Archives mensuelles : mars 2014

LE DÉLITEMENT DU CATHOLICISME QUÉBÉCOIS

L’émission Second Regard diffusait hier dimanche un reportage sur la foi et l’incroyance des Québécois auquel j’ai participé. On a bien voulu me faire parvenir le rapport du sondage CROP qui est à la source  de ce reportage. J’en ai rendu compte dans Le Devoir de ce lundi matin sous le titre « Le délitement du catholicisme québécois ».

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QUÉBEC SOLIDAIRE ET L’ÉDUCATION : GÉNÉREUX ET DÉROUTANT

Comme les autres partis, Québec solidaire a placé la lutte au décrochage en tête de ses priorités d’action. Avec raison du reste. C’est le problème le plus épineux de notre système éducatif et depuis longtemps. Heureusement, l’opinion publique en est de plus en plus consciente. Les efforts déployés à cet égard par les acteurs scolaires et sociaux en général sont remarquables. On se souviendra certainement des Grandes rencontres sur la persévérance scolaire tenues l’automne dernier à Montréal.

Cela dit, QS proposait la semaine dernière un moyen étonnant pour lutter contre le décrochage : on créerait « 15 000 nouveaux postes d’enseignants et d’enseignantes à temps plein à l’école publique d’ici 2020 et de 1 000 professionnels-les pour les appuyer ». Cette proposition sort d’un chapeau! D’abord,  le lien entre la proposition et le décrochage n’est pas du tout évident. On conçoit certes  que certains services professionnels peuvent aider des élèves dans leur cheminement. Mais pourquoi davantage de professeurs?    La proposition est-elle liée à la croissance démographique de la population scolaire? Veut-on plutôt réduire le ratio professeur-élève ?  QS, comme les autres partis, se lance dans les promesses séduisantes sans nous dire davantage et surtout en ne précisant pas sur quelle analyse de la situation elles reposent.

Cette lutte au décrochage coûterait 500 millions sur 5$, mais sans dire comment et où on les trouvera. QS se trouve en meilleur terrain quand il rappelle le lien entre la pauvreté et le décrochage. « Les inégalités sociales, économiques et culturelles, déclare-t-il, minent les chances de réussite. Les meilleures ressources dans le réseau scolaire ne pourront jamais compenser pour l’impact de la pauvreté et il faut agir à la source du problème». Il ne dit rien de plus à cet égard, mais sans doute renvoie-t-il ici à d’autres éléments de sa plateforme, en particulier à l’instauration d’un revenu minimum garanti.

Enfin, QS annonce « 15 millions $ par année pour soutenir la lutte à l’intimidation et à l’homophobie à l’école ». Cette lutte est commencée depuis un bon moment : le gouvernement sortant a déjà fait voter une loi importante à ce sujet. Et les libéraux s’y étaient attaqués avant eux. Et il existe déjà un Plan d’action pour prévenir et traiter la violence.

Ici encore, faute d’analyse, on ne sait pas trop ce que QS entend proposer de nouveau et de mieux.

Pour lire le texte intégral du communiqué de QS, cliquer ici

Par ailleurs, on trouve dans le programme électoral complet de QS toute une série de mesures portant sur l’accessibilité et la gratuité scolaire, la réussite éducative, le soutien à l’école publique, la mission des cégeps et des universités et la qualité de la formation à l’université.

Parmi les propositions les plus novatrices et exclusives à QS, on peut lire celles-ci :

QS « transférera au réseau public, d’ici 2020, les subventions données aux écoles privées et permettra à ces écoles de s’intégrer au réseau public avec leur personnel ». Il est le seul à s’attaquer à ce privilège que dénoncent à la fois les commissions scolaires et les syndicats. Mais ici on s’attaque à une tradition centenaire et renouvelée en 1964 quand, dans le préambule du « bill 60 », on a affirmé, à la demande expresse de l’épiscopat, le droit des personnes et des groupes à créer des écoles privées et « les exigences du bien commun étant sauves, de bénéficier des moyens administratifs et financiers nécessaires à la poursuite de leurs fins ». Il vaudrait mieux démocratiser l’école privée en cessant d’en limiter l’accès à ceux et celles dont la réussite est déjà acquise.

QS promet aussi la gratuité à tous les niveaux : Il « éliminera tous les frais facturés pour la fréquentation d’une école publique, d’un collège ou d’une université en vue d’atteindre la pleine gratuité en 5 ans ». En cela, il est cohérent avec la Protocole international sur les droits politiques et économique. Les États qui l’ont signé, dont le Québec, se sont engagés à viser la gratuité de l’éducation à tous les ordres d’enseignement. Le gel des droits de scolarité ne viole ces engagements, puisque c’est l’équivalent du statu quo. QS va plus loin.

De plus, QS « encouragera les projets pédagogiques élaborés démocratiquement par les communautés et ouverts à tous les élèves ». L’important dans cette promesse est sa conclusion : son ouverture à tous les élèves. En effet, trop de projets particuliers sont réservés aux plus forts si bien que l’école publique se retrouve à écrémer les élèves à l’instar de bien des écoles privées. S’il est vrai que les talents sont divers et différents, l’école a pour mission de traiter chacun en pleine égalité et à donner, surtout aux plus faibles, les moyens de la réussite.

Ce qui, malgré ses limites, rend le programme de QS en éducation sympathique est qu’il s’inscrit à  l’intérieur d’une finalité générale que martèle ce parti : celle de créer une société juste.

Pour le reste, je renvoie les lecteurs au texte intégral de la plateforme. Cliquer ici

PLQ ET ÉDUCATION : TOUT ET N’IMPORTE QUOI

Le programme électoral du Parti libéral du Québec en matière d’éducation tient en cinq points :

  1. Recentrer la mission du MELS sur les objectifs pédagogiques et l’évaluation de la qualité des programmes et en conséquence abolir les directions régionales du MELS
  2. Accorder plus d’autonomie aux écoles pour réaliser les objectifs des programmes éducatifs
  3. Combattre le décrochage
  4. Faire un milieu sain à l’école, stimulant et enrichissant
  5. Renforcer l’apprentissage des langues

Sur les moyens pour mettre en œuvre ces cinq éléments, le programme est parfois disert, parfois généreux. Examinons le tout de plus près.

1- Vouloir recentrer la mission du MELS sur les objectifs pédagogiques et la qualité de ses programmes, c’est bien. Cela dit, on ne peut faire fi de ses autres fonctions incontournables : pilotage du système, détermination des politiques générales en éducation, détermination des règles de financement, du transport scolaire, des normes relatives aux autorisations d’enseigner, etc. Le programme du PLQ sombre ici dans le simplisme alors que l’administration du système éducatif est une affaire complexe.

Dire que les directions régionales n’auront plus à « chapeauter » et à accompagner les commissions scolaires, c’est mêler deux choses. D’abord les directions régionales, pas plus que le ministre, n’exercent d’autorité directe sur les commissions scolaires. Ces dernières appliquent la loi et les règlements qui les régissent. C’est bien différent. En revanche, les DR accompagnent effectivement les commissions scolaires dans la mise en œuvre des politiques et réglementations gouvernementales et ministérielles. À l’origine, on a jugé utile et fonctionnelle cette déconcentration des pouvoirs centraux. Il se peut que ce ne soit plus le cas. Il faudra en faire la démonstration avant de tout rapatrier à Québec. Val d’Or et Gaspé, c’est très loin de la capitale.

2- Le PLQ veut accorder plus d’autonomie aux écoles dans le choix des moyens en vue de l’atteinte des objectifs ministériels. Magnifique. Mais rions un peu. C’est en effet un gouvernement libéral qui, sous le ministère de Mme Courchesne, a opéré une centralisation ministérielle jamais observée en matière pédagogique. Dans une classique approche « top down », elle a concocté un splendide spaghetti bureaucratique, d’une part en obligeant les commissions scolaires, par ses fameuses « conventions de partenariat », à se coller aux buts et objectifs décidés par le ministre; d’autre part, elle a contraint les écoles à signer des « contrats de gestion» avec la commission scolaire de manière à se modeler à leur tour aux  conventions de partenariat. Bref, le PLQ devra démêler ce spaghetti avant de parler d’autonomie des écoles. Pour l’heure, il n’est pas crédible.

3- Le PLQ veut accentuer, par de nouveaux investissements, la lutte au décrochage . C’est effectivement un enjeu majeur de l’école secondaire que, du reste, tant le PLQ et la CAQ ont inscrit dans leur programme.

4- On veut encore faire de l’école « un milieu attrayant, sain, stimulant et enrichissant » et l’on propose à cet égard toute une série de moyens intéressants certes, mais qui relèvent de la compétence première des écoles. Et voilà que le PLQ se contredit, lui qui veut donner plus d’autonomie aux écoles et recentrer la mission du MELS sur les objectifs pédagogiques et la qualité des programmes!

5- Enfin, le PLQ veut « renforcer l’apprentissage des langues ». Ici il est sur le bon terrain puisqu’il appartient au MELS de proposer au gouvernement les éléments du régime pédagogique. Il entend « réaffirmer la mise en œuvre du programme d’anglais intensif en 6e année » rendu optionnel par le gouvernement sortant. Il veut aussi « offrir des séjours d’immersion en anglais ou en français », sans doute dans les écoles françaises et anglaises. Il entend ainsi répondre à une demande sociale du milieu francophone. Mais est-ce pertinent et souhaitable ? Hier dans Le Devoir, Charles Castonguay remettait vigoureusement en cause ce projet. Pour le reste, le PPQ promet le statu quo.

Ce qui frappe à la lecture des programmes des partis, c’est leur superficialité. Je me souviens de l’époque Ryan. À l’élection de 1985, il avait remis à la presse, un document substantiel qui proposait d’abord une analyse sérieuse des situations à réformer avant de promettre la mise en place des moyens. Ce temps-là est révolu. On bâtit maintenant un programme sur les humeurs de l’opinion.

Pour accéder au texte même du programme libéral, cliquer ici

RÉACTION À LABEAUME ET CODERRE : LA FCSQ S’EST TIRÉE DANS LE PIED

Les maires Coderre et Labeaume ont créé une surprise en déclarant mercredi que Montréal et Québec devraient s’occuper d’éducation, en particulier en matière de décrochage et de gestion des immeubles.

On peut lire dans leur document de réflexion : « Un débat existe sur le rôle des commissions scolaires, que certains voudraient voir éliminées. […] La toile de fond de ce débat est l’échec de la démocratie scolaire, qui fait que les dirigeants de la plupart des commissions scolaires ont une légitimité fragile. Assez pour croire que les élus municipaux, qui incarnent la seule démocratie locale fonctionnelle, pourraient prendre le relais. »

L’attaque était frontale et a fait mal.  La Fédération des commissions scolaires (FCSQ) a exprimé son vif étonnement et répliqué vendredi matin par un communiqué protestant de sa compétence en ces matières. Je ne peux que leur donner raison. Labeaume et Coderre sont des prétentieux : les élus municipaux « incarnent la seule démocratie locale ». Entendez-vous cela!

Néanmoins, le communiqué de la FCSQ comporte un paragraphe tout aussi étonnant et malheureux. Protestant de ce que « la démocratie scolaire est bien vivante », la Fédération ajoute : « Il faut cesser de mesurer la vitalité de la démocratie scolaire par le taux de participation aux élections scolaires ».

Je regrette. Dans toute vraie démocratie, quel que soit l’ordre de gouvernement concerné, la participation électorale est un indice universel de la vitalité de cette démocratie. Ce n’est pas le seul, mais il est incontournable.

Comme pour se dédouaner, la FCSQ ajoute « À ce titre d’ailleurs, environ la moitié des maires au Québec sont élus par acclamation, ce qui n’en fait pas des élus moins légitimes ». Cet argument revient comme une ritournelle. Personne n’a jamais contesté la légitimité des élus scolaires et municipaux au plan juridique. C’est la légitimité politique qui est ici en cause.

Depuis plus d’un an, la FCSQ s’est donné un excellent plan d’action en vue des élections scolaires du 2 novembre prochain. Son slogan est « Votez pour l’avenir ». En niant ou en minimisant la portée de la participation électorale, comme elle vient de le faire, elle se contredit et se tire dans le pied. Dommage.

Par ailleurs, la FCSQ est d’avis que la tenue d’élections scolaires et municipales simultanées favoriserait le taux de participation aux deux paliers de gouvernement ». C’est aussi mon avis et depuis longtemps. À cet égard, elle se bute à l’opposition des municipalités. Il serait grand temps que ces deux mondes s’entendent et, à défaut, que le gouvernement du Québec et sa ou son futur ministre de l’Éducation fasse ses devoirs.

Pour lire le reportage du Devoir :  Montréal et Québec visent des pouvoirs en éducation

LA CAQ ET L’ÉDUCATION – UNE SEULE CIBLE : LE DÉCROCHAGE

Autant le PQ, dans sa plateforme sur l’éducation, met l’accent sur les orientations, autant la CAQ s’intéresse avant tout aux moyens.

Pas tout à fait.  M. Legault rappelle la valeur fondamentale qui fonde ses engagements : « l’égalité des chances que procure l’éducation ». Je note la nuance. Il ne parle pas de l’égalité des chances en éducation, mais de celle qui en découle. C’est original comme point de vue, pas nécessairement vrai. Notre système scolaire  génère aussi des inégalités.

La CAQ se préoccupe donc au premier chef du décrochage – comme le PQ. Il propose d’embaucher 500 nouveaux spécialistes – psychologues, orthopédagogues et psycho-éducateurs – pour dépister les  jeunes enfants à risque dans les CPE. Le projet est généreux et pertinente. Une question toutefois se pose : où va-t-on trouver ces spécialistes?  

Au secondaire, il propose « d’améliorer le soutien pédagogique et l’encadrement des jeunes ». Il compte pour cela sur des « tuteurs » pour aider les élèves vulnérables. Songe-t-il ici à spécialiser des enseignants à cette fin?

Enfin, il propose de « déployer » dans les écoles 120 nouveaux orienteurs pour aider les élèves à préparer leur avenir.

La réalisation de ce programme supposera des investissements nouveaux de 40 millions $, les seuls qu’il veut faire. Le reste viendra des économies engendrées par la suppression des commissions scolaires. Mais c’est une autre histoire.

Les cibles que vise la CAQ répondent sans contredit à une problématique majeure : le décrochage. Ajouter du personnel spécialisé, est sans doute pertinent. Mais c’est court. Il se peut aussi que l’organisation scolaire, l’environnement social et économique, l’attrait de la consommation  expliquent une part substantielle du décrochage. Les phénomènes sociaux, tel de décrochage, s’expliquent rarement par une seule cause et il est souvent très difficile d’isoler la principale. 

Au surplus, malgré son importance, le décrochage scolaire n’est pas le seul enjeu au sein de notre système scolaire. Je ne sais si cet engagement  et l’abolition des commissions scolaires – j’y reviendrai – constituent le tout du programme Legault en éducation. On peut espérer mieux et davantage. Attendons voir.

Texte intégral du communiqué de M. Legault

Montréal, 14 mars 2014 – Pour le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, l’égalité des chances que procure l’éducation est un enjeu fondamental et la véritable égalité des chances au Québec doit s’appuyer sur une éducation et un système d’éducation de première qualité.

M. Legault a rappelé que «puisque l’une des meilleures manières de contrer le décrochage réside dans le dépistage des enfants à risque dès 3, 4 ou 5 ans, nous allons déployer dans toutes les écoles primaires pas moins de 500 nouveaux spécialistes – psychologues, orthopédagogues et psycho-éducateurs – qui auront pour tâche d’identifier dans les centres de la petite enfance les enfants présentant des difficultés ».

Au secondaire, fait valoir M. Legault, il est nécessaire d’améliorer le soutien pédagogique et l’encadrement des jeunes. Il est donc souhaitable que les écoles désignent des tuteurs qui interviendront de manière ciblée auprès des élèves vulnérables.

De plus, un gouvernement de la Coalition Avenir Québec déploiera quelques 120 nouveaux conseillers en orientation pour aider les élèves à faire leur choix de carrière et planifier leur avenir. C’est un investissement de 40 millions $ que le chef de la formation politique annonce aujourd’hui pour supporter nos enfants et nos jeunes qui vivent des difficultés, dont 28 millions $ destinés au dépistage précoce et 12 millions $ pour améliorer la persévérance scolaire au secondaire.

«C’est une des rares dépenses que vous allez m’entendre annoncer durant cette campagne, mais l’enjeu est trop important. L’éducation, c’est la réussite, et la réussite, c’est la liberté de choisir, d’aller au bout de ses rêves. Et c’est ce que je souhaite pour tous les jeunes du Québec », de conclure François Legault.

PQ ET ÉDUCATION : TROIS ORIENTATIONS PERTINENTES, MAIS SANS MOYENS CONCRETS

La plateforme électorale du Parti québécois pour l’enseignement primaire et secondaire (voir ci-bas) vise d’abord trois enjeux prioritaires qui touchent autant de problèmes structurels  et lancinants :

  1. la persévérance scolaire et la lutte au décrochage
  2. le soutien aux élèves des milieux défavorisés
  3.  la valorisation de la formation professionnelle

Le premier est à l’ordre du jour depuis au moins 1992. Il est devenu maintenant une préoccupation sociale majeure d’un grand nombre d’organismes de la société civile. Il faut poursuivre sur cet élan.

Le second, qui n’est pas sans lien avec le premier, faisait déjà l’objet des préoccupations de la Commission scolaire de Montréal il y a 46 ans quand elle a lancé en 1968 l’Opération Renouveau. Le MELS s’y est intéressé formellement en 1997 avec Soutenir l’école montréalaise et avec sa politique Agir autrement pour l’ensemble des écoles secondaires en 2000. On emprunte donc le même chemin. Mais on sait qu’à ce jour ces politiques ont eu des effets mineurs tant ce sont les structures sociales et économiques qui expliquent les maux que l’on veut guérir. La persévérance, mais aussi la créativité, s’impose ici.

La valorisation de la formation professionnelle est aussi l’obsession de tous les gouvernements depuis qu’à partir des années 90, les jeunes ont massivement déserté cette formation au profit des adultes. Les enjeux économiques sont ici majeurs.

Bref, il est normal qu’on se préoccupe de ces trois problèmes. Ils n’ont jamais été vraiment

Les deux autres engagements sont plus conjoncturels :

4. renforcer l’enseignement de notre histoire nationale, du primaire à l’université;

5. adopter une politique nationale d’éducation aux adultes et de formation continue, dont l’un des piliers sera l’alphabétisation.

Sur l’enseignement de l’histoire, des travaux sont déjà en cours et avancés. Les décisions sont déjà prises en ce qui concerne le secondaire et le collégial. Pour ce qui est du primaire, le programme actuel fait partie du domaine de « l’univers social ». À ce que je sache, il n’est pas remis en question. On est davantage surpris de lire les intentions nouvelles, mais imprécises, en ce qui concerne l’université. Peut-être les rédacteurs du programme se sont-ils laissés emporter!

On nous annonce par ailleurs une « politique nationale d’éducation des adultes ». On en possède une depuis 2002. Elle a bientôt quinze ans. Peut-être a-t-elle besoin d’une mise à jour. Mais le programme ne nous dit pas en quoi cette politique serait périmée. Attendons voir.

On connaît par ailleurs les engagements du Parti à propos des commissions scolaires. On annonce de nouvelles fusions  en vue d’éventuels gains économiques. Je reviendrai sur ce sujet : les partis, stimulés par la CAQ, semblent tous intéressés par ce thème.

En ce qui concerne l’enseignement supérieur, les propositions du PQ sont générales. Mais les enjeux sous-jacents à chacune d’elles ne sont pas explicités, encore moins les moyens pour y faire face.

On attend surtoute fruit des engagements pris par la suite du sommet notamment la création d’un Conseil national des universités. Le 26 juin dernier, M. Claude Corbo a remis son rapport recommandant, à la suite d’ailleurs du Sommet sur l’enseignement supérieur, la création d’un Conseil national des universités. Bizarrement, le programme du PQ est muet à cet égard.

Que conclure? Le programme du PQ en éducation n’est pas vraiment innovateur. Devrait-il l’être du reste? En gros, on reprend des enjeux qui demeurent fondamentaux pour l’avenir du Québec. Ils sont toujours d’actualité. D’autres enjeux sont laissés en plan : la priorité à l’apprentissage de la lecture au premier cycle du primaire, la professionnalisation de l’enseignement, la démocratie scolaire, le renforcement de l’autonomie des écoles, la démocratisation de l’école privée, l’égalité d’accès aux services éducatifs. Au surplus, les propositions constituent des orientations et non des engagements concrets.

Voici au texte les deux volets du programme électoral du PQ :

ASSURER LA RÉUSSITE ÉDUCATIVE DE NOS ENFANTS

Nous croyons que les élèves les plus vulnérables de notre système d’éducation doivent être au cœur de nos luttes contre le décrochage scolaire. C’est pourquoi le Parti Québécois a instauré, entre autres, la maternelle 4 ans en milieu défavorisé. Par ailleurs, nous investirons dans les écoles afin que nos enfants aient accès à des milieux sains et stimulants. Nous avons aussi annoncé des investissements majeurs afin de construire et de rénover des infrastructures sportives ou récréatives, et ce, partout au Québec.

Nous sommes déterminés à :

  • faire de la persévérance scolaire notre priorité en matière d’éducation, en dotant le Québec de sa première politique nationale de lutte contre le décrochage scolaire. Nous concentrerons les efforts dans les milieux défavorisés, dès le primaire, et porterons une attention particulière aux garçons;
  • valoriser la formation professionnelle et veiller à son accessibilité dans toutes les régions;
  • mettre en valeur la profession enseignante en s’assurant de faire des professeurs des partenaires incontournables de notre système d’éducation;
  • renforcer l’enseignement de notre histoire nationale, du primaire à l’université;
  • adopter une politique nationale d’éducation aux adultes et de formation continue, dont l’un des piliers sera l’alphabétisation.

AMÉLIORER L’ACCESSIBILITÉ À L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR 

L’accessibilité aux études collégiales et universitaires est un enjeu important pour le Parti Québécois. Le Sommet sur l’enseignement supérieur a permis de rétablir le dialogue et de régler la crise sociale créée par le gouvernement libéral. Les décisions prises à ce sommet ont permis d’identifier différentes mesures pour bonifier le régime d’aide financière aux étudiants.

 Nous sommes déterminés à :

  • poursuivre le réinvestissement dans notre système universitaire;
  • accroître l’accessibilité à l’enseignement supérieur, entre autres pour les étudiants ayant un parcours non traditionnel et pour les jeunes vivant dans les régions;
  • réviser les mécanismes de reddition de comptes et de gouvernance des universités;
  • nous assurer de la viabilité des programmes de formation dans les cégeps des régions du Québec;
  • soutenir les projets de télé-enseignement.

POURQUOI ASSOMBRIR ENCORE LA PROFESSION ENSEIGNANTE?

On ne saurait reprocher à une chef syndicale de se préoccuper des conditions de travail de ses collègues. C’est son devoir premier. Mais il y a la manière. Le reportage paru dans Le Devoir, dans le cadre de la Journée de la femme, du samedi s’intitule : « C’est sept jours sur sept, être enseignante ». Il  fournit un bel exemple d’un récit qui contribue à assombrir encore plus l’image de la profession enseignante.

D’entrée de jeu, le ton est donné : « Notre situation est de pire en pire », affirme Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement » (FSE-CSQ). Pour les femmes qui comptent  pour 70% de la profession, la « charge de travail s’alourdit », les attentes de la société grandissent et on compte « de plus en plus d’enseignement en situation précaire », soit 45%. Les conséquences fâcheuses de cet état de fait avéré sont bien décrites.

Elle poursuit: « On ne peut parler de discrimination, sauf que tous les problèmes que vit la profession aujourd’hui touchent forcément particulièrement les femmes et donc leur famille ». Les tâches de mère ou de ménagère s’ajoutent à celles de leur profession »,  D’où le titre de ce reportage.

Mme Scalabrini évoque aussi ces collègues qui paient de leurs poches les collations aux enfants moins nantis, sinon une partie du matériel scolaire qu’on retrouve dans les placards de leur classe.

« L’éducation, dit-elle encore, n’est pas une priorité aujourd’hui. Que ce véritable milieu de vie n’a obtenu aucun gain ces dernières années et qu’il a plutôt subi des coupes ». Par conséquent, ce sont majoritairement des femmes qui ont écopé.

Et l’entrevue se termine ainsi : « Oui, ça prend une vocation pour devenir enseignante aujourd’hui. Mais l’enseignement, c’est aussi le gagne-pain de plusieurs milliers de femmes au Québec. Et ça, on a tendance à fermer les yeux, estimant que c’est un plaisir pour elles de travailler avec des enfants ». Cette dernière phrase est particulièrement ambigüe. Puisse la présidente avoir été mal citée ou s’être mal exprimée.

L’image de l’enseignement qui ressort de cette entrevue est manifestement négative. Est-ce le résultat de la « mise en scène » de la journaliste ou plutôt de la vision de la présidente de la FSE? Sans doute un peu des deux.

Pour ma part, je m’en désole. Bien sûr, Mme Scalabrini rappelle que les enseignantes (et j’ose croire aussi les enseignants) « aiment » les enfants et « les voir réussir ». Mais c’est dit presque en passant. J’aurais surtout aimé lire qu’elles aiment leur profession, qu’elles éprouvent du plaisir à pratiquer l’art de la pédagogie (agrémenté d’un peu de science!), de la joie à faire apprendre, à  ouvrir patiemment les esprits et les cœurs au monde multiforme de la culture, à les mener patiemment à une citoyenneté responsable.

Hélas, les enseignantes et les enseignants, c’est connu, ont de leur profession une vision plus négative que celle qu’en a la population en général. Cet article n’en est que le dernier exemple et ne soulèvera pas d’enthousiasme chez  les cégépiennes intéressés à y entrer. Les porte-parole syndicaux, plongés chaque jour dans la résolution des problèmes et des difficultés réelles que vivent leurs membres, finissent par par ne plus parler de  la grandeur de la profession qu’ils exercent.  À l’an prochain, peut-être.