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BOYCOTT, GRÈVE, OU LOCKOUT?

L’idée de légiférer pour accorder un droit de grève aux étudiants est de nouveau dans l’air.

D’aucuns trouvent cette idée totalement incongrue : les étudiants, plaide-t-on, ont signé un contrat de service avec leur établissement d’enseignement. Et s’ils refusent de le recevoir, ils le boycottent, ils ne font pas la grève. Ils agissent comme ceux qui se privent volontairement de n’importe quels biens ou services pour lesquels ils paient.

Cette vision est réductrice. Étudier est aussi un travail dont le « produit » est le diplôme obtenu en fin d’étude qui atteste que ce travail a produit un résultat dûment reconnu : l’acquisition de compétences. Puisqu’il arrête de travailler, celui qui décide de ne plus faire son travail pour un temps donné pour améliorer les conditions qui y son reliées, fait, peut-on dire, une sorte de grève. C’est en effet le premier sens du mot grève

Mais ce travail ne se fait pas seul. Il se fait aussi grâce aux professeurs. Aussi, est-ce un travail relationnel. Et jusqu’à maintenant, les étudiants paient, une partie du moins, du coût de ce service.

Mais on peut dire aussi que les étudiants, pris individuellement, sont en quelque sorte des entrepreneurs. En effet, les biens qu’ils produisent, c.-à-d. les compétences qu’ils acquièrent, le sont, non pour un autre, mais pour eux-mêmes (bien sûr, la société en profite aussi). Dès lors, quand ils cessent volontairement d’étudier, ils ferment pour ainsi dire leur propre entreprise. Ils s’« auto lockoutent » ! Et du coup, ils renoncent pour un temps aux bénéfices des investissements monétaires qu’ils ont consentis pour leur entreprise, soit l’« achat » des services pédagogiques qu’ils jugent payer trop cher.

Ainsi qu’on le constate, le vocabulaire pour nommer l’action que mènent les étudiants en cessant d’étudier reste inadéquat. Il s’agit d’une grève ou d’un lockout sui generis.

Mais soyons réaliste. Il y a gros à parier que l’on va continuer d’utiliser le mot « grève », d’autant que l’arrêt d’étudier est une décision collective prise par des associations dûment reconnues par la loi depuis longtemps déjà . D’autant qu’il est rare que des entrepreneurs s’« auto lockoutent » collectivement !

Pour l’heure toutefois, le droit de se mettre en « grève » n’est pas juridiquement reconnu. Mais il est bien un droit politique reconnu dans les faits depuis bien plus longtemps encore.

Anecdote : mon père m’a un jour raconté qu’étant étudiant en 1942 à la faculté d’agronomie de l’UdeM sise à l’époque à la trappe d’Oka, ils avaient fait la grève. Les moines trappistes leur imposaient en effet un régime de vie comme celui qu’ils avaient connu dans les collèges classiques, c.-à-d. messe tous les matins et couvre-feu à 21h30. Leur grève a produit les résultats escomptés!

La question est donc de savoir si on doit reconnaître juridiquement le droit de grève (ou d’ « auto lockout ») ou non? Pour ma part, j’estime qu’il faut prendre acte des faits et répondre oui à la question. Le but essentiel est de s’assurer que ce droit sera exercé en fonction de règles démocratiques qui auront fait un consensus suffisant. Le débat devra donc porter moins sur le principe de la grève, mais sur la pertinence des règles à convenir pour la faire.

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