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UN COUP DE POUCE POUR POLITISER LES ÉLECTIONS SCOLAIRES: UN BON TEST

Les élections scolaires ne suscitent guère de remous dans les chaumières et très peu dans les médias. Mais pourra-t-on les politiser? La ministre de l’Éducation, Mme Malavoy, vient de poser vendredi un geste intéresant en ce sens. Mais voyons plutôt la réalité.

Ainsi, dans le cadre de la Journée internationale des femmes, il y a dix jours, on faisait état du nombre et de la proportion de femmes qui sont députés à Québec et Ottawa, ou mairesses ou conseillères municipales. Mais on n’a pas relevé le nombre de celles qui sont commissaires! Or c’est le seul corps public où elles sont majoritaires.

Et pourquoi cet oubli? Simplement parce que de tout temps, on considère, ou plutôt, on ne veut pas que la commission scolaire constitue une instance politique. C’est là un vieux réflexe dont l’origine remonte au rapport Durham et à la main-mise subséquente des Églises sur l’éducation et qui a duré un siècle.  Du reste, les commissaires eux-mêmes en général, et les femmes commissaires en particulier sont  ou du moins étaient majoritairement d’accord avec cette vision [1]. Il n’est pas étonnant que les citoyennes et les citoyens soient si peu nombreux à y voter. On ne leur propose pas d’enjeux.

Et il y a bien des chances que rien ne change à cet égard. Une nouvelle parue en fin de semaine nous apprend, ou plutôt nous rappelle, qu’en vertu de modifications apportées à la loi en 2008, le « nombre de commissaires passera de 1305 à 641 seulement après les prochaines élections prévues le 2 novembre 2014 », soit de 7 à 12 par commission scolaire.

Cela signifie que dans des territoires déjà très grands et dans plusieurs cas, immenses, les commissaires sensés représenter les citoyens s’en éloigneront plus encore. Bref, cette mesure consacre le caractère essentiellement régional de nos commissions scolaires. Elles ont pourtant été créées pour assurer la gouvernance des écoles par les communautés locales. Si au moins les conseils d’établissement n’étaient pas assujettis à la bureaucratie « top down » que les libéraux leur ont imposée en 2008 avec, il faut le rappeler, l’appui des péquistes.

Par ailleurs, la ministre de l’Éducation, Mme Malavoy, a déposé vendredi dernier un projet de loi sur les élections scolaires visant à aider financièrement les candidats à la présidence d’une commission scolaire. En effet, comme les maires, les présidents seront dorénavant élus au suffrage de l’ensemble des commettants. En soi, cette nouvelle modalité électorale adoptée en 2008 est heureuse : elle est de nature à rallier, sous l’impulsion du candidat à la présidence, une équipe partageant un même programme électoral. Mais elle n’a pas encore été testée.

Le projet de loi prévoit donc ce qui suit:

« 1° pour l’élection au poste de président, un montant de 3 780 $ majoré de 0,30 $ par personne inscrite à la liste électorale de la commission scolaire auquel s’ajoute, s’il y a lieu, un supplément de 0,10 $ par personne inscrite à cette liste, si la densité d’électeurs par kilomètre carré est inférieure à 1;
« 2° pour l’élection à un autre poste de commissaire, un montant de 1 890 $ majoré de 0,30 $ par personne inscrite à la liste électorale de la circonscription électorale. ».

Mais vu la grandeur des territoires, c’est un pari qui est loin d’être gagné : qui voudra parcourir en tout sens le territoire de la commission scolaire des Chic-Choc? Elle s’étend sur le littoral du St-Laurent sur une distance égale à  celle qui sépare Montréal de Montmagny! Et on compte six ou sept commissions scolaires anglophones sur l’ensemble du territoire! Bref, le petit coup de main financier qu’a annoncé vendredi dernier Mme Malavoy est de bon augure, mais il pourrait bien n’être qu’un coup d’épée dans l’eau vu le contexte général des élections scolaires et la culture séculaire qui les a façonnées.

[1]  Maillé, C. (1997).« La politique scolaire et les territoires politiques des femmes : points de convergence », dans M. Tremblay et C.Andrew (dir.), Femmes et représentation politique au Québec et au Canada, Montréal, Éditions du remue-ménage, p. 123-145.

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