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EN MARGE DE L’AFFAIRE RÉMY COUTURE : ART ET ÉTHIQUE

Je sors de mes thèmes habituels pour commenter l’acquittement récent de Rémy Couture, cet « artiste de l’horreur » qui se plaît par ses mises en scène à provoquer le dégoût chez ses spectateurs! Il a plaidé la liberté d’expression de l’artiste et il a gagné son procès. Il n’a pas commis de crime. Soit. Cette histoire mérite quand même une réflexion sur le plan de l’éthique.

Ce procès soulève une très vieille question : l’art peut-il représenter le mal? L’histoire montre bien que oui. La toile de Goya, Saturne dévorant ses enfants, est là pour en témoigner. J’ai même eu une distraction pendant la messe de Minuit! Derrière l’autel, j’ai vu la représentation du Crucifié. Évidemment, tous les crucifix sont esthétisés et on n’oublie que la croix est un instrument de torture et de supplice. Imaginez que l’on remplace au dessus de nos autels, sur nos clochers et même au-dessus du fauteuil du président de l’Assemblée nationale, les croix par des potences au bout duquel pendrait un condamné nu! Horreur assuré.

Comment résoudre ce paradoxe? Peut-être en interrogeant le but poursuivi par l’artiste? Faire peur? Nos anciens prédicateurs de retraite paroissiale étaient passés maîtres à cet égard : ils  évoquaient avec force détails horribles les tourments de l’enfer! Inspirer le dégoût? Soulever la pitié? Provoquer la déférence? Il existe, à l’évidence, des buts plus nobles que d’autres.

Ce qui m’amène à a ma seconde remarque.

Il existe une hiérarchie dans l’appréciation populaire des libertés et droits fondamentaux. Pour l’heure, la liberté d’expression se situe manifestement au sommet de l’échelle. Sauf dans les causes de libelle et de diffamation, les tribunaux sont bien lents à sanctionner quelqu’un qui fait un usage contestable, selon le sens commun, de sa liberté : la pornographie sur internet en est l’illustration la plus commune.

À l’opposé, la liberté de religion, toujours dans l’appréciation populaire, occupe le bas de l’échelle. C’est que la religion elle-même est contestée jusqu’à en parler comme de la « gangrène de l’humanité ».

Du point de vue juridique, il serait très surprenant qu’en matière de liberté d’expression, les tribunaux se montrent très sévères. Ils ont pris comme critère de base, la limite, qu’à une époque donnée, les citoyens sont prêts à accepter socialement. L’époque des « ballets africains » est définitivement derrière nous!

Il faut donc s’en remettre à des principes éthiques. On trouve un de ses principes dans la Charte québécoise des droits et libertés, dans son préambule même. On y lit en effet : « Considérant que le respect de la dignité de l’être humain, l’égalité entre les femmes et les hommes et la reconnaissance des droits et libertés dont ils sont titulaires constituent le fondement de la justice, de la liberté et de la paix ».

C’est clair : la justice, la liberté et la paix procède de la dignité de l’être humain, comme la rivière découle de la source. Dès lors quand un artiste utilise sa liberté d’expression il devrait se demander si son œuvre va dans le sens de la dignité de la personne ou l’inverse. La réponse n’est pas toujours évidente. Mais pour ma part, j’estime qu’une œuvre qui vise à provoquer le dégoût va dans le sens contraire, même si ce n’est pas un crime de  créer  une telle œuvre. Ce sont là deux questions différentes.

Demain: le projet de Charte de la laïcité de Daniel Turp