embarquer dans le train, et cesser d’accuser les enseignants de tous les maux. On doutait cependant que les enseignants allaient tendre à faire de même, pris qu’ils allaient être dans la difficile gestion de leurs différents problèmes cognitifs et professionnels. J’erre peut-être (je lis peut-être trop les commentateurs des pages du Devoir), mais il me semble qu’on ne s’était guère trompé, des enseignants (pas tous, évidemment) nous refaisant jusqu’à plus soif le psycho-drame du «c’était mieux avant» ou encore du «on sait bien, les parents (les enfants)». Détestable certes (comme si de franches améliorations n’étaient pas à noter), mais bon, puisque que cela s’observe également dans des terres autres que la nôtre…

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