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ÉCOLE PRIVÉE : CHANGER DE « PARADIGME » POUR FAIRE MENTIR LES TESTS D’ADMISSION

Le Devoir écrivait vendredi  que la Fédération des établissements d’enseignement privé du Québec entreprend un sondage auprès des parents des élèves fréquentant les établissements qu’elle regroupe. L’objectif : établir le portrait socio-économique de leur clientèle.

Les établissements privés soutiennent depuis longtemps qu’ils accueillent surtout des élèves dont les parents appartiennent à la classe moyenne. Si le gouvernement devait diminuer leur financement, on craint qu’une partie de leurs élèves ne puissent plus fréquenter leurs écoles. Seuls les plus riches en auraient encore les moyens.

À vrai dire, ce qui pour moi fait surtout problème, c’est que les enfants appartenant aux milieux défavorisés n’aient pas autant de chance de fréquenter l’école privée que ceux qui appartiennent à la classe moyenne: d’une part leurs parents n’en ont pas les moyens, d’autre part,  on le sait, ils réussissent en général moins bien que les enfants des quartiers favorisés.

Une société vraiment juste s’assurerait précisément que son réseau d’écoles privées soit avant tout destiné aux enfants à tous égards défavorisés. Ces écoles, surtout celles qui se réclament de la tradition catholique et qui se vantent, à bon droit sans doute, de faire merveille, trouveraient là à réaliser leur vraie mission sociale.

Bref, au lieu d’accueillir les élèves dont les tests d’admission révèlent qu’ils vont probablement réussir leurs études, les écoles recevaient ceux qui y échoueraient ! Bref, grâce à la qualité de leur corps enseignant, du leadership de leur direction, de l’excellence de leur pédagogie, elles n’auraient qu’une obsession : faire mentir les résultats désastreux aux tests d’admission et mener ses élèves au succès! Évidemment, les meilleurs ne devaient pas tricher en jouant à « qui perd gagne »!

Dans cette perspective, l’État se sentirait tout à fait justifier de subventionner davantage ces écoles.

On peut toujours rêver!

FAUDRAIT-IL RESSUSCITER LES INSPECTEURS D’ÉCOLE?

Ce billet m’est inspiré d’un reportage de Lisa-Marie Gervais paru dans Le Devoir de samedi sur ces écoles privées déviantes par rapport aux normes pédagogiques ou administratives auxquelles elles sont soumises. Comment sait-on qu’elles sont déviantes? Grâce au rapport annuel de la Commission consultative de l’enseignement privé, rapport lui-même alimenté par les fonctionnaires de la Direction de l’enseignement privé du MELS. Ceux-ci font périodiquement le tour des écoles, observent et posent les bonnes questions.

Rien de tel dans le réseau public. Dans les années 60, après la création du ministère de l’Éducation on a aboli le corps des inspecteurs d’école. On les a remplacés par des conseillers pédagogiques, ce qui était en soi une bonne idée.

Aujourd’hui, la responsabilité d’assurer la qualité de l’enseignement est saucissonnée. Au niveau de l’école, c’est la fonction première de la direction: « […] le directeur de l’école s’assure de la qualité des services éducatifs dispensés à l’école » , dit la loi . Mais, curieusement, c’est le conseil d’établissement qui « rend compte de leur qualité ».

De leur côté,  les commissaires d’école veillent aussi à leur tour «  à la pertinence et à la qualité des services éducatifs offerts par la commission scolaire ». Redondante, la loi ajoute que la « commission scolaire » a notamment pour mission de « veiller à la qualité des services éducatifs ». Et, à son tour, la commission scolaire  « rend compte de la qualité » des services éducatifs qu’elle dispense.

Enfin, le ministre de l’Éducation « veille à la qualité des services éducatifs dispensés par les commissions scolaires ».

Voilà pas mal de monde qui veille !

Pourtant, malgré ce bla-bla juridique, y a-t-il un seul parent capable de préciser quel est le niveau de qualité de l’école que ses enfants fréquentent?

En fin de semaine, l’Institut du nouveau monde a réuni à Québec plus de 400 jeunes qui sont venus notamment débattre de la qualité de l’enseignement universitaire  et d’assurance qualité. La question est controversée, mais au moins on en débat. Le Consell supérieur de l’éducation vient d’ailleurs d’y consacrer son dernier rapport.

Au milieu des années 80, la qualité de l’éducation fut la grande question débattue aux ordres primaires et secondaire. La Fédération des commissions scolaires du Québec, hantée par l’exode des élèves vers l’école privée, tint même des États généraux sur la qualité de l’éducation, opération aujourd’hui oubliée. Et le Conseil supérieur de  l’éducation en fit même l’objet de son rapport annuel de 1986-87 [1].

Il est temps de se pencher à nouveau sur le sujet . D’autant, comme nous l’écrivions il y a quelques semaines que 23% seulement des Québécois pensent que nous avons de « très bonnes écoles »..Aussi, je me le demande, faut-il ressusciter les inspecteurs d’école?


[1] Le texte complet est malheureusement absent du site du Conseil.

L’ARCHEVÊQUE DE MONTRÉAL A UN ÉTONNANT PROJET : CRÉER UN (AUTRE?) RÉSEAU D’ÉCOLES CATHOLIQUES

La Presse du 24 décembre nous annonçait une nouvelle étonnante. L’archevêque de Montréal, M. Christian Lépine, estime « qu’il faut qu’il y a des écoles privées confessionnelles pour aller au bout de la foi et de son impact pédagogique ». Il annonce même qu’il y a à cet égard « un chantier en cours ». Après tout, argumente l’archevêque, il existe bien des écoles juives et musulmanes.

Ce qui étonne surtout c’est que ce réseau d’écoles privées catholiques existe déjà et depuis longtemps. J’en énumère quelques-unes de mémoire,  à Montréal seulement

Le collège Notre-Dame (frères de Ste-Croix), Régina Assumpta, (congrégation Notre-Dame), la villa Ste-Marcelline et le Collèges Ste-Marceline ( les Marcellines), Collèges St-Jean-Eudes (les Eudistes), collège de Montréal (les Sulpiciens), le Mont-St-Louis (frères des Écoles chrétiennes), le Collège Jean-de-Brébeuf (d’inspiration jésuite), le Mont-Jésus-Marie (soeurs Jésus-Marie), Villa-Maria (Congrégation Notre-Dame), etc.

Alors de quoi veut parler l’archevêque? De nouvelles écoles privées créées de toutes pièces auxquels il aurait formellement reconnu un statut catholique selon les règles prescrites par l’article 803 du code de droit canonique?

    § 1. On entend par école catholique celle que dirige l’autorité ecclésiastique compétente ou une personne juridique ecclésiastique publique, ou que l’autorité ecclésiastique reconnaît comme telle par un document écrit.

    § 2. L’enseignement et l’éducation dans une école catholique doivent être fondés sur les principes de la doctrine catholique; les maîtres se distingueront par la rectitude de la doctrine et la probité de leur vie.

    § 3. Aucune école, même si elle est réellement catholique, ne portera le nom d’école catholique si ce n’est du consentement de l’autorité ecclésiastique compétente.

On sait par ailleurs depuis longtemps que les parents ne  choisissent pas les écoles précitées pour que, selon la formule de l’archevêque, leurs enfants aillent « au bout de leur foi ». En matière de foi, ils sont représentatifs des catholiques québécois en général, c.-à-d. largement sécularisés. Ils choisissent ces écoles parce qu’ils estiment que leurs enfants seront mieux encadrés et que leurs chances de réussite sont meilleures.

Le nouvel archevêque de Montréal rêve peut-être de créer de nouvelles écoles privées qu’il contrôlerait bien et où seraient regroupées les enfants de parents « réellement catholiques ». Peut-être pense-t-il à une institution comme le Petit séminaire diocésain de Québec fondé en 2008 par le cardinal Ouellet.

Un des prédécesseurs de monsieur l’archevêque Lépine, le cardinal Paul Grégoire, avait pour sa part rêvé de former des maîtres « réellement catholiques » et il fonda à cette fin l’Institut catholique de Montréal. Ce fut un « flop » retentissant. Et des communautés religieuses y investirent une partie de leurs économies en pure perte.

Peut-être l’archevêque de Montréal doute-t-il que les écoles privées catholiques soient « réellement catholiques ». C’est effectivement à voir. Mais si elles ne le sont pas ou ne le sont plus, il faudrait avant tout se demander pourquoi. La réponse ne devrait pas être bien difficile à trouver.

Demain: l’art et l’éthique

L’ÉCOLE PRIVÉE, UN DÉBAT SUR NOS VALEURS

Il  y a deux ou trois semaines, la ministre de l’Éducation, Mme Marie Malavoy créait un émoi certain en déclarant au Devoir que dorénavant seuls les établissements privés qui accueilleraient des élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage seraient subventionnés.

Je me suis moi-même déjà prononcé sur la nécessaire démocratisation de l’école privée, i.e. sur son obligation morale d’accueillir tous les élèves indépendamment de leurs talents et de la fortune de leurs parents. Si en effet, comme le proclament nos chartes, l’accès à l’école privée est un droit, il doit pouvoir s’exercer en plein égalité. Mais je n’ai pas fait consensus, tant s’en faut!

Ce n’est pas surprenant, car sous-jacentes au débat sur l’école privée, logent ultimement les valeurs auxquelles chaque parent, chaque éducateur, chaque citoyen, chaque politicien adhèrent. Rien n’illustre autant cela que cette déclaration du pape Jean-Paul II faite devant des éducateurs catholiques lors de son voyage au Canada, en 1984 que je cite pour mémoire:

« En même temps que les écoles catholiques sont toujours vouées au développement intellectuel, nous leur rappelons aussi l’impératif évangélique d’être au service de tous les élèves, et non seulement de ceux qui sont les plus brillants et les plus prometteurs. Ainsi, en accord avec l’esprit de l’Évangile et son option pour les pauvres, elles porteront leur attention particulièrement sur ceux qui en ont le plus besoin ».

Bon nombre de nos établissements privés se réclament encore de la tradition chrétienne, ayant été fondés par des institutions religieuses (v.g. : le collège Brébeuf fondé par les jésuites), ou leur appartenant encore (v.g. : Régina Assumpta,  propriété de la Congrégation Notre-Dame). Le président actuel de la Fédération des établissements privés du Québec, M. Jean-Marc St-Jacques, du collège Bourget, est pour sa part toujours membre de la Congrégation des Clercs de Saint-Viateur.

Pour ces institutions, mais aussi pour tous ceux qui se réclament de la tradition chrétienne, et pourquoi pas, pour tous ceux qui s’intéressent à l’éducation, la déclaration du Jean-Paul II m’apparaît, dans le contexte de l’actuel débat, un excellent sujet de réflexion.