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L’UNIVERSITÉ : LES BONS, LES MÉCHANTS ET RÉCIPROQUEMENT

Le dernier ouvrage  de Michel Seymour, professeur de philo à l’Université de Montréal, lui a valu la réplique de nRobert Lacroix, ex-recteur de la même université, dans Le Devoir de vendredi et samedi dernier.

J’ai retenu ce paragraphe du second texte de Robert Lacroix:

« Selon certains, il y aurait deux conceptions de l’université. L’université à vocation éducative, qui sert l’intérêt commun et incarne l’égalité des chances. Et l’université entrepreneuriale, qui voit l’éducation comme un produit de luxe et est subordonnée aux intérêts privés. Vous êtes sommés de choisir votre camp. Comme disait W. : « Ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous êtes contre nous. »

Je partage cette observation. Quand on réfléchit à partir des seules idées, il est presque fatal de tomber dans les « modèles théoriques » chimiquement purs. Il est ensuite facile de les opposer, surtout si l’on prétend que deux modèles suffisent à dire toute la réalité. C’est souvent plus complexe.

Il y a quelques semaines à l’école d’hiver de l’Institut du Nouveau Monde, un prof de philo d’un cégep a décrit avec éloquence et le soutien admiratif de l’assistance, « l’université à vocation éducative » en noircissant à souhait l’autre modèle « subordonné aux intérêts privés ».

Les « modèles théoriques » sont fort utiles pour appréhender ensuite le réel, comme la carte géographique est bien commode pour trouver son chemin. C’est pourquoi des directeurs de thèses imposent généralement à leurs étudiants de construire de tels modèles. Mais une fois sur le terrain, ils se rendent compte que la réalité ne correspond pas en tous points au modèle. Ou on l’abandonne ou on le refait, c’est selon, comme tous les géographes refont sans cesse la carte d’un même lieu.

La réalité universitaire est à coup sûr plus complexe que les deux modèles qu’évoque Robert Lacroix. Récemment, Claude Lessard, président du Conseil supérieur, a décrit (et sans « tirer des roches ») au moins quatre modèles d’université actuellement observables à travers le monde.   Mais si l’on pense qu’il n’y en a que deux, il vaut au minimum concevoir ceux-ci comme les deux pôles d’un continuum sur lequel, chaque université, selon son histoire et son évolution, se positionne. À l’usage, il faut au moins reconnaître à la fois la complexité, voire les ambiguïtés des réalités qu’ils prétendent représenter.

Bref, si les idées et les théories sont essentielles au développement des connaissances, elles ne suffisent pas. Elles doivent être validées par l’observation rigoureuse et critique des faits observables.

En 2004, le Conseil supérieur de l’éducation a publié un avis intitulé : « Les universités à l’heure du partenariat ».  Il écrivait : « La question au centre du débat et du présent avis est […] la suivante : le partenariat transforme-t-il la mission universitaire? » J’aime à relire cet avis, parce que la réponse s’articule à la fois sur une conception du partenariat université-entreprise et une analyse rigoureuse de la réalité sur le terrain. Aussi, la réponse donnée à la question initiale a-t-elle été fort nuancée.

Il est possible que l’on ressorte du Sommet sur les universités convaincu qu’il faut recréer le Conseil des universités ou renforcer la mission du Conseil supérieur de l’éducation en ce qui concerne l’enseignement supérieur. Ce serait une très bonne idée : détacher la réflexion des intérêts immédiats des acteurs devrait permettre de retrouver de la rigueur et de sérénité dans nos débats.