Archives pour la catégorie ministère de l’Éducation

Projet de loi 86 – Le centralisme perdure et se renforce

On trouvera sous ce lien le second volet de mon analyse du projet de loi 86, intitulée Le centralisme ministériel perdure et se renforce . Elle paraît dans Le Devoir d’ajour’hui.

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PITIÉ POUR LE MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION

Le Québec célèbre cette année le 50e anniversaire du ministère de l’Éducation. soutenue. La création de cette institution centrale de la société québécoise fut l’objet d’un des plus importants débats du 20e siècle. Elle fut saluée comme une avancée majeure et déterminante pour l’avenir du Québec. Et pour cause.

Depuis mon entrée dans la vie professionnelle en 68, j’en ai observé l’évolution de façon soutenue. Mais une chose n’a pas changé :  le ministère est l’objet d’une perpétuelle contestation, particulièrement dans les médias. On ne saurait s’en surprendre ni s’en désoler puisqu’il fait partie de nos institutions démocratiques. De ce fait, son action est soumise au débat politique. En créant un ministère, c’est très exactement ce que l’on a voulu. Car l’autre volet de l’alternative consistait à laisser l’école aux mains de l’oligarchie cléricale qui depuis 1875 la régissait à l’abri des regards. Elle prétendait, pour se justifier, agir au nom des parents! La droite n’a d’ailleurs toujours pas digéré ce transfert des pouvoirs  à l’État.

Certains éléments du ministère font l’objet de critiques plus virulentes. Gagnon et Foglia, jadis Ouimet, à La Presse, Rioux dans Le Devoir, ou Lacombe à Radio-Canada, Martineau dans le Journal de Montréal, en veulent à ses fonctionnaires, ces  » pédagogues  » anonymes qui concoctent les programmes par compétences, bricolent des bulletins incompréhensibles, abaissent les barèmes d’évaluation, imposent leurs vues aux enseignants à travers leur servile canal de transmission que sont les conseillers pédagogiques.

Les  « lologues » du ministère (et des facultés d’éducation), pensent les chroniqueurs, « enfarinent »  leur ministre. Rapidement, il  perd le contrôle sur ses fonctionnaires, comme s’en est déjà plaint Michèle Courchesne dans une célèbre entrevue avec Lagacé.

N’en pouvant plus, le ministre s’en va ailleurs. Le Québec a connu depuis mai 1964, 27 ministres. Chacun est demeuré en poste moins de deux ans ou un peu plus de 22 mois! Et c’est Claude Ryan qui fait remonter la moyenne : il a dirigé son ministère pendant tout près de cinq ans. Les critiques sur le ministère sont utiles et d’ailleurs incontournables.

Cependant, elles ont en général un défaut commun: elles sont simplistes et répétitives; tout le mal vient de la caste des « lologues » qui anonymement imposent leurs lubies. Pourtant, dans notre temps, c’était beaucoup plus simple et surtout très clair. il n’était question que du « complément circonstanciel », du « plus-que-parfait », de « propositions subordonnées relatives », de « verbes essentiellement pronominaux » ou « accidentellement pronominaux », Dans ce temps-là, tout le monde se comprenait. Oui, monsieur!

L’éducation est en réalité fort complexe. D’abord, parce qu’elle est intrinsèquement liée aux diverses conceptions que se font les citoyens de la vie bonne et donc de ce qu’il convient d’enseigner pour satisfaire leurs aspirations. Or, puisque l’école est publique, il faut s’entendre démocratiquement là-dessus. Ensuite, parce que la manière d’apprendre ou de faire apprendre demeure, malgré des progrès notables, une chose incertaine et continuellement disputée. Et conséquemment, comme le montre la caricature de Côté, mesurer les apprentissages est aussi une entreprise semée d’embûches. L’enjeu est l’efficacité de l’action de l’État en éducation et, dorénavant, l’image de la nation au plan international.

Mais comme tous les citoyens sont passés à l’école, tous partagent une culture en éducation. Et ils sont convaincus que celle qui leur a été transmise  valaient davantage que celle d’aujourd’hui et que le chemin qu’ils ont parcouru est le meilleur, surtout s’ils ont bien réussi!

Ajout: lu après la mise en ligne du présent billet.

Extrait d’un communiqué de la Fédération autonome de l’enseignement publié hier :

«  Les fonctionnaires du Ministère ont déjà démontré leur capacité à dénaturer des décisions politiques qui allaient à l’encontre de leurs croyances. Le rapport Beauchemin-Fahmy-Eid a suscité la grogne de l’appareil ministériel, notamment parce que celui-ci remettait en question les fondements socioconstructivistes qui parasitent non seulement le programme d’histoire au secondaire, mais tout le programme de formation de l’école québécoise. « 

CQFD

L’ADMINISTRATION DE L’ÉDUCATION COÛTE-T-ELLE TROP CHÈRE?

Combien dépense-t-on pour l’administration centrale de l’éducation au MELS. En 2012-2013, dernière année où le ministère était responsable aussi de l’enseignement supérieur, elle a coûté 187 003 millions, soit 1,17% du budget total de ce ministère qui s’élevait à 15 975,5 milliards. Et 1263 fonctionnaires étaient affectés à cette administration. Comme le précise le budget de cette même année, « l’essentiel de ce budget, soit 98,8 %, est affecté à des dépenses de transfert, principalement aux réseaux de l’éducation ».

Le budget du MELS de 2012-13 comprenait en fait sept programmes auxquels on a affecté les sommes suivantes :

  1. Administration et consultation : 187 003 millions,
  2. Organismes dédiés à des programmes de formation spécialisés : 26 020 millions
  3. Aide financière aux études : 568 675 millions
  4. Éducation préscolaire et enseignement primaire et secondaire : 9 002 451 milliards
  5. Enseignement supérieur : 5 118 350 milliards
  6. Développement du loisir et du sport: 63 745 millions
  7. Régimes de retraite : 1 009 283 milliard

Total : 15 975 529 milliards

Pour l’année en cours, le budget du MELS, délesté de l’enseignement supérieur, est passé à 10 205 363,9 milliards  dont 138 023,7 affectés à l’administration, soit 1,35%. La part du lion est allée aux transferts aux commissions scolaires soit 9 141 354,8 milliards ou 89,6%.

Au coût de l’administration centrale de l’éducation, il faut ajouter  la portion du budget des commissions scolaires et des établissements de l’enseignement supérieur qui va aussi à l’administration.

Dans un rapport publié en 2010, le Vérificateur général a constaté que les dépenses administratives des sièges sociaux des commissions scolaires (à l’exclusion donc de celles des écoles elles-mêmes) s’élevaient deux ans plus tôt à près de 6% de leurs dépenses totales. La Fédération des commissions scolaires confirme ce constat. Elle estime que ces coûts de gestions sont « les plus bas […] pour une administration publique depuis 1998-1999 ».

Le Québec paie-t-il trop cher pour l’administration de l’éducation en comparaison avec les autres provinces canadiennes ou d’autres pays? La différence des systèmes scolaires et des méthodes comptables explique sans doute pourquoi je n’ai rien trouvé qui aurait permis de répondre à la question.

(Ajout. Sur la base d’un calcul provisoire, en divisant le coût total de l’administration des commissions scolaire s en Ontario et au Québec par le nombre d’élèves, il en coûte 694 dollars par élève chez nos voisins contre 445 dollars ici. Il existe par ailleurs un plus grand nombre de commissions scolaires en Ontario en raison d’un double système confessionnel (et neutre) et linguistique. Le cursus est de même de 13 ans en Ontario et de 12 au Québec en comptant l’éducation préscolaire. La prudence est donc de mise.)

Par ailleurs, la CAQ réitérait en fin de semaine son intention d’abolir les commissions scolaires en vue d’augmenter les dépenses pour les services directs aux élèves. Dès lors, l’administration des écoles reviendrait en partie au MELS et en partie aux écoles elles-mêmes dans une proportion qui n’a pas encore été chiffrée.

Le pari de la CAQ est qu’en confiant aux directions régionales du MELS (du moins je le suppose) certaines des fonctions administratives actuelles des commissions scolaires, on dégagerait des ressources pour les services directs aux élèves. Mais on ne sait pas combien au juste. Au surplus, on ne prend pas en compte  le fait que l’on remplacerait  par des fonctionnaires des gouvernements régionaux élus, abolissant ainsi une tradition qui remonte à 1829 et confirmée en 1841. Mais c’est un autre débat néanmoins incontournable. Et il est loin d’avoir été mené à bout.

Cela dit, la proposition de la CAQ d’abolir la taxe foncière scolaire, qui touche les revenus et non les dépenses,, n’est pas sans intérêt. D’ailleurs le gouvernement actuel flirte avec l’idée. Cette taxe a vu le jour dans le Québec rural au milieu des années 1840. Elle me paraît un anachronisme. Il se peut que les commissions scolaires y tiennent, notamment parce qu’elle justifie l’élection des commissaires. La question est de savoir comment on remplacerait le manque à gagner. La CAQ soutient qu’on réduira d’autant les dépenses en coupant davantage dans l’administration. C’est facile à dire, mais je me méfie de la pensée magique.