Archives pour la catégorie réussite scolaire

ET SI LA RÉFORME N’Y ÉTAIT POUR RIEN DANS L’«ÉCHEC» DE LA RÉFORME

Les médias – surtout les chroniqueurs – ont réglé d’un vif trait de plume la réforme, rebaptisée « renouveau pédagogique », amorcée et poursuivie depuis 15 ans : c’est un échec, ont-ils écrit en chœur. À leurs yeux, la recherche menée à l’Université Laval par le professeur Simon Larose et son équipe leur en a fourni une preuve évidente, indéniable, éclatante : les deux cohortes d’étudiants du secondaire soumis à la réforme ont moins bien réussi à des tests de français et de mathématique que ceux qui ne l’ont pas connue.

Pourtant une question toute simple se pose :

  • Dans quelle mesure la réforme a-t-elle été appliquée?

Cette question posée, une seconde surgit?

  • Est-ce bien le fait d’avoir été soumis à la réforme qui explique les différences aux résultats en français et en mathématique ?

Les enseignants étaient évidemment les mieux placés pour répondre à cette question. Or, surprise : ils n’ont pas participé à la recherche. Renseignement pris, M. Larose confirme la rumeur :

« Il s’agit d’une décision politique. Nous avons développé un questionnaire pour les enseignants et, dans le devis initial, ce questionnaire devait être envoyé à des milliers d’enseignants. Les représentants syndicaux à la Table de pilotage d’alors ont cherché à transformer complètement ce questionnaire (ils étaient alors en période de négociation de convention) et le ministère n’était pas d’accord avec les orientations des représentants syndicaux. Le sous-ministre de l’époque a pris la décision que l’étude démarrerait sans les enseignants. J’ai proposé tout de même d’aller de l’avant avec la version initiale du questionnaire sans l’accord de la partie syndicale (en établissant mes propres contacts avec les écoles) mais le sous-ministre en a décidé autrement. »

Les données sur l’adhésion et de la mise en oeuvre de la réforme viennent donc essentiellement des directions d’établissement. C’est ce que nous apprend une des annexes du rapport. Ce n’est pas rien, mais c’est moins bon! Car, une fois la porte de classe fermée, il est bien difficile de savoir ce qui s’y passe réellement.

Néanmoins, voici en bref ce que révèlent les observations et/ou les perceptions des directeurs d’école.

  • 25,6 % des écoles ont connu une forte adhésion aux principes du renouveau pédagogique (RP) et une implantation avancée;
  • 26,7 %, une forte adhésion aux principes du RP et une implantation modérée;
  • 47,8 % une adhésion moyenne aux principes du RP et une implantation modérée.

En somme, aux dires des directions, un quart seulement des écoles ont vraiment implanté la réforme! Dans 75%, ce fut « modéré ».

Les questions portaient sur huit dimensions, les unes sur l’adhésion au RP, les autres sur leur application. Les voici classées en fonction du score moyen obtenu (sur 4) :

Adhésion :

  •  3,10 : Adhésion générale des enseignants au renouveau pédagogique (RP).
  •  3,04 : Adhésion à un programme de formation axé sur le développement de compétences transversales et disciplinaires.
  • 2,82 : Adhésion à l’organisation pédagogique par cycles d’apprentissage pluriannuels.
  • 2,98 : Adhésion à une offre de parcours diversifiés aux élèves du 2e cycle (parcours de formation générale, parcours de formation générale appliquée et parcours de formation axée sur l’emploi).

 Application

  •  3,54 : Application conforme des programmes de mathématique, d’histoire et éducation à la citoyenneté et de français ou d’anglais, langue d’enseignement. 
  • 2,89 : Intégration des domaines généraux de formation dans le vécu de l’école.
  •  2,85 : Implantation des programmes des services éducatifs complémentaires.
  •  2,35 : Intégration des compétences transversales lors de la planification des activités et des services de l’école.

Les 26% d’écoles ayant connu une forte adhésion et une implantation avancée sont celles dont le score moyen sur 4 à chacune de ces dimensions a été supérieur à 3. La différence des scores moyens avec les deux autres groupes est statistiquement significative.

Mais, nouvelle surprise : « L’analyse des données n’a révélé aucune différence significative pour les variables liées au cheminement et au rendement scolaires des élèves »!

Conclusion : l’écart réel observé aux résultats scolaires entre les élèves qui ont vécu la réforme et ceux qui ne l’ont pas connu ne dépend pas de la réforme. En tout cas, l’étude ne démontre pas cela.

Et on lit cette conclusion étonnante : « Finalement, on peut également mettre en doute la validité de documenter l’implantation du RP à partir du seul point de vue des directions d’école. Il est possible que leur façon de voir l’implantation du RP dans leur milieu ne traduise pas exactement la réalité vécue en raison de leur propre engagement dans ce processus. »

Cela dit, l’étude et la discussion sur la pertinence de chacun des éléments de cette réforme peuvent, sinon doivent continuer. On se souviendra seulement qu’on ne peut leur attribuer a priori l’échec de la réforme.

Dérailleurs, ce débat est déjà bien amorcé à partir d’un autre point de vue plus qualitatif, mais non moins informatif. Il faut en effet absolument lire le dernier rapport annuel du Conseil supérieur de l’éducation : Pour l’amélioration continue du curriculum et des programmes d’études. Au-delà de l’analyse à bien des égards désolante des péripéties qui ont marqué la réforme, on y lira surtout des orientations pertinentes sur un avenir éducatif qui ne doit pas rester bouché.

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« CHAPEAU LES FILLES »! D’ACCORD. MAIS À QUAND: « CHAPEAU LES GARÇONS »?

La semaine dernière, la ministre de l’Éducation, Mme Malavoy, et son collègue de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, publiaient un communiqué pour annoncer le lancement du concours « CHAPEAU, LES FILLES ! et son volet EXCELLE SCIENCE ».

Ce concours revient chaque année. Il veut « à encourager les jeunes filles et les femmes à poursuivre des études menant à l’exercice d’un métier traditionnellement masculin ». Pratiquement, il vise, à l’ordre secondaire, les programmes où l’on compte 34% et moins de femmes. Il s’inscrit dans une perspective d’égalité des sexes portée  par le mouvement féministe. Ce dont il faut évidemment se féliciter.

Il convient cependant d’élargir la réflexion.

S’il y a des métiers traditionnellement masculins, il existe a contrario des métiers traditionnellement féminins : le secrétariat, les soins esthétiques, les soins de santé, l’enseignement au niveau primaire, notamment, sont massivement de ceux-là. S’agissant de l’enseignement, on s’interroge toujours sur les conséquences possibles de ce phénomène sur la réussite des garçons. On relira avec intérêt sur ce sujet l’avis éclairant du Conseil supérieur de l’éducation.

De même, la majorité des diplômées des collèges et des universités sont des femmes, spécialement dans les professions de services : santé, droit, psychologie, service social, etc. Ce n’est toutefois pas le cas en sciences et en génie.

En fait, la prépondérance numérique des filles aux études supérieures est le reflet direct d’une réussite scolaire significativement meilleure que celle des garçons, réussite observable dès l’école primaire et secondaire.

Parmi ceux qui obtiennent un diplôme d’études secondaires général, les filles  comptent pour 54% et les garçons pour 45%. Le décrochage touche aussi davantage les garçons que les filles. En 2009-2010, on a observé un écart plus important entre ceux qui, avant 20 ans, avaient quitté l’école secondaire sans diplôme, soit 24,8% des garçons contre 15,6% des filles.

Autre phénomène directement lié cette fois au choix professionnel : dans les filières professionnelles  de l’ordre secondaire (DEP, ASP, AFP), un peu plus du tiers des jeunes (18 ans et moins) sont des filles. Ces données datent toutefois de 5 ans. Il serait surprenant que la tendance se soit depuis inversée.  Visiblement, plus que les garçons, les filles préfèrent  demeurer dans la filière générale pour poursuivre ensuite leurs études au collégial. Ce qui est sans doute un effet de leur meilleure réussite scolaire, observable même en formation professionnelle au secondaire puisque malgré leur moindre nombre, elles décrochent 46% des diplômes.

L’écart de la réussite entre garçons et filles se poursuit d’ailleurs au cégep : dans la filière générale, il était en 2008, de 10% en faveur des filles et, de près de 7% à la filière technique où, ô surprise, elles sont, cette fois, numériquement plus nombreuses que les garçons.

Vivement, vienne le jour où l’on pourra dire : « Chapeau les garçons »!

UN ENSEIGNANT QUI A PERDU LA FOI

Un enseignant, Stéphane Lévesque, signait dans La Presse de samedi un texte intitulé: « C’est pas juste », assorti du long sous-titre explicatif suivant : « Pour les forts comme pour les faibles, l’effort n’a souvent rien à voir avec les résultats à l’école ou dans les sports ».

L’auteur utilise le sport comme une analogie. En sport, écrit-il, on dit de ceux qui échouent ou qui n’arrivent pas à performer « qu’ils ne sont pas faits pour ça ». Mais on refuse de dire que ceux qui échouent dans les autres disciplines « qu’ils ne sont pas faits pour ça ».

Et de conclure : « Le décrochage, c’est aussi la mise en lumière d’une des marques d’hypocrisie de notre société : l’obstination des dirigeants à enfoncer « la réussite » dans la gorge de ceux qui n’en ont pas les moyens […].

Que voilà des propos bien étonnants et surtout bien désolants.

Il a été un temps, au Québec comme ailleurs, on était convaincu que les élèves ayant des difficultés d’apprentissage (les « arriérés », de jadis) n’avaient pas les moyens de réussir. D’autres en sont venus à la conclusion contraire et ils ont eu foi en  la capacité des plus faibles de réussir si on leur en fournissait les moyens.

J’ai œuvré pendant cinq ans au sein du conseil d’administration d’une école pour les élèves ayant des difficultés graves d’apprentissage, l’école Vanguard. Cette école ne fait pas de miracles. Mais, contrairement à Stéphane Lévesque, elle a la foi, et une foi active, experte, stimulante, constante dans la capacité d’apprendre des enfants. Et les élèves y réussissent grâce à leurs propres efforts conjugués à ceux de leurs enseignantes et enseignants.

En matière d’éducation, le déterminisme est une bien mauvaise thèse. C’est une hérésie