ÉCOLE JUIVE ILLÉGALE: DES ENTOURLOUPETTES À LA TOLÉRANCE

Ainsi,  le ministère de l’Éducation a conclu une entente avec une communauté juive hassidique à propos de l’éducation de ses enfants. Ils seront scolarisés à la maison par leurs parents. La loi sur l’Instruction publique le permet dans la mesure où cet enseignement « d’après une évaluation faite par la commission scolaire ou à sa demande [est] équivalent à ce qui est dispensé ou vécu à l’école ». Cette évaluation relèvera de la Commission des écoles anglaises de Montréal. Pendant le jour, les enfants continueront de fréquenter leur école religieuse essentiellement consacrée à l’étude de la Torah.

J’ai  déjà traité ailleurs  de ce problème. J’y reviens donc. Ce compromis (fait pour éviter un jugement de cour) peut être analysé d’un triple point de vue : juridique, pédagogique et philosophique.

Pour ce qui est du droit, l’affaire est (apparemment) classée. On a trouvé le passage vers la mer de Chine! On peut évidemment se demander si le gouvernement était sérieux en signant cette entente censée assurer le droit des enfants de cette communauté à une éducation assurant le plein épanouissement de leur personnalité. Mais pour l’heure, le juge a homologué cette entente. Dont acte.

Ce qui  nous renvoie à la question pédagogique. À cet égard, il est moins que certain que cette entente porte les fruits que l’on en espère. Dans le cadre classique de l’enseignement à domicile, les enfants demeurent à la maison le jour en compagnie d’au moins un de leurs parents. Les enfants hassidiques seront, eux, à l’école rabbinique. On imagine bien, à la lumière de l’expérience commune, que les enfants n’auront guère d’attraits à se lancer dans l’étude des matières prescrites au régime pédagogique en soirée, ni même leurs parents. Au surplus, on peut douter des habilités pédagogiques de ces derniers qui ont probablement suivi la même trajectoire scolaire que leurs enfants. Et à ce que l’on sache, cette communauté est essentiellement anglophone. On peut douter de leur capacité à enseigner le français à leurs enfants. Bref, l’arrangement juridique apparaît, sous cet angle, comme étant purement formel.

Nous voilà donc ramené à traiter de ce problème du point de vue de la philosophie sociale en se posant la question toute simple : quelle(s) solution(s) véritable(s) peut-on apporter à cette situation?

Au premier chef, cette communauté hassidique appartient à la branche intégriste du judaïsme (comme il y en a dans la plupart des religions). Cet intégrisme se manifeste généralement par une interprétation littérale des sources de leurs croyances, ici la Thora. Cette interprétation nourrit leur foi et surtout leur pratique. En l’espèce, leurs croyances en font des marginaux sociaux en ce qu’elles contredisent les vérités scientifiques communes.

Aussi, à ceux qui, nombreux, reprochent aux hassidiques de ne pas s’intégrer à la société et à ses institutions, il n’y a qu’une réponse : ils ne pas intégrables parce que leurs croyances profondes les empêchent de s’intégrer!

J’ai déjà proposé ailleurs de poursuivre en justice celles et ceux qui tiennent ces écoles, et non  pas les parents des élèves, encore moins ces derniers, de même que d’apposer les scellés sur les bâtiments que fréquentent les enfants. Au mieux, de telles pressions pourraient entraîner quelques parents à inscrire leurs enfants dans des écoles pleinement respectueuses des lois en éducation. Au pire, d’autres n’hésiteraient pas, au nom de leur foi, à se réfugier dans la clandestinité.

L’autre solution et peut-être même, la seule ultimement possible, pourrait être la tolérance civique. Toute société connaît des formes multiples de marginalité sociale avec laquelle elle doit composer. Combattre cette marginalité par la répression coûte énormément cher au plan financier, mais aussi au plan politique. Elle aboutit éventuellement à l’État policier.

On objectera que tolérer l’ignorance et un sous-développement éducatif grave des enfants est inacceptable? Sur le plan des principes, nul doute. Mais au plan pratique, il faut savoir que faire. Et force est de constater que ni les gouvernements ni l’opinion publique n’ont, à ce jour,  trouvé de réponses satisfaisantes à cette question, et certainement pas l’entourloupette juridique à laquelle on vient d’assister

La réflexion doit donc se poursuivre. L’une des façons de faire consisterait à étudier comment d’autres sociétés semblables à la nôtre, au Canada, comme à l’étranger, ont résolu le conflit social que pose la marginalité religieuse en son sein et particulièrement chez les communautés hassidiques.

Advertisements

5 réflexions au sujet de « ÉCOLE JUIVE ILLÉGALE: DES ENTOURLOUPETTES À LA TOLÉRANCE »

  1. Fernand Ouellet

    Voici mon commentaire

    Que fera le gouvernement après la disparition des commissions scolaires? Le gouvernement devra-il pelleter ce type de problème directement aux écoles des quartiers concernés?

    Article 28 de la Convention relative aux droits le l’enfant

    1. Les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant à l’éducation, et en particulier, en vue d’assurer l’exercice de ce droit progressivement et sur la base de l’égalité des chances :

    Je crains que ce droit ne soit pas respecté et je m’inquiète des conséquences sur l’avenir de ces enfants.

    Fernand Ouellet

  2. michelepoupore

    Personnellement, j’aimerais bien voir les préparations des parents pour l’enseignement du cours d’éthique et cultures religieuses…

    D’ailleurs, je me demande également comment ces parents pourront enseigner le français….

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s