Archives pour la catégorie langue française

LETTRE OUVERTE AU PLQ ET À LA CAQ

Je n’arrive pas à comprendre la ou les raisons pour lesquelles vous vous opposez au projet d’imposer aux entreprises de 26 à 49 l’obligation juridique de se franciser.

Le Conseil supérieur de la langue française vient d’exposer la situation prévalant quant à l’usage du français dans les entreprises : au lieu de croître, conformément au but même de la Charte de la langue française, il décroît.

Il y a, pour expliquer cette décroissance, plusieurs facteurs. La pression qu’exerce la mondialisation du commerce sur les pratiques linguistiques,  même dans ses communications internes, en est sûrement un. Sous ce rapport, la plupart des pays non anglophones sont dans une situation relativement semblable. On n’a qu’à feuilleter les magazines français ou déambuler sur la rue piétonne de Nantes pour s’en rendre compte.

Mais il y a un facteur propre à la société québécoise que l’on oublie trop souvent. Les Québécois ont vécu la révolution industrielle de la seconde moitié du 19e siècle en anglais. Cela les a déterminés et a modelé profondément et structurellement leur mode de pensée et donc de parler.

Mon grand-père Proulx, un cultivateur né en 1885 à St-Zéphirin de Courval, un village pratiquement inconnu, parlait de son égoïne, de son marteau et de son équerre en français. Mais en mécanique, il dévissait une bolt avec son wescott! Il n’y a rien de surprenant à cela : quand il se présentait au magasin général du village pour s’acheter ces outils, le vendeur feuilletait un catalogue en anglais imprimé en Ontario et aux États-Unis.

Je rendais visite la semaine dernière à ma mère, née à Varennes. Elle a 87 ans. Elle a conservé le catalogue Eaton de 1945. Il était en anglais. Et quand passait chez elle le « peddler » avec sa grosse valise, il en déballait des « ketters », des « bloomers », des « overall ». C’est écrit dans ses mémoires..

On connaît un troisième facteur à l’anglicisation au travail : une grande partie des entreprises, surtout les grandes, étaient propriété des anglophones. L’impact de ce facteur sur la langue de travail est majeur. Cela est bien documenté. Si la situation à cet égard a bien évolué depuis 40 ans, il reste qu’elle a structuré les comportements, même dans les entreprises francophones. J’ai raconté ici comment, l’été dernier, le jeune préposé de mon garage Chrysler de Trois-Pistoles m’a écrit qu’il y avait un « petit louce dans le linkit » de ma Caravan! Et son patron n’est pas anglophone. Et si on l’interrogeait sur la langue de travail dans son garage, il répondrait sans aucun doute que c’est le français.

Il faut feuilleter cet inestimable témoin de la vie commerciale à Montréal: l’annuaire Lovell. Il a été publié sans interruption de 1842 à 1977. On y retrouve la liste complète des entreprises et des chefs de ménage ainsi que leurs professions. Une mine d’or pour les généalogiste, à la condition de connaître l’anglais! Encore en 1960, et je n’ai pas cherché plus après, tous les métiers sont identifiés en anglais: shipper, workman, butcher, etc. Et tous ou à peu près, francophones ou non, annoncent leur entreprise dans cette langue. Les choses, certes, ont bien changé depuis. Mais ce qui a le moins changé, c’est la structure des esprits.

Les concours du « bon parler français » de ma jeunesse ont été les premières réactions à cette anglicisation de notre vie quotidienne. Heureusement,  l’État québécois, via l’Office de la langue française, par ses travaux linguistiques dans les années 60 et ses interventions après la loi 101 de 1977 a permis de renverser le courant au sein d’un monde industriel et commercial qui ne connaissait qu’une langue : l’anglais.

Pourtant la loi 101 n’a pas changé encore radicalement la culture anglophone qui, malgré les progrès accomplis, a forgé les attitudes et les comportements  autant des travailleurs que des chefs d’entreprise francophones. Nos conversations quotidiennes au travail comme à la maison le prouvent. La résistance du Conseil du patronat, comme vous du PLQ et de la CAQ, et de tant de travailleuses et de travailleurs, à poursuivre vigoureusement la transformation de cette culture prouve que le français au travail n’est pas encore une valeur forte de la société québécoise.

Pour que cette culture commence à se transformer, il a fallu que l’État, par la loi 22 par la loi 101, mette sa puissance au service de cette mission. Bien des citoyennes et des citoyens, bien des travailleurs, bien des entreprises ont accepté loyalement et ont fait des efforts pour poursuivre sur le terrain cette impulsion de l’État.

D’aucuns veulent aujourd’hui nous faire croire qu’il suffit d’inciter à la francisation des milieux de travail pour qu’elles se fassent. C’est un leurre pour les raisons susdites, mais qu’il faut redire :

  1.  la pression extérieure sur le monde du travail que constituent tant la révolution technologique que la mondialisation est plus forte que jamais et cette pression s’exerce en anglais;
  2. la culture québécoise du monde du travail tant de secteurs industriels que commercial est une culture historiquement anglophone.
  3. un patronat encore en partie anglophone ou francophone, mais culturellement anglicisé, pour lequel la francisation du travail demeure une préoccupation secondaire.

Bref, il faut bien le dire : les Québécois ont aliéné leur culture française d’origine.

En somme, ces raisons devraient vous inciter, vous du PLQ et de la CAQ, a appuyé vigoureusement le projet de loi 114, à tout le moins pour tout ce qui concerne la francisation du monde du travail.

Il faut faire à cet égard une révolution culturelle, c’est-à-dire un changement de fond qui ne portera pas que sur les comportements, mais qui renouvellera les valeurs profondes déjà latentes dans la population, et qu’il faut faire émerger pour fonder solidement une nouvelle culture de la francité québécoise.

La langue de travail ne peut pas être la seule préoccupation du PQ. Elle doit être celle de tous les élus et, à travers eux, de tous les Québécoises et Québécois. La langue française est notre bien commun.

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LA COMPÉTENCE EN FRANÇAIS DES FUTURS ENSEIGNANTS: FAUT-IL ÊTRE PLUS EXIGEANT?

La compétence en français des futurs enseignantes et enseignants de nos écoles constitue un enjeu important : d’une part, elle marque l’image publique de la profession; d’autre part, elle influe positivement ou négativement, selon le cas, sur la compétence de leurs propres élèves.

Grâce à l’excellente veille que mène le Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE), je viens de découvrir le récent mémoire de maîtrise de Mme Julie Duchesne, intitulé Les erreurs d’orthographe grammaticale dans les rédactions de futurs enseignants (2012).

Quatre-vingt-quatre étudiantes et étudiants en formation des maîtres (qui ne sont pas représentatifs de l’ensemble) ont écrit une rédaction sur un même thème. Soixante-dix étaient des femmes et 68 % avaient entre 20 et 23 ans inclusivement. Ils appartenaient à trois universités du réseau de l’UQ.

Les constats principaux de l’étude sont les suivants :

  • La chercheuse a dénombré 647 erreurs de toute nature dans les 84 copies : orthographe, lexicale, orthographe grammaticale, ponctuation, syntaxe, etc.
  • Les étudiants ont commis en moyenne 7,7 erreurs, les rédactions comptant en moyenne quelque 414 mots.
  • 19 % des erreurs étaient des erreurs d’orthographe grammaticale, soit des erreurs d’accord. Toutefois, 35% n’ont en commis aucune.
  • 25 % des étudiants ont commis 11 erreurs et plus, soit le seuil maximal permis au Test de certification en français écrit pour l’enseignement (TCFÉE);
  • Le pourcentage moyen d’erreurs par rapport au nombre moyen de mots a été de 1,93 %.

La chercheuse n’a pas trouvé « de lien significatif entre l’âge, le sexe, l’année d’étude en cours et les erreurs commises en orthographe grammaticale », ni non plus entre ceux qui avaient ou non passé le teste TCFÉE.

Au premier coup d’œil, les résultats généraux apparaissent relativement satisfaisants (moins de 2 % d’erreurs pour 414 mots). Mais il est plus inquiétant que 25 % de ses sujets aient commis plus d’erreurs que le nombre admissible pour la réussite du TCFÉE. Celle-ci, en effet, est exigée pour la poursuite des études en formation des enseignants.

Comme Mme Duchesne n’a pas trouvé de lien significatif entre les résultats de son épreuve et l’année d’étude, c’est dire qu’il n’y aurait pas progrès à mesure que l’on avance dans le programme de formation. Il vaudrait peut-être lors  faire du test TCFÉE un critère déterminant d’admissibilité au programme.

Mme Duchesne nous apprend aussi qu’il n’existe pas d’études comparables à la sienne. Je suggère vivement que le gouvernement et les universités s’entendent pour valider à grande échelle les intéressants constats de cette dernière.

Cela dit, j’écris ce billet avec la modestie de celui qui

  • aurait fait un cours classique fort s’il n’avait pas tant perdu de points pour ses fautes de français,
  • a rendu fou le correcteur d’épreuves du Devoir et
  • a écrit que grâce au nouveau programme de français de 1979, « la qualité du français pourraient s’améliorer « . Le magazine CROC m’a remis un tee-shirt pour cette « couille d’or »!
  •  retrouve toujours des erreurs dans ses textes une fois ceux-ci publiés!