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Couillard, Legault, Drainville, trois descendants du roi Henri IV

Ainsi, le chef du Parti libéral du Québec se fait maintenant le défenseur du maintien du crucifix dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Phillipe Couillard le  brandit pour séduire les régions, titrait hier matin Le Devoir. Lui et ses députés, comme on l’a vu au téléjournal veulent ainsi respecter l’opinion de leurs commettants des comtés francophones. Legault le suit sur ce terrain et Drainville  veut refiler le dossier au bureau du président de l’Assemblée nationale où les décisions se prennent à l’unanimité. On a compris!

Dans un Québec  hautement sécularisé, la position des chefs surprend a priori. La pratique religieuse régulière tourne autour de 10%. Et quand on entre dans une église le dimanche,  on y voit essentiellement des têtes blanches. Un curé, même en région, s’occupe de cinq ou six paroisses. Et ceux qui modèlent leur conduite, voire leur foi, sur les enseignements de l’Église, sont minoritaires.

Alors comment expliquer ce paradoxe ? Il existe pourtant une explication. La religion est une affaire complexe et multidimensionnelle. Aussi, pour comprendre, il faut prendre en compte les grandes fonctions que remplit la religion.

1. D’abord, la religion donne un sens à la vie.

Les religions et le catholicisme en particulier promet un bonheur éternel dans l’au-delà. Les Québécois croient encore majoritairement en Dieu, mais la proportion des croyants diminuent rapidement, en particulier chez les jeunes. L’athéisme ou l’agnosticisme croient inversement. En 2003, un sondage CROP-La Presse nous révélait que même si 90% des Québécois se déclarent chrétiens, 70% croient en Jésus. Seulement 35% des 15-35 ans croient qu’il est le fils de Dieu. En fait, même la foi des catholiques, se construit pour la majorité d’entre eux, en dehors de l’enseignement des évêques et du pape.

 2. Ensuite, la religion propose une éthique et des normes morales

Avant que ne soit aboli, en 2008, l’enseignement catholique et protestant dans les écoles publiques, c’est prioritairement pour cette raison que les parents choisissaient d’y inscrire leurs enfants. Car c’est par ce même enseignement qu’ils avaient eux-mêmes intégré les normes éthiques et morales qui guident largement leur propre vie…moins les normes touchant la  sexualité. La morale laïque s’installe, mais très progressivement.

3- La religion fournit encore un support pour faire face aux défis de la vie 

On ne va plus à l’église le dimanche, mais on continue néanmoins à prier. On croit surtout que Dieu peut intervenir pour aider, en particulier à surmonter les épreuves. Et cela se produit aussi collectivement dans les moments de grandes désastres. À Lac-Mégantic comme à L’Isle-Verte, c’est à l’église que la communauté s’est retrouvée pour pleurer ses morts et se consoler mutuellement. Après la tuerie de Poly, les étudiants se sont retrouvés à l’Oratoire St-Joseph après une procession au flambeau.

4- La religion permet enfin de partager une identité commune.

C’est là que réside la clé de compréhension du discours de nos politiciens sur le crucifix de l’Assemblée nationale.

Au dernier recensement de 2011, 83% se sont « identifiés » comme catholiques, comme dix ans plus tôt. Ce titre se transmet encore d’une génération à l’autre par le baptême, le mariage, les funérailles, même si ces cérémonies essentiellement familiales sont fortement en baisse, surtout le mariage. Mais il s’agit là avant tout d’une « identité de référence » plutôt que d’appartenance. En effet, depuis au moins 40 ans, la grande majorité des catholiques ne participent plus à la vie de leur paroisse.

Mais voilà,  cette « identité de référence » n’est pas que religieuse. Au Québec, comme dans d’autres sociétés homogènes, le catholicisme est encore lié à l’identité nationale et,  ici, à l’identité canadienne-française. Les statistiques récentes le confirment : 78% des Québécois affirment qu’« il est important de conserver les symboles historiques catholiques » (Sondage Crop-LaPresse, septembre 2013). Et  à l’extérieur de Montréal, on ne compte guère que des catholiques d’origine canadienne-française.

Et c’est ainsi que le  crucifix de l’Assemblée nationale est devenu, dans le discours politique, un objet patrimonial et non plus religieux, tout comme la croix du mont Royal, Sauf qu’il est installé dans l’enceinte même du siège de l’État. Et le voilà instrumentalisé au service de la cause  électorale. Les évêques, ils l’on dit, n’apprécient guère voir ce symbole réduit à cette dimension. Je partage entièrement cette position.

Le problème est que la majorité des catholiques s’accordent à eux-mêmes ce qu’ils refusent d’accorder aux juifs, aux musulmans, aux sikhes. Ils sont en effet majoritairement d’accord pour leur interdire le port de leur signe religieux au sein de l’État!

Et que vient faire  Henri IV dans cette histoire? Bien que roi de Navarre, il était, dans la ligne de succession, l’héritier du trône de France. Mais grave problème, il était  chef du parti calviniste. Il lui a donc fallu se convertir au catholicisme. Et on lui prête cette jolie phrase: « Paris, vaut bien une messe» !

Alors qu’est-ce qu’un simple crucifix!

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