M. BOLDUC VEUT POUVOIR METTRE EN TUTELLE LES ÉCOLES « OÙ C’EST TOUT CROCHE »

Nouvelle étonnante en manchette du Devoir, samedi :

« Dans le projet de loi qu’il présentera cet automne, le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Yves Bolduc, accordera plus d’autonomie aux écoles, mais se donnera le pouvoir de mettre sous tutelle les écoles déficientes », écrit Robert Dutrisac.

«  Si tu arrives dans une école où c’est tout croche [il faut] que le ministre soit capable de dire : c’est fini, on reprend le contrôle le temps de replacer ça et après ça, on vous redonnera le pouvoir », a expliqué Yves Bolduc dans une entrevue accordée au Devoir.

Voilà un sérieux croc-en-jambe aux commissions scolaires. Pour l’heure, c’est la commission scolaire qui a pour fonction de « veiller à la qualité des services éducatifs » dispensés sur son territoire, après, bien sûr, la direction de chaque école  qui, elle,  «  s’assure de la qualité des services éducatifs dispensés à l’école » . Après, dit encore la loi, « le ministre veille à la qualité des services éducatifs dispensés par les commissions scolaires. »

Mais il y a bien plus.

La direction d’une école, comme représentant de l’employeur, peut sanctionner un membre de son personnel pour un manquement à son devoir; la commission scolaire peut faire de même avec un directeur, y compris le remplacer.

Un directeur peut suspendre un élève pour inconduite. La commission scolaire peut l’ expulser définitivement pour inconduite grave. Il sera dès lors prise en charge par la DJ.

La commission scolaire « s’assure » en outre que toutes ses écoles respectent les diverses dispositions de la loi et des régimes pédagogiques.

Quant au ministre, il peut retirer à un enseignant  l’autorisation d’enseigner pour « faute grave ».

Il dispose aussi du pouvoir de prescrire aux commissions scolaires et, par ricochet aux écoles, des mesures spécifiques si l’une et l’autre n’atteignent pas les « objectifs mesurables » convenus dans les conventions de partenariat (art. 459.4)

Il peut encore retenir pour cause les subventions d’une commission scolaire. Il dispose enfin  de la bombe atomique : la tutelle de la commission scolaire.

Au surplus, il existe maintenant dans chaque commission scolaire un protecteur de l’élève qui reçoit les plaintes des parents et qui formule ensuite à la commission scolaire les recommandations appropriées.

Bref, on ne compte plus les paires de bretelles et les  ceintures pour éviter qu’une école soit « toute croche »!

Que veut de plus le ministre? Qu’entend-il par une école « où c’est tout croche »? son étonnante déclaration soulève un certain nombre de questions.

Comment et selon quels critères le ministre déterminera-t-il que « c’est tout croche » dans une école? L’explication fournie au Devoir ne nous renseigne guère à cet égard : « Tu as deux écoles dans le même quartier à 500 mètres. Tu en as une que ça peut être bon et tu en as une très mauvais [sic]. Ça dépend de la direction, ça dépend des professeurs, ça dépend de la culture », a-t-il dit.

Mettons!

Bolduc annonce du même souffle le dépôt d’une loi après les élections du 2 novembre. Outre les pouvoirs qu’il veut se voir conférer pour séparer l’ivraie du bon grain, il proposera une décentralisation de certains pouvoirs (lesquels?) vers les commissions scolaires, les écoles et les enseignants. Il sollicite même déjà des suggestions à cet égard.

Je m’empresse d’en formuler une : au lieu de lancer des ballons aussi étranges qu’étonnants, Monsieur le Ministre,  publiez plutôt un livre Vert pour y proposer une problématique claire sur  la vision de votre gouvernement et la vôtre sur ce qu’il y a à réformer et pourquoi  réformer. Évoquez quelques pistes d’action pertinentes et soumettez le tout à la délibération publique.

Quand vous aurez constaté un consensus suffisant chez vos concitoyens, proposez-leur une loi intelligente.

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2 réflexions au sujet de « M. BOLDUC VEUT POUVOIR METTRE EN TUTELLE LES ÉCOLES « OÙ C’EST TOUT CROCHE » »

  1. Euphrem Ntakarutimana

    «Une école où c’est tout croche!» Ça ne devrait pas être facile de déterminer les critères selon lesquels une école va être désignée de croche ou pas. Peut-être qu’on va tenir compte de la qualité des bâtiments et des équipements de l’école, du taux de réussite des élèves, du comportement de ceux-ci, peut-être aussi du niveau de formation du personnel et de son dévouement au travail. Mais, supposons qu’on va plus se baser sur la réussite des élèves.

    À la base, toutes les écoles québécoises poursuivent la même mission qui est d’instruire, de socialiser et de qualifier. Cependant, il ne faut pas oublier qu’il faut que plusieurs conditions soient réunies pour atteindre ce triple-objectif. Dores et déjà, nous savons que «le poids de l’origine sociale pèse toujours lourdement sur les possibilités d’apprentissage des élèves» (Jacques Tondreau et Marcel Robert). Ceci veut dire qu’on ne peut pas toujours s’attendre aux mêmes résultats dans toutes les école. Le milieu dans lequel se trouve l’école peut aussi jouer un certain rôle.
    Afin de favoriser la réussite dans toutes les écoles quel que soit le milieu dans lequel elles sont implantées, il faut que les ressources nécessaires soient disponibles. Il faut que toutes les écoles soient traitées équitablement. D’ailleurs, selon Jacques Tondreau et Marcel Robert, «les systèmes d’éducation qui font réussir plus d’élèves sont souvent ceux qui mettent en place des mesures fondées sur l’équité». Donc, je pense que la mise en tutelle des écoles «où tout est croche» ne serait pas la meilleure solution. Souvent, les gestionnaires des écoles et des Commissions scolaires font ce qu’il peuvent selon les moyens disponibles. Il faudrait plutôt prendre le temps de bien comprendre la situation afin de prendre de bonnes décisions.

    La prise des décisions importantes dans le domaine de l’éducation ne doit pas résulter d’une improvisation. Aujourd’hui, la grave erreur qu’on risque de commettre en éducation, c’est de faire des réformes sans études approfondies, des réformes dans le but de faire des économies au lieu de réformer dans le but d’améliorer le système. Si c’est l’idée des économies qui guide les réformes en éducation, on va passer tout droit à côté de la mission première de l’école.
    En 1963, le Commission royale d’enquête sur l’enseignement (la Commission Parent) disait que les sommes considérables nécessaires dans le domaine de l’enseignement ne sont pas à considérer comme une dépense, mais plutôt comme un investissement «car l’enseignement conditionnera la survie et le progrès de chaque pays» (Jaques Tondreau et Marcel Robert). Cette idée est encore valable aujourd’hui. Au lieu de changer le système dans le but de faire des économies monétaires, il faut le changer dans le but de l’améliorer.

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