POURQUOI ASSOMBRIR ENCORE LA PROFESSION ENSEIGNANTE?

On ne saurait reprocher à une chef syndicale de se préoccuper des conditions de travail de ses collègues. C’est son devoir premier. Mais il y a la manière. Le reportage paru dans Le Devoir, dans le cadre de la Journée de la femme, du samedi s’intitule : « C’est sept jours sur sept, être enseignante ». Il  fournit un bel exemple d’un récit qui contribue à assombrir encore plus l’image de la profession enseignante.

D’entrée de jeu, le ton est donné : « Notre situation est de pire en pire », affirme Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement » (FSE-CSQ). Pour les femmes qui comptent  pour 70% de la profession, la « charge de travail s’alourdit », les attentes de la société grandissent et on compte « de plus en plus d’enseignement en situation précaire », soit 45%. Les conséquences fâcheuses de cet état de fait avéré sont bien décrites.

Elle poursuit: « On ne peut parler de discrimination, sauf que tous les problèmes que vit la profession aujourd’hui touchent forcément particulièrement les femmes et donc leur famille ». Les tâches de mère ou de ménagère s’ajoutent à celles de leur profession »,  D’où le titre de ce reportage.

Mme Scalabrini évoque aussi ces collègues qui paient de leurs poches les collations aux enfants moins nantis, sinon une partie du matériel scolaire qu’on retrouve dans les placards de leur classe.

« L’éducation, dit-elle encore, n’est pas une priorité aujourd’hui. Que ce véritable milieu de vie n’a obtenu aucun gain ces dernières années et qu’il a plutôt subi des coupes ». Par conséquent, ce sont majoritairement des femmes qui ont écopé.

Et l’entrevue se termine ainsi : « Oui, ça prend une vocation pour devenir enseignante aujourd’hui. Mais l’enseignement, c’est aussi le gagne-pain de plusieurs milliers de femmes au Québec. Et ça, on a tendance à fermer les yeux, estimant que c’est un plaisir pour elles de travailler avec des enfants ». Cette dernière phrase est particulièrement ambigüe. Puisse la présidente avoir été mal citée ou s’être mal exprimée.

L’image de l’enseignement qui ressort de cette entrevue est manifestement négative. Est-ce le résultat de la « mise en scène » de la journaliste ou plutôt de la vision de la présidente de la FSE? Sans doute un peu des deux.

Pour ma part, je m’en désole. Bien sûr, Mme Scalabrini rappelle que les enseignantes (et j’ose croire aussi les enseignants) « aiment » les enfants et « les voir réussir ». Mais c’est dit presque en passant. J’aurais surtout aimé lire qu’elles aiment leur profession, qu’elles éprouvent du plaisir à pratiquer l’art de la pédagogie (agrémenté d’un peu de science!), de la joie à faire apprendre, à  ouvrir patiemment les esprits et les cœurs au monde multiforme de la culture, à les mener patiemment à une citoyenneté responsable.

Hélas, les enseignantes et les enseignants, c’est connu, ont de leur profession une vision plus négative que celle qu’en a la population en général. Cet article n’en est que le dernier exemple et ne soulèvera pas d’enthousiasme chez  les cégépiennes intéressés à y entrer. Les porte-parole syndicaux, plongés chaque jour dans la résolution des problèmes et des difficultés réelles que vivent leurs membres, finissent par par ne plus parler de  la grandeur de la profession qu’ils exercent.  À l’an prochain, peut-être.

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3 réflexions au sujet de « POURQUOI ASSOMBRIR ENCORE LA PROFESSION ENSEIGNANTE? »

  1. Luc Papineau

    M. Proulx,

    Trouvez-vous normal que des enseignants paient pour nourrir leurs élèves ou encore du matériel de classe? Ce genre de situation dure depuis des années et semblent rendues des pratiques normales. Que dirait-on si une infirmière devait apporter des pansements au travail parce qu’il ne manque?

  2. Josée Scalabrini Auteur de l’article

    La présidente de la FSE, Mme Josée Scalabrini, me fait tenir son commentaire à la suite de mon billet en souhaitant le voir reproduit ici. Je l’en remercie. Il me fait plaisir de l’afficher in extenso. JPP

    Monsieur Proulx,

    J’ai été interpellée par votre blogue faisant écho à l’article du quotidien Le Devoir relatant mes propos sur la profession enseignante, qui a été publié le 8 mars à l’occasion de la Journée internationale des femmes. Vous y affirmez que je dresse un portrait sombre de la profession.

    Je le dis et je le répète sur toutes les tribunes, j’aime énormément ma profession. C’est pour cette raison que je m’y investis totalement depuis 25 ans. Depuis plusieurs années, j’ai tellement voulu valoriser cette profession qui m’habite que j’ai travaillé à la conception d’une campagne de valorisation, Prof, ma fierté !, avec l’équipe de la FSE (CSQ).

    Mais pour valoriser ma profession, je ne me permettrai pas de dresser un portrait trop rose ou inexact de l’enseignement, ne serait-ce que par honnêteté pour celles et ceux qui pensent y faire carrière. Je vous assure que le portrait que j’ai fait est une description réaliste et qu’une majorité d’enseignants vous diront s’y reconnaître. Être enseignante, c’est sept jours sur sept, avec ses beaux et moins beaux côtés. C’est tellement vrai que la Cour suprême du Canada a déjà statué en ce sens quand il est question du rôle de l’enseignant comme modèle dans la société. C’est une carrière stimulante qui requiert une grande expertise en pédagogie et beaucoup de compétences, mais qui est combien exigeante vu le peu de moyens qu’on nous accorde.

    Par amour de la profession, je suis de celles qui n’hésitent pas à se battre pour la défendre et qui refusent de nier les problématiques ou de cacher les manques qui viennent empêcher l’enseignante ou l’enseignant de pouvoir s’y épanouir pleinement. Le faire serait abandonner ces gens que j’aime et qui travaillent au quotidien avec passion pour la réussite de l’ensemble des élèves, contre un système qui se construit en imposant des seuils de rendement sur la base de statistiques qui ne tiennent compte en rien des réalités humaines des différents milieux.

    Il y a des temps pour célébrer la profession et nous le faisons à toutes les occasions. Il y a aussi des temps pour dénoncer les injustices et les faiblesses d’un système qui ne tient pas compte globalement des besoins des gens que nous représentons et qui sont majoritairement des femmes. Comme enseignante et syndicaliste, je vais continuer à faire les deux, et c’est là la plus belle preuve que je veux redonner à cette profession toute la place qui lui revient pour ce rôle si important dans notre société. Nous le disons à toutes les occasions, enseigner, c’est préparer l’avenir et c’est le plus beau défi qui soit.

    Josée Scalabrini, présidente de la FSE

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