Archives pour la catégorie participation des parents

2- LES INDICATEURS DE VALORISATION DE L’ÉDUCATION DANS NOS ENVIRONNEMENTS IMMÉDIATS

Les premiers indicateurs de la qualité de l’éducation autant que de son importance s’observent dans le discours et les pratiques au sein des milieux où chacun vit.

Ainsi, s’agissant de la qualité de l’éducation, les parents cherchent à se faire une opinion sur telle ou telle école, sur tel ou tel enseignant. Ils questionnent parents, amis, collègues à cet égard. Ils consultent les encarts publicitaires dans les journaux et les palmarès. Ils fréquentent les « portes ouvertes », etc.

D’autres indices témoignent plutôt de l’importance de l’éducation. Ainsi, bien des parents aident leurs enfants à faire leur devoir ou regrettent de ne pas le faire suffisamment en raison de leurs horaires de travail chargés. Néanmoins, ils scrutent leurs bulletins, se présentent aux rencontres avec les enseignants, portent attention à l’agenda de leurs enfants et aux messages qu’ils y trouvent.

L’attrait de l’école privée et des filières particulières, voire sélectives, à l’école publique, traduit à la fois comment les parents, surtout au sein des classes moyennes, accordent à la fois de l’importance à l’éducation, mais en même temps à sa qualité. Mais cet attrait révèle aussi  leurs inquiétudes. 

Le choix massif des parents et des adolescents pour la formation générale au secondaire plutôt qu’à la formation professionnelle constitue aussi un autre indicateur de la valeur personnelle et sociale de l’enseignement supérieur. Il  demeure pour beaucoup l’idéal à atteindre. La mobilisation étudiante du printemps érable, malgré ses ambiguïtés, en témoigne aussi.

La crainte partagée par 38% des parents (selon le récent sondage Léger Marketing mené par la Fondation Chagnon) de voir leurs enfants décrochés de l’école fournit à sa manière un indice des avantages que procure l’éducation. Et la proportion grimpe à 55% chez ceux et celles dont le revenu du ménage est de 20 000$ et moins. L’éducation n’est donc pas une valeur partagée par les seuls mieux nantis. La guerre déclarée au décrochage qui rallie maintenant une très large coalition d’acteurs, aussi bien au sein des institutions d’éducation que dans la société civile,  est éloquente. Les troisièmes Grandes rencontres sur la persévérance scolaire qui réunissaient, début de semaine, quelque 1400 personnes marquent à cet égard un sommet. L’objectif  d’atteindre en 2020 un taux de diplomation à l’ordre secondaire de 80% avant l’âge de 20 ans constitue sans conteste un indice significatif de nos aspirations. Et il est en voie de réalisation grâce aux efforts soutenus et coalisés du milieu.

D’autres signes sont révélateurs. Ainsi, les prix d’excellence de toutes sortes se multiplient. De nouveaux blogues apparaissent chaque semaine, dont certains créés par les élèves comme outils pédagogiques. De même, la société civile voit naître en son sein de multiples associations à caractères éducatifs qui font la promotion de l’éducation. L’émergence relativement récente chez nous de quelques grandes fondations consacrées à la promotion de l’éducation participe au même mouvement. À leurs manières, les critiques médiatiques, pas toujours fondées, de notre système d’éducation rendent compte de l’importance qu’on lui attache.

On ne saurait toutefois tomber dans un optimisme béat. Ainsi, chez les parents, l’intérêt certain pour l’éducation revêt  presque exclusivement un caractère individuel. En témoigne leur peu de participation aux élections chargées d’élire leurs représentants au sein des conseils d’établissement. Il en est de même pour l’absence même d’« organismes de participation des parents » dans nombre d’écoles. De même. les taux faméliques aux élections scolaires en est venu à constituer un enjeu touchant l’existence même des commissions scolaires.

Surtout, l’école comme le faisait remarquer mercredi, Claude Lessard, président du Conseil supérieur de l’éducation, pour l’heure, c’est l’école privée qui est valorisée dans l’opinion alors que l’école publique est dévalorisée. D’ailleurs, ajouterai-je, les commissions scolaires ont inventé toutes sortes de filières pour concurrencer (donc ajouter de la valeur) l’école privée au sein des écoles qu’elles administrent. Cela tient sans doute au mauvais départ que l’école secondaire a connu lors de son explosion à la fin des années 60.

Au total, néanmoins, ce bilan des indicateurs informels sur la qualité et l’importance de l’éducation m’apparaît largement positif.

Lundi : La valorisation de l’éducation dans les médias.

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L’AUTONOMIE DES ÉL’COLES ET L’INFLUENCE DES PARENTS: DES GAINS D’APRÈS 1960

Note: J’avais préparé le billet suivant que j’ai décidé d’envoyer au Devoir. Il a été publié ce matin sous une forme légèrement différente.

Le texte de samedi dernier de Vincent Geloso concernant l’intervention de l’État en matière d’éducation pendant la Révolution tranquille, continue de susciter les réactions. Geloso a d’ailleurs un carnet web où il a commencé à répliquer à ses contradicteurs.

J’ajoute donc mon « fion », mais sur un seul point qui m’a fait tiquer, d’autant que j’ai déjà lu ailleurs la même affirmation. Il écrivait samedi :

« Entre 1945 et 1960, l’État québécois intervenait très peu dans le domaine de l’éducation. Les écoles étaient largement autonomes et les parents avaient une influence importante sur le parcours scolaire de leurs enfants. »

Certes, l’État lui-même n’intervenait que très peu. Et pour cause! Depuis 1875, il avait abdiqué ses responsabilités en matière d’éducation en en confiant totalement la gouverne aux Églises catholique et protestante. La première était  représentée par le Comité catholique du Conseil de l’instruction publique et la seconde par le Comité protestant. Au plan exécutif, tout passait par le Département de l’instruction publique et son surintendant  que le frère Untel qualifiera malicieusement « Dieu le père qui est à Québec ».

En fait, les règlements, les instructions, les programmes scolaires édictés par ces instances étaient extrêmement pointus et détaillés; ils ne laissaient fort peu de marge de manœuvre aux enseignants et enseignantes. Chacun savait à la semaine près ce qu’il devait enseigner et comment le faire grâce aux programmes « catalogues » qui leur étaient imposés. Et les inspecteurs d’école étaient là pour s’assurer que tous marchaient  dans le droit chemin. Il en allait de même dans les écoles normales soumises aux diktats de ces mêmes instances. En fait, l’autonomie dont jouissent maintenant les enseignants, en vertu même de la Loi sur l’instruction publique, n’a rien à voir avec ce qu’ont connu leurs aînés.

Pour ce qui est de l’« influence importante » qu’auraient exercée les parents d’avant 1960, là aussi Geloso se trompe.  Aucun organe ne les représentait. Cela viendra à compter de 1971 quand on créera les comités d’école sous la recommandation du rapport Parent avec l’appui du Conseil supérieur de l’éducation. Les conseils d’orientation verront le jour autour de 1979-80 et les conseils d’établissements en 1987-88. Ils y exercent maintenant conjointement un pouvoir limité, mais significatif sur la vie des écoles.

Ils n’avaient  par ailleurs aucun droit de représentation, en leur titre de parents, au sein des commissions scolaires : seuls votaient les propriétaires fonciers. Au surplus à Montréal et Québec, les commissaires seront nommés par l’archevêque, la municipalité et le gouvernement jusqu’en 1973, date de l’instauration généralisée du suffrage universel. Ce n’est qu’en 1960 que Paul-Gérin Lajoie fera adopter une loi accordant, hors Montréal et Québec, le droit de vote aux parents ayant des enfants de 18 ans et moins.

Bref, le droit des parents de participer activement à la vie de l’école et celui des enseignants à l’autonomie professionnelle est le résultat d’une lente évolution dont on retrouve quelques traces dans les années 50. Ce droit sera promu par le rapport Parent des années 60 et consacré progressivement depuis par des lois de l’Assemblée nationale.