Archives pour la catégorie priorité gouvernementale

5- LA VALORISATION DE L’ÉDUCATION: LE PRIX QUE LE QUÉBEC Y MET

La valorisation de l’éducation passe ultimement par le prix que collectivement le Québec est disposé à payer pour ce bien. Quel est ce prix? On trouve la réponse dans les Indicateurs de l’éducation -Édition 2012 que publie annuellement le ministère de l’Éducation*.

Une des grandes réalisations de la Révolution tranquille est d’avoir investi massivement en éducation à la suite du rapport Parent paru il y a cinquante ans. Le portrait a  bien changé depuis. En 2011-2012, l’État québécois a en effet dépensé 15,5$ milliards pour l’éducation l’équivalent de 25,4% de ses dépenses totales. Telle est la plus récente mesure de nos efforts collectifs.

Toutefois, cette proportion a continuellement baissé, car elle était de 27,3% en 1997. En fait, toutes les autres missions de l’État ont connu une diminution. Seules les dépenses de la santé et des services sociaux ont fait un bond important : leur part est passée de 37,2% à 47,6%. Cet accroissement, soit dit en passant, reflète bien les attentes des Québécois qui, dans les sondages d’opinion, accordent constamment la priorité à cette mission.

Par ailleurs, en se comparant, on se console:  la part du PIB dévolue à l’éducation est en effet plus importante au Québec qu’ailleurs. De fait, en 2009-2010, le Québec y a consacré 7,7%, soit contre 6,7% dans le reste du Canada  et plus que l’Ontario (6,9%). Néanmoins la consolation est mince:, cette part a diminué partout.  En 1995, elle était chez nous à 8,1% au Québec contre 7% dans les autres provinces. 

Les statisticiens du MELS écrivent à ce propos :

« […] pour expliquer pourquoi le Québec a investi une plus grande part de son PIB dans l’éducation que le reste du Canada en 2009-2010, on peut considérer les quatre facteurs suivants :

  • la dépense globale par étudiant,
  • la richesse collective (définie par le PIB par habitant),
  • le taux de fréquentation scolaire (défini par la proportion que représente l’effectif scolaire total dans la population des 5 à 24 ans)
  • et le facteur démographique (défini par la proportion que représentent les jeunes de 5 à 24 ans dans la population totale). »

Par ailleurs, en chiffres absolus, le Québec dépense moins pour chaque élève inscrit dans les commissions scolaires que dans les autres provinces, soit 11 404$ contre 12 292$.  En revanche, la « dépense globale d’éducation par élève par rapport au PIB par habitant » est supérieure au Québec, soit 27,1% contre 26% ailleurs.

Cela dit, et il faut le noter, en dollars constants, la dépense globale par élève a augmenté de 20% entre 2004 et 2009, passant de 9500$ à 11 404$. 

Les choix découlant des conventions collectives ont aussi un impact sur le coût de l’éducation. Ainsi, le Québec compte au primaire et au secondaire 14,3 élèves par enseignant ,en baisse  depuis 1997 où le rapport était de 16,5. En revanche, le salaire moyen d’un enseignant était au Québec de 59 181$ contre 67 527$ ailleurs. Ce qui, estime le MELS,  est aussi un reflet du coût de la vie  plus bas ici qu’ailleurs.

Que retenir de ces multiples données ?

Le Québec diminue sans cesse ses dépenses en éducation au profit de la santé. Cela ne va pas cesser de sitôt, bien au contraire. La part cependant de notre richesse collective consacrée à l’éducation n’a heureusement pas diminué. Elle a même augmenté légèrement. La dépense globale par élève a augmenté significativement. Et quand on compare le Québec aux autres provinces, notre sort reste enviable.

Le budget consacré à l’éducation reflète ultimement nos choix collectifs, lesquels toutefois ne sont pas totalement libres. Le vieillissement de la population explique sans doute pour une bonne part la hausse du coût de la santé et la priorité que l’État lui accorde.

Quand François Legault répétait en campagne électorale qu’il voulait faire de l’éducation LA priorité, sans doute voulait-il dire qu’il voulait renverser la tendance observée depuis dix ans. Hélas, le budget de l’État n’obéit pas qu’aux désidérata des militants et de leurs chefs réunis en congrès. Il est aussi le reflet de contraintes structurelles incontournables.

Mais le budget est aussi le résultat du rapport des forces sociales. Celles-ci s’exercent de bien des manières. Le « printemps érable » en fut une manifestation majeure. Les Grandes Rencontres sur la persévérance scolaire en furent une autre tout aussi importante. La persévérance au secondaire se situe en amont de  l’enseignement supérieur. Elle mérite donc tout autant l’attention du gouvernement même si elle fut moins longue et moins tapageuse.

Que conclure à propos de la valorisation de l’éducation au Québec? Je n’ose le faire moi-même étant encore trop collé sur les courtes analyses proposées dans ces cinq derniers. J’invite plutôt les lecteurs a prolongé la réflexion ici-même.

* Pour l’interprétation complète et officielle des données qui suivent et qui sont forcément résumées, le lecteur est invité à prendre connaissance du texte intégral du document ministériel.

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L’ÉDUCATION, UNE PRIORITÉ GOUVERNEMENTALE? HÉLAS NON!

La Fédération des comités de parents du Québec relançait hier l’appel de la Coalition priorité éducation à signer une pétition à l’Assemblée nationale «  visant à faire de l’éducation une véritable priorité nationale au Québec 

J’ai, hélas, une mauvaise nouvelle pour les promoteurs de cette pétition. J’ai collectionné  une dizaine de  sondages tenus entre 1993 et 2006 et relatifs aux priorités que, d’après les Québécois, notre gouvernement devait se donner. Hélas, l’éducation n’a jamais reçu plus de 10% d’appuis pour une  moyenne de 6,6%, loin derrière la santé et l’emploi. La tendance était tellement lourde que je parierais que rien depuis cinq ans n’a changé à cet égard.

Je témoignais il y a quelques années devant la commission parlementaire sur l’éducation et leur ai transmis ces données. Les députés en étaient restés estomaqués. En une autre occasion, devant un parterre de sous-ministres et de présidents d’organismes gouvernementaux, j’ai respectueusement dit au premier ministre Charest (qui venait exposer les priorités de son gouvernement) qu’il se trompait.

S’il voulait une économie forte, un système de santé efficace, ai-je plaidé, il faut surtout un système d’éducation qui permet de développer le plein potentiel de chacun de ses citoyens. Pourtant, il est très difficile pour un ministre de l’Éducation de convaincre ses collègues, et en particulier le ministre des Finances, de ne pas couper en éducation.

C’est pourtant simple à comprendre : l’éducation dans une société, c’est une compétence transversale!