Archives mensuelles : février 2015

LA RELIGION N’EST PAS UNE GANGRÈNE

Le Devoir publie ce matin un court article que j’ai signé sur la religion et l’athéisme. Je le reprends ici pour ceux et celles qui ne lisent pas le Devoir:

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Le texte de Daniel Baril « Le rituel humaniste existe » publié dans l’édition du 19 février du Devoir était à bien des égards pertinent. Il contenait toutefois quelques éléments franchement désolants.

Au sein de l’Association humaniste du Québec, dont Daniel Baril est un militant, on oppose l’humanisme à la croyance : « Le premier principe de la pensée humaniste, lit-on sur son site, est le rejet de croyances basées sur des dogmes, sur des révélations divines, sur la mystique ou ayant recours au surnaturel, sans évidences vérifiables. »

On peut comprendre qu’historiquement, l’athéisme ait eu à se défendre contre les religions qui le condamnaient comme étant la négation même de l’homme. Pourtant, l’humanisme « vise l’épanouissement de la personne humaine » (Antidote). Personne ne peut en faire son monopole. Ainsi, en faisant de l’amour de Dieu et tout autant du prochain le coeur du message évangélique, le christianisme est très précisément et pleinement humaniste. Dès lors, opposer l’athéisme et la religion sous ce rapport n’a pas de sens.

Daniel Baril affirme encore que la « transcendance est un concept mystificateur », autrement dit, trompeur. Voilà un débat philosophique qu’on ne pourra pas trancher ici. Certes, on ne peut prouver l’existence de Dieu ni son inexistence d’ailleurs. On peut seulement y croire. J’ai toutefois lu sur le site de l’Association humaniste du Québec que « la religion est une gangrène du genre humain qui mérite d’être reléguée au passé au même titre que la chasse aux sorcières ou les saignées comme traitement médical ». Là, je ne marche plus. Les croyants sont dignes de respect (Kant), ce qui n’exclut pas la critique ni l’autocritique.

Je n’ai aucune difficulté à admettre le caractère raisonnable de l’athéisme. Ce qui agace, c’est cette superbe épistémologique que l’on retrouve dans un certain militantisme athée. Cette superbe est d’ailleurs tout aussi détestable, sinon plus, quand elle se manifeste dans le christianisme ou n’importe quelle religion. En ces matières, il vaut mieux que chacun fasse preuve d’humilité !

Le cours Éthique et culture religieuse, déplore enfin Daniel Baril, fait peu de place « à la philosophie humaniste ». Si le programme actuel reflète de façon inadéquate ces courants de pensée séculière que sont l’athéisme et l’agnosticisme, voire « la philosophie humaniste », cela se corrige. Mais encore faudrait-il que le mouvement qu’il représente accepte la pertinence de ce cours. Or, il ne se cache pas qu’il veut le voir disparaître. Et pour cause : là où il loge, on pense que la religion est la gangrène de l’humanité.

 

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ET SI LA RÉFORME N’Y ÉTAIT POUR RIEN DANS L’«ÉCHEC» DE LA RÉFORME

Les médias – surtout les chroniqueurs – ont réglé d’un vif trait de plume la réforme, rebaptisée « renouveau pédagogique », amorcée et poursuivie depuis 15 ans : c’est un échec, ont-ils écrit en chœur. À leurs yeux, la recherche menée à l’Université Laval par le professeur Simon Larose et son équipe leur en a fourni une preuve évidente, indéniable, éclatante : les deux cohortes d’étudiants du secondaire soumis à la réforme ont moins bien réussi à des tests de français et de mathématique que ceux qui ne l’ont pas connue.

Pourtant une question toute simple se pose :

  • Dans quelle mesure la réforme a-t-elle été appliquée?

Cette question posée, une seconde surgit?

  • Est-ce bien le fait d’avoir été soumis à la réforme qui explique les différences aux résultats en français et en mathématique ?

Les enseignants étaient évidemment les mieux placés pour répondre à cette question. Or, surprise : ils n’ont pas participé à la recherche. Renseignement pris, M. Larose confirme la rumeur :

« Il s’agit d’une décision politique. Nous avons développé un questionnaire pour les enseignants et, dans le devis initial, ce questionnaire devait être envoyé à des milliers d’enseignants. Les représentants syndicaux à la Table de pilotage d’alors ont cherché à transformer complètement ce questionnaire (ils étaient alors en période de négociation de convention) et le ministère n’était pas d’accord avec les orientations des représentants syndicaux. Le sous-ministre de l’époque a pris la décision que l’étude démarrerait sans les enseignants. J’ai proposé tout de même d’aller de l’avant avec la version initiale du questionnaire sans l’accord de la partie syndicale (en établissant mes propres contacts avec les écoles) mais le sous-ministre en a décidé autrement. »

Les données sur l’adhésion et de la mise en oeuvre de la réforme viennent donc essentiellement des directions d’établissement. C’est ce que nous apprend une des annexes du rapport. Ce n’est pas rien, mais c’est moins bon! Car, une fois la porte de classe fermée, il est bien difficile de savoir ce qui s’y passe réellement.

Néanmoins, voici en bref ce que révèlent les observations et/ou les perceptions des directeurs d’école.

  • 25,6 % des écoles ont connu une forte adhésion aux principes du renouveau pédagogique (RP) et une implantation avancée;
  • 26,7 %, une forte adhésion aux principes du RP et une implantation modérée;
  • 47,8 % une adhésion moyenne aux principes du RP et une implantation modérée.

En somme, aux dires des directions, un quart seulement des écoles ont vraiment implanté la réforme! Dans 75%, ce fut « modéré ».

Les questions portaient sur huit dimensions, les unes sur l’adhésion au RP, les autres sur leur application. Les voici classées en fonction du score moyen obtenu (sur 4) :

Adhésion :

  •  3,10 : Adhésion générale des enseignants au renouveau pédagogique (RP).
  •  3,04 : Adhésion à un programme de formation axé sur le développement de compétences transversales et disciplinaires.
  • 2,82 : Adhésion à l’organisation pédagogique par cycles d’apprentissage pluriannuels.
  • 2,98 : Adhésion à une offre de parcours diversifiés aux élèves du 2e cycle (parcours de formation générale, parcours de formation générale appliquée et parcours de formation axée sur l’emploi).

 Application

  •  3,54 : Application conforme des programmes de mathématique, d’histoire et éducation à la citoyenneté et de français ou d’anglais, langue d’enseignement. 
  • 2,89 : Intégration des domaines généraux de formation dans le vécu de l’école.
  •  2,85 : Implantation des programmes des services éducatifs complémentaires.
  •  2,35 : Intégration des compétences transversales lors de la planification des activités et des services de l’école.

Les 26% d’écoles ayant connu une forte adhésion et une implantation avancée sont celles dont le score moyen sur 4 à chacune de ces dimensions a été supérieur à 3. La différence des scores moyens avec les deux autres groupes est statistiquement significative.

Mais, nouvelle surprise : « L’analyse des données n’a révélé aucune différence significative pour les variables liées au cheminement et au rendement scolaires des élèves »!

Conclusion : l’écart réel observé aux résultats scolaires entre les élèves qui ont vécu la réforme et ceux qui ne l’ont pas connu ne dépend pas de la réforme. En tout cas, l’étude ne démontre pas cela.

Et on lit cette conclusion étonnante : « Finalement, on peut également mettre en doute la validité de documenter l’implantation du RP à partir du seul point de vue des directions d’école. Il est possible que leur façon de voir l’implantation du RP dans leur milieu ne traduise pas exactement la réalité vécue en raison de leur propre engagement dans ce processus. »

Cela dit, l’étude et la discussion sur la pertinence de chacun des éléments de cette réforme peuvent, sinon doivent continuer. On se souviendra seulement qu’on ne peut leur attribuer a priori l’échec de la réforme.

Dérailleurs, ce débat est déjà bien amorcé à partir d’un autre point de vue plus qualitatif, mais non moins informatif. Il faut en effet absolument lire le dernier rapport annuel du Conseil supérieur de l’éducation : Pour l’amélioration continue du curriculum et des programmes d’études. Au-delà de l’analyse à bien des égards désolante des péripéties qui ont marqué la réforme, on y lira surtout des orientations pertinentes sur un avenir éducatif qui ne doit pas rester bouché.