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UNE LETTRE MAGNIFIQUE D’UNE ENSEIGNANTE AUTHENTIQUEMENT PROFESSIONNELLE

Le Devoir publie ce matin une lettre splendide d’une enseignante en histoire en réponse à une lettre à un autre enseignant parue il y a quelques jours. Le tout, dans le cadre du débat qui depuis 2008  anime le contenu du programme d’histoire du secondaire.

L’auteure de la lettre de ce matin, Mme Diane Plourde, historienne de formation, est depuis le mois dernier conseillère pédagogique après avoir enseigné pendant 30 ans. Elle raconte avoir travaillé avec un jeune enseignant et « avoir bénéficié de sa fougue, de ses questionnements et de maîtrise des nouvelles technologies ». Mais ce qui m’a particulièrement ravi, ce sont les propos suivants :

« À deux, nous nous sommes approprié le programme et en avons nous-mêmes extirpé les irritants sans le dénaturer. Nous sommes ainsi sortis des manuels pour créer notre propre matériel. C’est ainsi, par exemple, qu’une magnifique photo de Louis-Joseph Papineau tirée d’un Cahier Livres du Devoir est toujours affichée dans la classe que j’ai quittée, et les élèves savent très bien reconnaître Papineau ». […]

« Je souhaite, François-Xavier (et vous avez un nom prédestiné pour un professeur d’histoire), que vous vous mettiez au travail et que vous vous appropriiez ce programme. Votre opinion ne changera probablement pas, mais vous aurez au moins la satisfaction d’être dans l’action. Car si, à votre âge, vous êtes déjà dans l’attente de solutions extérieures, vous ne ferez pas 33 ans dans cette extraordinaire profession qu’est l’enseignement.

Propos magnifiques qui relèvent de la conscience forte d’une enseignante qui se voit et qui agit comme une authentique professionnelle, largement autonome et libre d’esprit, et non celui d’un employé qui attend le salut de son employeur.

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ÉCHEC DE LA RÉFORME DE 1998. PUIS APRÈS?

Les réformes de l’enseignement et des programmes sont toujours décevantes. La dernière en date, lancée en 1998, est un échec aux dires de deux chercheurs de l’Université Laval, Jean-François Cardin et Érick Falardeau. Le Soleil de lundi rendait compte de leur récente enquête auprès de près de 500 enseignants ici et ici. Une autre étude menée cette fois par le professeur Simon Larose confirme aujoud’hui cet échec.

En amont de ces constats, se pose néanmoins une question préalable : les enseignants ont-ils, ou comment ont-ils mis en oeuvre, la réforme de 2008? Là-dessus, les chercheurs ne s’entendent pas. Il y a quelques jours à peine, Suzanne Chartrand, elle aussi de Laval, montrait comment en français les enseignants en sont généralement demeurés aux méthodes traditionnelles, faisant fi des découvertes en didactique. Nous y avons fait état ici même.

Si on veut bien par ailleurs donner à ce débat un peu de profondeur historique, on se rendra compte que ce que l’on observe aujourd’hui n’est pas nouveau. Ainsi, au milieu des années 60, dans le sillage du rapport Parent, on a remplacé les « programmes catalogues » où les enseignants suivaient presque un livre de recettes, aux « programmes-cadres » où ils jouissaient d’une grande autonomie. C’était la belle époque des « stencils ».

Cinq ans plus tard, on constatait l’échec de la réforme, échec amplifié bien sûr par les médias. D’aucuns se souviennent de la série d’articles de Lysianne Gagnon dans La Presse sur l’échec du français. Le Dr François Cloutier s’émut et amorça discrètement la réflexion au sein du ministère. Puis Jacques-Yvan Morin lança son livre Vert puis son livre Orange. Le tout aboutit en 1989-91à une seconde réforme des programmes dits « par objectifs ». Tout le monde salua cette réforme, y compris les enseignants. Sauf qu’elle n’apporta pas les résultats escomptés. Les élèves ne réussissaient pas mieux.

Aussi, vers 1992, la CSQ réclama des États généraux sur l’éducation. Ceux-ci proposèrent de revenir à l’essentiel : « instruire ». Puis la ministre Marois demanda à Paul Inchauspé et son équipe de définir les paramètres des programmes à réformer. Ce qui fut entrepris et à nouveau rapidement décrié par les chroniqueurs, surtout à cause des compétences transversales!  On constate aujourd’hui un nouvel échec de cette réforme.

Alors que faire? Il revient évidemment au ministère de l’Éducation de fixer les orientations et les objectifs généraux des programmes. Le bien commun l’exige. Mais j’ai toujours plaidé et je plaide encore pour laisser les enseignants eux-mêmes, en tant que professionnels de la pédagogie, la responsabilité de rédiger les programmes.Il leur revient aussi de choisir les méthodes d’enseignement qu’ils estiment les plus efficaces et de travailler à leur développement. Du reste, ils ont développé individuellement et collectivement des savoirs d’expériences incontournables. Ils peuvent aussi enrichir ceux-ci par les savoirs savants issus des recherches scientifiques.

Toutefois, les enseignants n’ont pas choisi cette voie. Ils préfèrent, collectivement du moins, se définir comme des syndiqués plutôt que comme des professionnels.. Dès lors, il est plus facile de blâmer le ministère de l’Éducation tenu pour le seul responsable de l’échec des réformes. Et pour cause: ils n’y sont pour rien! C’est leur choix, mais je le conteste.

Ceux qui voudraient en connaître davantage sur les réformes québécoises en éducation pourront par ailleurs consulter l’ouvrage de Mellouki, M. (2010). Promesses et ratés de la réforme de l’éducation au Québec.  Ils pourront aussi s’inscrire au très proche colloque international sur les enjeux actuels et futurs de la formation et de la  profession enseignante organisé par le Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE).