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LA QUALITÉ DE LANGUE PARLÉE EST-ELLE UNE VALEUR PARTAGÉE AU SEIN DE LA PROFESSION ENSEIGNANTE?

Je recevais hier une invitation à un séminaire portant sur la compétence des enseignants à communiquer oralement. Il est organisé par la Chaire de l’Unesco de développement curriculaire que dirige Stephan Tran à l’UQAM.

L’acquisition de cette compétence m’a toujours obsédé. Pendant mon séjour à la faculté des sciences de l’éducation, et plus particulièrement comme directeur du Centre de formation initiale des maîtres, j’ai toujours insisté tant auprès de mes étudiants que de mes collègues sur cette dimension essentielle de la profession enseignante.

Mon obsession est née dans ma famille. Mon père se faisait fort de reprendre ses enfants, en particulier en ce qui a trait à l’usage des anglicismes ou des mots anglais qui émaillaient nos conversations. Il fut lui-même professeur en formation des maîtres à l’École normale puis à l’UdeS. Ses convictions sur la qualité de la langue parlée ont dû rejaillir aussi sur ses étudiants.

Pour ma part, pendant mes années à l’UdeM, j’ai dû constater, hélas, qu’à cet égard, la partie n’était pas gagnée. J’ai entendu souvent des conversations d’ascenseur qu’il aurait fallu, si elles avaient été enregistrées et filmées, accompagner de sous-titres!

J’avais pourtant la loi de mon côté. Le régime pédagogique de l’enseignement primaire et secondaire précise en effet que «  l’école doit prendre les mesures nécessaires pour que la qualité de la langue écrite et parlée, dans l’apprentissage et dans la vie de l’école, soit le souci de chaque enseignant, quelle que soit la matière enseignée, et de tous les membres du personnel de l’école ».

Les bras me sont tombés un jour où, faisant part à mes étudiantes et étudiants de cet article, certains décidèrent de contester vigoureusement ma vision des choses au motif que l’on ne pouvait, à l’oral du moins, définir ce qu’est une langue de qualité. Nous avons eu ce matin-là un chaud débat en classe.

Cette même année-là, je crois, j’écoutais à la radio l’émission : « 526-ADO ». Deux cousines sénégalaises, l’une née à Montréal, l’autre à Dakar, discutaient de choses et d’autres. Je n’ai eu aucune difficulté à distinguer la première de la seconde… Comment expliquer que les écoles d’une ex-colonie française, pas très riche et au surplus multilingue, réussissent à transmettre à l’oral une langue de haut niveau alors que l’école québécoise y arrive si peu?

J’ai mon hypothèse : je ne suis pas certain que le corps enseignant dans son ensemble ait fait de la qualité de langue orale une valeur profonde de sa profession. Autrement, on l’aurait su et …entendu.

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Voici en tout cas, pour les intéressés, la proposition de séminaire :

La compétence à communiquer oralement est souvent laissée-pour-compte dans les interventions en contexte universitaire de formation à l’enseignement par manque de temps, de connaissances ou en raison du nombre de plus en plus élevé d’étudiants par groupe-cours […] Pour assurer le développement de cette compétence essentielle aux futurs enseignants, il était important de cibler des actions à l’intérieur même de l’organisation globale du programme établi, ici le programme d’éducation préscolaire et d’enseignement primaire de l’UQAM, afin de favoriser la responsabilisation des étudiants dans leurs apprentissages. C’est donc dans ce cadre que des grilles d’autoévaluation et de coévaluation de la compétence à communiquer oralement ont été élaborées. Dans cette communication, nous présenterons sommairement la problématique de l’oral au programme d’éducation préscolaire et enseignement primaire à l’UQAM pour ensuite situer l’apport d’une approche-programme comme solution à la problématique de l’oral. Les principes d’autoévaluation et de coévaluation seront exposés brièvement avant de présenter les grilles, ainsi que leurs étapes d’élaboration et de mise à l’essai. Mots clés : compétence orale, situation d’apprentissage et d’évaluation, grilles d’autoévaluation et de coévaluation, approcheprogramme

Questions de discussion :

1) Une progression des objets de l’oral, plus largement des objets à enseigner en formation initiale, est-elle nécessaire pour assurer une cohérence dans une approche-programme ?

2) L’approche-programme : quel est son rôle dans le développement de la compétence orale des étudiants ?

3) Comment peut-on démontrer l’efficacité du développement de la compétence orale chez les étudiants ?

4) Les grilles d’autoévaluation et de coévaluation : comment s’assurer qu’elles soient intégrées ou employées par les formateurs d’enseignants ? comment forme-t-on les étudiants à utiliser ces grilles ?

5) Les familles de situation en contexte de pédagogie universitaire : En quoi les familles de situation permettent-elles de porter un jugement professionnel sur la compétence orale? De quelle façon, les familles de situation peuvent-elles favoriser le développement optimal des compétences à l’oral dans un contexte universitaire ?

Pour plus d’informations : Stephanie Tran [tran.stephanie@uqam.ca] de la Chaire de l’Unesco de développement curriculaire (CUDC) et pour s’inscrire : vincent.veronique@uqam.ca