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DEUX NOUVEAUX SAINTS SANS MIRACLE!

La première éducatrice de la Nouvelle-France, Marie Guyard dite de l’Incarnation, et le premier évêque de Québec, François Montmorency de Laval, sont maintenant officiellement reconnus comme saint et saint, autrement dit « canonisés ». Et, nouveauté, on ne leur attribue aucun miracle.

Dans mon enfance on priait déjà pour cette cause. Mais la fondatrice des Ursulines de Québec, une mystique, a parfois raconté ses expériences spirituelles en des termes plutôt… érotiques. Quant au premier évêque de Québec, il s’est hardiment querellé avec le comte de Frontenac pour des questions de préséance et à propos du commerce de l’alcool avec les Amérindiens. Apparemment, les deux nouveaux saints n’avaient pas tout à fait le profil du saint idéal.

Or voilà que le pape François proclame leur sainteté sans qu’on leur ait attribué un miracle, mais sur la seule base de leur vie exemplaire en conformité avec l’idéal évangélique. Cela est la vraie nouvelle et surtout une très bonne nouvelle.

En effet, ce recours au miracle pour attester de la sainteté d’une personne nous vient tout droit du Moyen-âge, c’est-à-dire de l’époque centrée sur le merveilleux. On se hâtait vers les églises ou les abbayes qui possédaient les reliques afin qu’à son tour et par l’intercession du saint titulaire du lieu on soit miraculé. Heureux donc ces lieux qui possédaient les reliques d’un grand saint.

À l’époque moderne, la rationalité scientifique a obligé l’Église à se donner des règles et des procédure strictes avant de conclure qu’une guérison ne s’expliquait pas par des causes naturelles. Dès lors, on pouvait donc raisonnablement conclure à l’intervention divine à travers la médiation du saint ou de la sainte en devenir.

Mais depuis on sait qu’il se produit des tas de guérisons inexpliquées et pour lesquels jamais personne n’a intercédé auprès de Dieu pour qu’elles se produisent.

La course obsessive au miracle serait-elle à la veille de prendre fin? Je le souhaite de tout cœur. Tout cela est parfaitement dépassé et nuit surtout à l’annonce de l’Évangile à laquelle  le pape François convie tous les chrétiens. En effet, il s’agit avant tout et très simplement de reconnaître officiellement la sainteté d’un homme ou d’une femme par la grandeur  de l’amour qu’il ou elle a manifesté à son prochain et à la qualité et l’abondance du service qu’il ou elle lui a rendu. Et cela, cela se constate.

C’est bien ce que proclame l’Évangile :

« Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli; nu, et vous m’avez vêtu; j’ai été malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus à moi. »

Et j’ajouterais: Bienheureux les artisans de paix et de justice.

Si Marie de l’Incarnation et François de Laval ont été canonisés, c’est avant tout parce qu’on a pu observé qu’ils ont pratiqué mieux et plus que tout autre ce message. Ils ne sont sûrement pas les seuls. Mais leur condition de personnage important a permis qu’ils nous en laissent des traces manifestes à travers les témoignages qui nous sont parvenus. Être religieux ou religieuse aide beaucoup à cet égard, comme le montre la sociologie de la sainteté. En effet, on compte bien peu de laïcs dans le panthéon de l’Église!

En attendant, les intéressés pourront lire la biographie de Mgr de Laval, ici et celle de Marie de l’Incarnation, .

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