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PITIÉ POUR LE MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION

Le Québec célèbre cette année le 50e anniversaire du ministère de l’Éducation. soutenue. La création de cette institution centrale de la société québécoise fut l’objet d’un des plus importants débats du 20e siècle. Elle fut saluée comme une avancée majeure et déterminante pour l’avenir du Québec. Et pour cause.

Depuis mon entrée dans la vie professionnelle en 68, j’en ai observé l’évolution de façon soutenue. Mais une chose n’a pas changé :  le ministère est l’objet d’une perpétuelle contestation, particulièrement dans les médias. On ne saurait s’en surprendre ni s’en désoler puisqu’il fait partie de nos institutions démocratiques. De ce fait, son action est soumise au débat politique. En créant un ministère, c’est très exactement ce que l’on a voulu. Car l’autre volet de l’alternative consistait à laisser l’école aux mains de l’oligarchie cléricale qui depuis 1875 la régissait à l’abri des regards. Elle prétendait, pour se justifier, agir au nom des parents! La droite n’a d’ailleurs toujours pas digéré ce transfert des pouvoirs  à l’État.

Certains éléments du ministère font l’objet de critiques plus virulentes. Gagnon et Foglia, jadis Ouimet, à La Presse, Rioux dans Le Devoir, ou Lacombe à Radio-Canada, Martineau dans le Journal de Montréal, en veulent à ses fonctionnaires, ces  » pédagogues  » anonymes qui concoctent les programmes par compétences, bricolent des bulletins incompréhensibles, abaissent les barèmes d’évaluation, imposent leurs vues aux enseignants à travers leur servile canal de transmission que sont les conseillers pédagogiques.

Les  « lologues » du ministère (et des facultés d’éducation), pensent les chroniqueurs, « enfarinent »  leur ministre. Rapidement, il  perd le contrôle sur ses fonctionnaires, comme s’en est déjà plaint Michèle Courchesne dans une célèbre entrevue avec Lagacé.

N’en pouvant plus, le ministre s’en va ailleurs. Le Québec a connu depuis mai 1964, 27 ministres. Chacun est demeuré en poste moins de deux ans ou un peu plus de 22 mois! Et c’est Claude Ryan qui fait remonter la moyenne : il a dirigé son ministère pendant tout près de cinq ans. Les critiques sur le ministère sont utiles et d’ailleurs incontournables.

Cependant, elles ont en général un défaut commun: elles sont simplistes et répétitives; tout le mal vient de la caste des « lologues » qui anonymement imposent leurs lubies. Pourtant, dans notre temps, c’était beaucoup plus simple et surtout très clair. il n’était question que du « complément circonstanciel », du « plus-que-parfait », de « propositions subordonnées relatives », de « verbes essentiellement pronominaux » ou « accidentellement pronominaux », Dans ce temps-là, tout le monde se comprenait. Oui, monsieur!

L’éducation est en réalité fort complexe. D’abord, parce qu’elle est intrinsèquement liée aux diverses conceptions que se font les citoyens de la vie bonne et donc de ce qu’il convient d’enseigner pour satisfaire leurs aspirations. Or, puisque l’école est publique, il faut s’entendre démocratiquement là-dessus. Ensuite, parce que la manière d’apprendre ou de faire apprendre demeure, malgré des progrès notables, une chose incertaine et continuellement disputée. Et conséquemment, comme le montre la caricature de Côté, mesurer les apprentissages est aussi une entreprise semée d’embûches. L’enjeu est l’efficacité de l’action de l’État en éducation et, dorénavant, l’image de la nation au plan international.

Mais comme tous les citoyens sont passés à l’école, tous partagent une culture en éducation. Et ils sont convaincus que celle qui leur a été transmise  valaient davantage que celle d’aujourd’hui et que le chemin qu’ils ont parcouru est le meilleur, surtout s’ils ont bien réussi!

Ajout: lu après la mise en ligne du présent billet.

Extrait d’un communiqué de la Fédération autonome de l’enseignement publié hier :

«  Les fonctionnaires du Ministère ont déjà démontré leur capacité à dénaturer des décisions politiques qui allaient à l’encontre de leurs croyances. Le rapport Beauchemin-Fahmy-Eid a suscité la grogne de l’appareil ministériel, notamment parce que celui-ci remettait en question les fondements socioconstructivistes qui parasitent non seulement le programme d’histoire au secondaire, mais tout le programme de formation de l’école québécoise. « 

CQFD

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4- La valorisation de l’éducation dans les sondages d’opinion publique

La valeur d’une chose renvoie, écrivais-je dans le premier billet de cette série, à son prix sur le marché, à sa qualité intrinsèque ou à l’importance qu’on lui accorde. De très nombreux sondages permettent de le constater.

L’importance de l’éducation

Les sondages portant sur l’importance de l’éducation sont sujets à caution parce qu’ils font appel à la désirabilité sociale. Ainsi, en 2011, la Fondation Chagnon  a demandé aux Québécois: « Selon vous, est-il important ou non…

  • d’assurer une bonne connaissance de la lecture, de l’écriture et des mathématiques?
  • d’acquérir les habiletés pouvant mener à l’obtention d’un bon emploi?
  • De développer une attitude disciplinée par rapport aux études ?
  • D’acquérir les habiletés permettant de fréquenter un collège ou une université? ».

Entre 92% et 98% ont répondu : oui! Évidemment!

Plus pertinentes et plus informatives sont les questions qui obligent à juger de l’importance relative de divers éléments ou de les hiérarchiser. Ainsi, révèlent systématiquement les sondages, on  accorde  plus d’importance à l’apprentissage du français et des mathématiques qu’aux arts et l’enseignement de la religion.

Plus révélatrices encore sont les questions qui permettent de comparer l’importance accordée à l’éducation en regard d’autres aspects. Ainsi, la même Fondation Chgnon a en septembre dernier posé la question suivante : « Parmi les éléments suivants sur lesquels nos décideurs publics pourraient travailler au cours des prochaines années, lequel devrait constituer une priorité? » Chaque répondant devait choisir dans une première liste de quatre éléments le plus important des quatre et le moins important. L’opération a été reprise plusieurs fois de manière à ce que tous les éléments soient ainsi comparés à tous les autres. Voici le résultat:

  • La santé : 25%
  • L’éducation : 19%
  • Le niveau de taxation et d’impôt : 13%
  • La pauvreté : 13%
  • Le chômage : 12%
  • Les changements climatiques : 7%
  • La violence : 6%
  • La petite enfance : 5%

L’éducation a donc été choisie comme l’élément le plus important dans 19% des cas. Cette réponse est-elle satisfaisante? Peut-être pas. En 2010, la Fédération autonome de l’enseignement a invité les répondants à se prononcer sur l’affirmation suivante: « Le gouvernement pose déjà assez d’actions pour la promotion et la valorisation de l’école publique. » 56% se sont dits en désaccord.

De son côté, la Centrale des syndicats du Québec a demandé en 2006 : «  Diriez-vous que le présent gouvernement du Québec accorde suffisamment d’importance à l’éducation, trop ou pas assez? » 70% ont répondu : « Pas assez ». Si ces réponses ont pu réconforter les syndicats dans leurs revendications, elles étaient en revanche peu engageantes pour les répondants. J’y reviendrai.

La qualité de l’éducation

En 2008, la Fédération des commissions scolaires du Québec a posé cette question : « De façon générale […], diriez-vous que les écoles PRIMAIRES du Québec sont:

  • de très bonnes écoles;
  • d’assez bonnes écoles;
  • des écoles plutôt mauvaises;
  • de très mauvaises écoles ? »

La bonne nouvelle est qu’au total 92% ont répondu positivement. La moins bonne est que 72% ont dit : « d’assez bonnes écoles ». Bref, un jugement de valeur  plutôt mitigée : c’est l’équivalent d’un D, au mieux d’un C !

Claude Lessard qui préside le Conseil supérieur de l’éducation a fait remarquer aux Grandes Rencontres que l’école publique est dévalorisée par rapport à l’école privée. Les sondages lui donnent raison. En 2008, Le Devoir a demandé aux Québécois : « Selon vous, laquelle de l’école privée ou de l’école publique offre aux jeunes la meilleure formation ? » 55% ont répondu : l’école privée et 33% ont dit que la qualité était la même. Cette tendance est une constante.

La valeur marchande de l’éducation

La valeur de l’éducation équivaut au prix qu’il en coûte à l’État et donc aux citoyens pour se la procurer. Évidemment, il ne s’agit pas à proprement parler d’une valeur « sur le marché » puisque l’État est en situation de quasi-monopole. Il faut plutôt parler de sa capacité de payer, mais aussi des choix prioritaires qu’il fait entre ses différentes missions. Certes, les sondages sur les priorités gouvernementales ne font pas directement référence aux choix budgétaires. Quoi qu’il en soit, l’éducation ne tient généralement pas la première place. Loin de là: généralement, moins de 10% lui accordent la première place.  

Quand la Fondation Chagnon a demandé en 2011 aux Québécois s’ils seraient disposés à « payer plus d’impôt afin d’améliorer le système d’éducation au Québec », elle a frappé cette fois dans le mile: 40% ont répondu oui. C’est pas mal. Pourtant, 70% ont déjà répondu que le même gouvernement n’accordait pas suffisamment d’importance à l’éducation. Bref, on est pour le bien, à la condition  que cela ne fasse trop  mal à son porte-monnaie!

L’ensemble de ces résultats laisse perplexe. Pour ma part, la donnée la plus révélatrice de tous ces sondages porte sur le jugement que portent les Québécois sur la valeur qualitative de l’école publique. Et celle-ci est à leurs yeux plutôt, disons, ordinaire.

Note: on pourra pour une vision générale des sondages publiés avant 2009 consulté la banque de données opineduq.ca téléchargeable sur PC. Une édition nouvelle accessible directement en ligne sera disponible au printemps 2014.

Demain: 5- La valorisation de l’éducation en chiffres