Archives mensuelles : avril 2014

2- L’AVENIR DU PQ : ENTRE IDÉALISME ET RÉALISME

Note: Nous avons présenté hier la perspective idéaliste sur l’avenir du PQ. Voici le second volet de mon analyse.

Les réalistes

Plusieurs péquistes sans que l’on puisse les dénombrer, ont maintenant acquis la conviction que la souveraineté est un objectif dorénavant inatteignable. Elle repose sur certains constats:

1- Après cinquante ans d’efforts, l’option souverainiste n’a pas progressé. Elle a même régressé.

2- La structure démo-linguistique du Québec constitue un handicap important : 20% de sa population, en l’occurrence les anglophones et les allophones, ont choisi son camp : le Canada. Au surplus, la Charte des valeurs a probablement repoussé pour longtemps la plus grande part des immigrants maghrébins chez les libéraux.

3- Les Québécois d’origine canadienne-française qui sont les porteurs historiques de la conscience nationale sont eux-mêmes fortement divisés.

Le premier défi de ces souverainistes « démissionnaires » est, tout en « s’accommodant » dorénavant du cadre fédéral, de se trouver une niche politique qui va promouvoir le développement optimal de la nation québécoise.

Toutefois, le terrain fédéraliste est déjà occupé par le PLQ et la CAQ, encore que ce dernier loge dans un no man’s land politique. D’après sa constitution, il se dit « par-delà les divisions entre souverainistes et fédéralistes » ! Bref, il n’est ni d’un bord ni de l’autre, bien au contraire!

Pendant la campagne, François Legault a cependant déclaré vouloir « fédérer les nationalistes ». On le comprend : l’enjeu est la prise du pouvoir aux prochaines élections. Pour y arriver, son premier défi est de récupérer les votes des démissionnaires du PQ et des transfuges passés au PLQ.

La CAQ passe pour un parti nationaliste mou. Son défi sera de recadrer celui-ci, sans doute en lui redonnant plus de vigueur pour attirer les ex-souverainistes sans effaroucher les nationalistes libéraux.

Au total, les idéalistes comme les réalistes font un pari incertain sur l’avenir. Il s’agit de savoir lequel des deux est le plus raisonnable.

1- L’AVENIR DU PQ: ENTRE IDÉALISME ET RÉALISME

Les analyses produites depuis la défaite du Parti québécois révèlent nettement deux tendances opposées quant à l’avenir de ce parti et de son projet essentiel, la souveraineté du Québec :

  •  l’idéalisme qui invite à poursuivre vigoureusement la marche vers ce but ultime;
  • le réalisme qui propose de renoncer à cet idéal pour s’en tenir à la promotion vigoureuse du Québec et la défense de ses intérêts vitaux dans le cadre fédéral.

Chacune de ces options comporte des défis qui sont porteurs d’enjeux majeurs. Savoir discerner clairement les uns et les autres est essentiel.

Les idéalistes

Ces vingt dernières années, le PQ a concentré ses efforts sur la prise du pouvoir. Dorénavant, son premier défi consistera à s’assumer en faisant clairement du projet d’indépendance l’objet premier de son action.

Des Québécois préfèrent appartenir au Canada parce ce pays leur convient. D’autres s’interrogent légitimement sur les conséquences concrètes d’une éventuelle séparation. Les péquistes devront donc œuvrer d’abord à convaincre leurs concitoyens fédéralistes que le meilleur avenir pour eux et leurs descendants passe par l’indépendance du Québec.

Le PQ n’est pas dépourvu à cet égard. Ce parti est porteur d’un idéal universel et puissant : la pleine liberté pour les nations déjà dotées d’un territoire, d’une histoire commune et d’un vouloir-vivre collectif. Il peut aussi compter sur un nombre significatif de militants convaincus et qui le resteront malgré leur récente défaite.

Ce travail de conviction comporte toutefois un triple défi :

1- Seule une analyse politique relativement complexe permet de montrer que le fédéralisme canadien empêche le Québec de se développer pleinement comme nation. Comme a dit René Lévesque, « le Canada ce n’est pas le goulag ». Au retour du travail, rares sont celles et ceux qui se sentent opprimés du fait de vivre au Canada.

2- Le colonialisme culturel et économique qu’ont connue les plus âgés et qu’ils ont transmis à leurs baby-boomers s’est muté chez la majorité, et en particulier chez les jeunes, en un sentiment plus généralisé de sécurité. C’est là l’effet de la Révolution tranquille et de la Loi 101. Certes, la Constitution de 1982, la mondialisation du commerce et la minorisation des francophones sur l’île de Montréal ont ravivé les inquiétudes. Mais, au total, la situation d’aujourd’hui est significativement meilleure que celle qui a poussé les générations plus âgées à placer leur espoir dans la souveraineté.

3- La possibilité pour la nation québécoise de « lever tous ses impôts, d’adopter toutes ses lois et de signer tous ses traités », selon la formule consacrée, est un noble idéal. Mais son pouvoir mobilisateur est insuffisant parce qu’abstrait. Les Québécois sont infiniment plus sensibles aux arguments économiques tels les avantages que le Québec tire de la péréquation, à l’avenir de leurs fonds de retraite, à la stabilité de leur monnaie, etc.

Le PQ devra donc concentrer ses efforts à développer une stratégie et une pédagogie politique qui tiendra compte de ces constats. Il devra surtout se donner, pour ce faire, un chef éminemment clairvoyant, ce qui constitue toujours son premier défi.

L’enjeu du parti est au minimum d’augmenter significativement ses appuis aux élections de 2018, au mieux de former un gouvernement majoritaire muni cette fois d’un mandat de tenir un référendum. C’est évidemment un enjeu majeur, car si ses appuis devaient stagner, c’est la marginalité qui l’attend.

Demain: les réalistes

DEUX NOUVEAUX SAINTS SANS MIRACLE!

La première éducatrice de la Nouvelle-France, Marie Guyard dite de l’Incarnation, et le premier évêque de Québec, François Montmorency de Laval, sont maintenant officiellement reconnus comme saint et saint, autrement dit « canonisés ». Et, nouveauté, on ne leur attribue aucun miracle.

Dans mon enfance on priait déjà pour cette cause. Mais la fondatrice des Ursulines de Québec, une mystique, a parfois raconté ses expériences spirituelles en des termes plutôt… érotiques. Quant au premier évêque de Québec, il s’est hardiment querellé avec le comte de Frontenac pour des questions de préséance et à propos du commerce de l’alcool avec les Amérindiens. Apparemment, les deux nouveaux saints n’avaient pas tout à fait le profil du saint idéal.

Or voilà que le pape François proclame leur sainteté sans qu’on leur ait attribué un miracle, mais sur la seule base de leur vie exemplaire en conformité avec l’idéal évangélique. Cela est la vraie nouvelle et surtout une très bonne nouvelle.

En effet, ce recours au miracle pour attester de la sainteté d’une personne nous vient tout droit du Moyen-âge, c’est-à-dire de l’époque centrée sur le merveilleux. On se hâtait vers les églises ou les abbayes qui possédaient les reliques afin qu’à son tour et par l’intercession du saint titulaire du lieu on soit miraculé. Heureux donc ces lieux qui possédaient les reliques d’un grand saint.

À l’époque moderne, la rationalité scientifique a obligé l’Église à se donner des règles et des procédure strictes avant de conclure qu’une guérison ne s’expliquait pas par des causes naturelles. Dès lors, on pouvait donc raisonnablement conclure à l’intervention divine à travers la médiation du saint ou de la sainte en devenir.

Mais depuis on sait qu’il se produit des tas de guérisons inexpliquées et pour lesquels jamais personne n’a intercédé auprès de Dieu pour qu’elles se produisent.

La course obsessive au miracle serait-elle à la veille de prendre fin? Je le souhaite de tout cœur. Tout cela est parfaitement dépassé et nuit surtout à l’annonce de l’Évangile à laquelle  le pape François convie tous les chrétiens. En effet, il s’agit avant tout et très simplement de reconnaître officiellement la sainteté d’un homme ou d’une femme par la grandeur  de l’amour qu’il ou elle a manifesté à son prochain et à la qualité et l’abondance du service qu’il ou elle lui a rendu. Et cela, cela se constate.

C’est bien ce que proclame l’Évangile :

« Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli; nu, et vous m’avez vêtu; j’ai été malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus à moi. »

Et j’ajouterais: Bienheureux les artisans de paix et de justice.

Si Marie de l’Incarnation et François de Laval ont été canonisés, c’est avant tout parce qu’on a pu observé qu’ils ont pratiqué mieux et plus que tout autre ce message. Ils ne sont sûrement pas les seuls. Mais leur condition de personnage important a permis qu’ils nous en laissent des traces manifestes à travers les témoignages qui nous sont parvenus. Être religieux ou religieuse aide beaucoup à cet égard, comme le montre la sociologie de la sainteté. En effet, on compte bien peu de laïcs dans le panthéon de l’Église!

En attendant, les intéressés pourront lire la biographie de Mgr de Laval, ici et celle de Marie de l’Incarnation, .

QUÉBEC DOIT TESTER LUI-MÊME LA VALIDITÉ DE LA CHARTE

Des citoyens estiment que l’interdiction de porter des signes religieux ostensibles au sein des organismes publics constitue une violation de leur liberté fondamentale de religion garantie par les chartes québécoise et canadienne des droits et libertés. Les empêcher, par une clause dérogatoire, de faire valoir leur droit devant les tribunaux, comme entend maintenant le faire un éventuel gouvernement péquiste, n’est certainement pas, au plan éthique, social et politique, la meilleure voie à emprunter.

D’abord, un tel empêchement heurte profondément les valeurs démocratiques qui fondent la société québécoise, surtout en l’absence de preuve de la nécessité de cette interdiction.

Ensuite, l’adoption d’une clause dérogatoire va exacerber la triple fracture sociale qu’a créée cette interdiction entre les francophones, les allophones et les anglophones, entre les jeunes et les plus âgés, enfin entre  les Montréalais et les habitants des régions.

Au surplus, le Parti québécois fait le pari que la mise en œuvre du controversé article  va, à terme, favoriser la paix sociale. C’est une profonde illusion. Le jour où une femme perdra son emploi pour avoir refusé d’enlever son voile, la presse du pays tout entier sera là pour dénoncer ce gouvernement et les Québécois qui l’ont appuyé. Et ce scénario malheureux va se répéter à chaque nouvelle mise à pied.

Enfin, en vertu de la Loi constitutionnelle de 1982, une clause dérogatoire à la Charte canadienne des droits et libertés n’a d’effet que pendant cinq ans. Le gouvernement qui sera au pouvoir à l’échéance de la clause – et l’on ignore qui il sera – devra, soit la renouveler en relançant le même pénible débat, soit  renoncer à la clause controversée auquel cas, nous nous serons collectivement blessés inutilement.

Il existe pourtant un autre scénario plus intelligent. Le gouvernement du Québec a en effet le pouvoir de présenter directement un « renvoi » à la Cour d’appel afin de tester la constitutionnalité de sa loi. À ce jour, il a soutenu avoir de bonnes raisons de penser qu’elle passera le test avec succès. Des juristes réputés, Henri Brun, Daniel Turp, une ancienne juge de la Cour suprême soutiennent cette position. À eux d’éclairer les tribunaux et de les convaincre.

En prenant lui-même les devants, plutôt que d’être à coup sûr poursuivi, Québec demeurera maître du jeu. Au surplus, si une majorité de Québécois est favorable à la charte, trois sur cinq souhaitent aussi que le gouvernement en teste la validité devant les tribunaux. Deux sondages l’ont déjà montré. Nul ne pourra reprocher au gouvernement de se montrer responsable, même si la frange plus radicale de l’opinion devra exercer sa patience. Cela fait aussi partie des vertus civiques.

À l’issue de la décision finale des tribunaux, le gouvernement, quel qu’il soit, sera ultimement en mesure de prendre position. Il connaîtra les arguments justifiant la décision de la Cour suprême. Il pourra, le cas échéant, faire adopter une clause dérogatoire si les intérêts supérieurs du Québec justifient ce geste. Un tel scénario s’est déjà produit à propos de la langue d’affichage. La solution proposée par la Cour suprême après avoir admis le bien-fondé de la prépondérance du français, a permis de mettre fin à la controverse et de retrouver la paix sociale.

D’ici là, tout le monde respirera mieux.