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COMMENT NOYER À COUP SÛR UN NOUVEL ENSEIGNANT

Mon ex-collègue, Colette Gervais, de la Faculté des sciences de l’éducation de l’UdeM, tient, dans le journal de cette université, des propos fort intéressants et pertinents sur la formation initiale des enseignantes et des enseignants et leur entrée dans la profession . Elle  y a consacré sa carrière et est devenue spécialiste de la formation pratique en stage.

Ses propos précisent ce que j’écrivais récemment sur le décrochage des enseignants. Ils m’ont particulièrement frappés et méritent d’être médités.

À son avis, le fait que les recrues se voient souvent assigner des bouts de tâches qui les amènent à enseigner plusieurs matières, à des élèves de différentes classes et parfois même dans plusieurs écoles n’est pas étranger au problème. « Ces jeunes enseignants doivent consacrer plus de temps à la gestion de classe et à la préparation des cours au détriment des réels apprentissages, signale Mme Gervais. Ils finissent rapidement par éprouver un sentiment d’efficacité personnelle moindre que les enseignants expérimentés. Dans certains cas, on leur confie même les groupes les plus difficiles. Jamais on ne donnerait à un avocat novice un dossier ultra complexe. C’est pourtant ce qui se fait dans le milieu de l’éducation. » [C’est moi qui souligne]

Après quelques années de pratique, caractérisées par la prise en charge de groupes « à problème » ou par de continuels changements de tâches et de milieux scolaires, les débutants sont épuisés à force de s’adapter aux multiples situations nouvelles. Las, ils décrochent!

« En tenant compte de la déperdition, certains disent qu’il en coûte plus cher de former des enseignants que des médecins! » lance Colette Gervais. Pire encore: le métier n’attire plus. Ainsi, les écoles peinent à avoir des suppléants tellement le nombre d’enseignants disponibles diminue.

 Ce n’est pas la formation et les stages qui sont en cause, précise-t-elle, mais le fait que les nouveaux enseignants se retrouvent soudainement seuls au moment de leur embauche. La plupart des commissions scolaires (et j’ajouterais, pas plus que les associations syndicales) ne se montrent empressés à fournir aux nouveaux l’encadrement nécessaire à l’entrée dans la profession.

Colette Gervais note d’ailleurs que le Québec n’est pas une exception à cet égard :

La problématique est semblable ailleurs dans le monde. Une étude comparative réalisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques dans une vingtaine de pays a montré que près d’un tiers des enseignants en début de carrière ont exprimé un besoin de formation propre à la gestion de la classe. Ils sont également nombreux à envisager de quitter la profession. « Il existe des mesures d’insertion professionnelle adaptées aux enseignants débutants qui leur permettent de continuer dans la profession. Il faut promouvoir cette approche », conclut Mme Gervais

LE DÉCROCHAGE PROFESSIONNEL DES ENSEIGNANTS: ET S’ILS N’ÉTAIENT PAS LES SEULS

Le Devoir revenait samedi sur un thème récurrent : l’abandon de nombreux jeunes enseignantes et enseignants dans les cinq ans suivant leur entrée en carrière. Ces départs hâtifs sont attribués aux conditions d’exercice de la profession : précarité d’emploi, changement fréquent d’écoles, exigences difficiles du métier, etc..

Je ne remets pas ces données en question. Peut-être faut-il cependant les relativiser. La statistique sur le décrochage des jeunes enseignants est impressionnante et tout à fait désolante. Mais pour pouvoir l’interpréter correctement, il faudrait pouvoir la comparer avec celle observée dans d’autres professions. D’ailleurs, le téléjournal de dimanche à Radio-Canada nous apprenait que les ambulanciers quittent aussi en grand nombre après sept ans, surtout chez les temps partiels. Observons au surplus que les statistiques sur le décrochage professionnel servent souvent à appuyer de revendications syndicales, par ailleurs tout à fait légitimes.

Aussi, il faut se demander si la mobilité professionnelle n’est pas un phénomène « normal » qui pourrait s’expliquer par des facteurs variés.

Une anecdote : en 1976, lors du conventum de ma classe, 15 ans après la rhétorique, j’ai mené une mini-enquête auprès de mes confrères pour savoir s’ils pratiquaient la profession annoncée à la fin de leurs études classiques. Surprise, 33% seulement œuvraient encore dans la carrière choisie 15 ans plus tôt!

Sans prétendre aucunement que mon cas est représentatif, j’ai, pour ma part, beaucoup « voyagé » professionnellement! Six ans après avoir commencé ma carrière de journaliste, j’ai bifurqué vers la fonction publique. La raison? Le métier de journaliste était peu conciliable avec la vie d’une jeune famille en croissance. J’y suis revenu au six ans plus tard quand nos trois enfants furent à l’école. Je l’ai quitté à nouveau onze ans après, cette fois, m’être laissé tenter par l’enseignement universitaire. Au surplus, la condition financière de l’entreprise n’était pas à l’époque à son meilleur.

Il faut évidemment dépasser l’anecdote. Il existe sûrement de bonnes études sur la mobilité professionnelle au Québec, en particulier des jeunes. Il serait pertinent que nos journalistes aillent voir.

En passant, ce même article du Devoir de samedi nous ramenait deux poncifs. Deux enseignants affirmaient, l’un, que la réforme « est impossible à appliquer »; l’autre, que « le véritable problème réside dans la formation initiale des enseignants qui n’est pas adéquate et qui est inégale d’une université à l’autre ».

Misère!