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PQ ET ÉDUCATION : TROIS ORIENTATIONS PERTINENTES, MAIS SANS MOYENS CONCRETS

La plateforme électorale du Parti québécois pour l’enseignement primaire et secondaire (voir ci-bas) vise d’abord trois enjeux prioritaires qui touchent autant de problèmes structurels  et lancinants :

  1. la persévérance scolaire et la lutte au décrochage
  2. le soutien aux élèves des milieux défavorisés
  3.  la valorisation de la formation professionnelle

Le premier est à l’ordre du jour depuis au moins 1992. Il est devenu maintenant une préoccupation sociale majeure d’un grand nombre d’organismes de la société civile. Il faut poursuivre sur cet élan.

Le second, qui n’est pas sans lien avec le premier, faisait déjà l’objet des préoccupations de la Commission scolaire de Montréal il y a 46 ans quand elle a lancé en 1968 l’Opération Renouveau. Le MELS s’y est intéressé formellement en 1997 avec Soutenir l’école montréalaise et avec sa politique Agir autrement pour l’ensemble des écoles secondaires en 2000. On emprunte donc le même chemin. Mais on sait qu’à ce jour ces politiques ont eu des effets mineurs tant ce sont les structures sociales et économiques qui expliquent les maux que l’on veut guérir. La persévérance, mais aussi la créativité, s’impose ici.

La valorisation de la formation professionnelle est aussi l’obsession de tous les gouvernements depuis qu’à partir des années 90, les jeunes ont massivement déserté cette formation au profit des adultes. Les enjeux économiques sont ici majeurs.

Bref, il est normal qu’on se préoccupe de ces trois problèmes. Ils n’ont jamais été vraiment

Les deux autres engagements sont plus conjoncturels :

4. renforcer l’enseignement de notre histoire nationale, du primaire à l’université;

5. adopter une politique nationale d’éducation aux adultes et de formation continue, dont l’un des piliers sera l’alphabétisation.

Sur l’enseignement de l’histoire, des travaux sont déjà en cours et avancés. Les décisions sont déjà prises en ce qui concerne le secondaire et le collégial. Pour ce qui est du primaire, le programme actuel fait partie du domaine de « l’univers social ». À ce que je sache, il n’est pas remis en question. On est davantage surpris de lire les intentions nouvelles, mais imprécises, en ce qui concerne l’université. Peut-être les rédacteurs du programme se sont-ils laissés emporter!

On nous annonce par ailleurs une « politique nationale d’éducation des adultes ». On en possède une depuis 2002. Elle a bientôt quinze ans. Peut-être a-t-elle besoin d’une mise à jour. Mais le programme ne nous dit pas en quoi cette politique serait périmée. Attendons voir.

On connaît par ailleurs les engagements du Parti à propos des commissions scolaires. On annonce de nouvelles fusions  en vue d’éventuels gains économiques. Je reviendrai sur ce sujet : les partis, stimulés par la CAQ, semblent tous intéressés par ce thème.

En ce qui concerne l’enseignement supérieur, les propositions du PQ sont générales. Mais les enjeux sous-jacents à chacune d’elles ne sont pas explicités, encore moins les moyens pour y faire face.

On attend surtoute fruit des engagements pris par la suite du sommet notamment la création d’un Conseil national des universités. Le 26 juin dernier, M. Claude Corbo a remis son rapport recommandant, à la suite d’ailleurs du Sommet sur l’enseignement supérieur, la création d’un Conseil national des universités. Bizarrement, le programme du PQ est muet à cet égard.

Que conclure? Le programme du PQ en éducation n’est pas vraiment innovateur. Devrait-il l’être du reste? En gros, on reprend des enjeux qui demeurent fondamentaux pour l’avenir du Québec. Ils sont toujours d’actualité. D’autres enjeux sont laissés en plan : la priorité à l’apprentissage de la lecture au premier cycle du primaire, la professionnalisation de l’enseignement, la démocratie scolaire, le renforcement de l’autonomie des écoles, la démocratisation de l’école privée, l’égalité d’accès aux services éducatifs. Au surplus, les propositions constituent des orientations et non des engagements concrets.

Voici au texte les deux volets du programme électoral du PQ :

ASSURER LA RÉUSSITE ÉDUCATIVE DE NOS ENFANTS

Nous croyons que les élèves les plus vulnérables de notre système d’éducation doivent être au cœur de nos luttes contre le décrochage scolaire. C’est pourquoi le Parti Québécois a instauré, entre autres, la maternelle 4 ans en milieu défavorisé. Par ailleurs, nous investirons dans les écoles afin que nos enfants aient accès à des milieux sains et stimulants. Nous avons aussi annoncé des investissements majeurs afin de construire et de rénover des infrastructures sportives ou récréatives, et ce, partout au Québec.

Nous sommes déterminés à :

  • faire de la persévérance scolaire notre priorité en matière d’éducation, en dotant le Québec de sa première politique nationale de lutte contre le décrochage scolaire. Nous concentrerons les efforts dans les milieux défavorisés, dès le primaire, et porterons une attention particulière aux garçons;
  • valoriser la formation professionnelle et veiller à son accessibilité dans toutes les régions;
  • mettre en valeur la profession enseignante en s’assurant de faire des professeurs des partenaires incontournables de notre système d’éducation;
  • renforcer l’enseignement de notre histoire nationale, du primaire à l’université;
  • adopter une politique nationale d’éducation aux adultes et de formation continue, dont l’un des piliers sera l’alphabétisation.

AMÉLIORER L’ACCESSIBILITÉ À L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR 

L’accessibilité aux études collégiales et universitaires est un enjeu important pour le Parti Québécois. Le Sommet sur l’enseignement supérieur a permis de rétablir le dialogue et de régler la crise sociale créée par le gouvernement libéral. Les décisions prises à ce sommet ont permis d’identifier différentes mesures pour bonifier le régime d’aide financière aux étudiants.

 Nous sommes déterminés à :

  • poursuivre le réinvestissement dans notre système universitaire;
  • accroître l’accessibilité à l’enseignement supérieur, entre autres pour les étudiants ayant un parcours non traditionnel et pour les jeunes vivant dans les régions;
  • réviser les mécanismes de reddition de comptes et de gouvernance des universités;
  • nous assurer de la viabilité des programmes de formation dans les cégeps des régions du Québec;
  • soutenir les projets de télé-enseignement.
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LA RENTRÉE

De quoi sera faite l’année scolaire qui débute?

On n’annonce pas de grandes nouveautés en éducation en 2013-2014. Cette année, je le souligne au passage, marque le 50e anniversaire de la publication du premier tome du rapport Parent. Les assises de notre système éducatif actuel viennent de là. Il n’a pas cessé depuis d’évoluer et il évoluera encore.

Ainsi, on connaîtra cette année, l’arrivée des maternelles 4 ans à temps plein en milieux défavorisés. La mesure – comme toute mesure en éducation ! – ne fait pas l’unanimité : indispensable, disent les uns, pour combler le déficit culturel des enfants marqués par la pauvreté; c’est trop tôt, disent les uns : on va enfermer des marmots dans un cadre scolaire rigide : les cpe font bien l’affaire et bien mieux. Mais c’est chose faite. Le plus important est de savoir si cela sera bien fait.

L’autre nouveauté, en devenir celle-là, concerne l’enseignement supérieur. À la suite du sommet sur les universités de l’hiver dernier, le rapport Corbo a proposé la création d’un Conseil national des universités. Comme la mesure fait consensus, l’Assemblée nationale devrait normalement y donner suite.

Ce conseil aurait comme première tâche d’évaluer la qualité de « l’ensemble des activités universitaires et, au premier chef, de la formation » que dispensent les établissements. Il faudra revenir sur ce rapport qui soulève des enjeux importants. En effet, en parcourant le rapport, une première impression surgit : pour accomplir l’imposant mandat qu’on suggère de confier au nouveau conseil, il faudra créer une fonction publique dont on mesure mal encore l’importance. Le  rapport Corbo parle de 20 personnes. J’ai des doutes. Surtout, comment s’articuleront les pouvoirs consultatifs, mais aussi réglementaire, du nouveau conseil avec ceux, exécutifs et administratifs, du ministère de l’Enseignement supérieur?

Mais le plus important est ailleurs. Dimanche matin, je participais à la nouvelle émission « Désautels le dimanche ». L’animateur y a proposé une réflexion sur les 50 ans du rapport Parent. D’entrée de jeu, il m’a demandé quelle question il faudrait prioritairement aborder aujourd’hui  Sans hésiter, je lui ai répondu : la réussite scolaire. Le décrochage tant au secondaire qu’au collégial (on en parle moins) m’apparaît toujours le problème majeur de notre société. Ses conséquences, tant pour les personnes que pour la société, sont énormes.

Les causes du phénomène sont multiples, interreliées, et pour une part extérieures au système scolaire : au premier chef, la pauvreté; ensuite, les valeurs sociales qui privilégient la compétition plutôt que la collaboration. Cela se répercute sur le système : on multiplie d’année en année, au public comme au privé, les écoles pour les meilleurs, laissant les moins bonnes à la majorité forcément moins bonnes.

Puis il y a les causes internes au système : au premier chef, le manque de ressources pour aider les élèves en difficulté; l’absence aussi d’un système efficace d’évaluation de la qualité de l’enseignement. Cela s’explique pour une bonne part par le primat, au plan institutionnel, s’entends, de la culture syndicale sur la culture professionnelle. Ainsi, il n’existe toujours pas au sein de la profession enseignante de mécanismes obligatoires de formation continue.

Mais je m’arrête en souhaitant à mes trois enfants, tous trois œuvrant en éducation et à mes deux petites-filles qui entrent en classe mercredi, une merveilleuse année scolaire. Leur père et leur grand-père se contera d’ergoter sur son blogue!