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LA CAQ ET L’ÉDUCATION – UNE SEULE CIBLE : LE DÉCROCHAGE

Autant le PQ, dans sa plateforme sur l’éducation, met l’accent sur les orientations, autant la CAQ s’intéresse avant tout aux moyens.

Pas tout à fait.  M. Legault rappelle la valeur fondamentale qui fonde ses engagements : « l’égalité des chances que procure l’éducation ». Je note la nuance. Il ne parle pas de l’égalité des chances en éducation, mais de celle qui en découle. C’est original comme point de vue, pas nécessairement vrai. Notre système scolaire  génère aussi des inégalités.

La CAQ se préoccupe donc au premier chef du décrochage – comme le PQ. Il propose d’embaucher 500 nouveaux spécialistes – psychologues, orthopédagogues et psycho-éducateurs – pour dépister les  jeunes enfants à risque dans les CPE. Le projet est généreux et pertinente. Une question toutefois se pose : où va-t-on trouver ces spécialistes?  

Au secondaire, il propose « d’améliorer le soutien pédagogique et l’encadrement des jeunes ». Il compte pour cela sur des « tuteurs » pour aider les élèves vulnérables. Songe-t-il ici à spécialiser des enseignants à cette fin?

Enfin, il propose de « déployer » dans les écoles 120 nouveaux orienteurs pour aider les élèves à préparer leur avenir.

La réalisation de ce programme supposera des investissements nouveaux de 40 millions $, les seuls qu’il veut faire. Le reste viendra des économies engendrées par la suppression des commissions scolaires. Mais c’est une autre histoire.

Les cibles que vise la CAQ répondent sans contredit à une problématique majeure : le décrochage. Ajouter du personnel spécialisé, est sans doute pertinent. Mais c’est court. Il se peut aussi que l’organisation scolaire, l’environnement social et économique, l’attrait de la consommation  expliquent une part substantielle du décrochage. Les phénomènes sociaux, tel de décrochage, s’expliquent rarement par une seule cause et il est souvent très difficile d’isoler la principale. 

Au surplus, malgré son importance, le décrochage scolaire n’est pas le seul enjeu au sein de notre système scolaire. Je ne sais si cet engagement  et l’abolition des commissions scolaires – j’y reviendrai – constituent le tout du programme Legault en éducation. On peut espérer mieux et davantage. Attendons voir.

Texte intégral du communiqué de M. Legault

Montréal, 14 mars 2014 – Pour le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, l’égalité des chances que procure l’éducation est un enjeu fondamental et la véritable égalité des chances au Québec doit s’appuyer sur une éducation et un système d’éducation de première qualité.

M. Legault a rappelé que «puisque l’une des meilleures manières de contrer le décrochage réside dans le dépistage des enfants à risque dès 3, 4 ou 5 ans, nous allons déployer dans toutes les écoles primaires pas moins de 500 nouveaux spécialistes – psychologues, orthopédagogues et psycho-éducateurs – qui auront pour tâche d’identifier dans les centres de la petite enfance les enfants présentant des difficultés ».

Au secondaire, fait valoir M. Legault, il est nécessaire d’améliorer le soutien pédagogique et l’encadrement des jeunes. Il est donc souhaitable que les écoles désignent des tuteurs qui interviendront de manière ciblée auprès des élèves vulnérables.

De plus, un gouvernement de la Coalition Avenir Québec déploiera quelques 120 nouveaux conseillers en orientation pour aider les élèves à faire leur choix de carrière et planifier leur avenir. C’est un investissement de 40 millions $ que le chef de la formation politique annonce aujourd’hui pour supporter nos enfants et nos jeunes qui vivent des difficultés, dont 28 millions $ destinés au dépistage précoce et 12 millions $ pour améliorer la persévérance scolaire au secondaire.

«C’est une des rares dépenses que vous allez m’entendre annoncer durant cette campagne, mais l’enjeu est trop important. L’éducation, c’est la réussite, et la réussite, c’est la liberté de choisir, d’aller au bout de ses rêves. Et c’est ce que je souhaite pour tous les jeunes du Québec », de conclure François Legault.

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LAÏCITÉ : LA CAQ TIENT UNE POSITION DÉFENDABLE

La position que la Coalition avenir Québec  a dévoilé hier sur une éventuelle charte de la laïcité est raisonnable. En effet, elle s’appuie sur un principe clair et poursuit un objectif légitime : les personnes qui au nom ou par mandat de l’État exercent une position d’autorité sur les citoyens doivent incarner la neutralité de l’État. François Legault expliquait :

« En raison des pouvoirs et responsabilités importants conférés à ces personnes, il est nécessaire d’assurer la perception et la réalité de la neutralité et de la crédibilité de ces fonctions auprès de la population. Pour nous, le métier d’enseignant ou de directeur au primaire et au secondaire répond aussi à ce critère ».

Au « Pas de midi sans info », l’animateur lui a objecté : « Oui, mais les députés exercent aussi une fonction d’autorité ». Legault a répondu en substance : ils représentent d’abord leurs citoyens et sont élus tel qu’ils sont, avec ou non leurs convictions religieuses.

Il aurait pu donner une meilleure réponse. Les députés – et il faudrait aussi parler des conseillers municipaux, des commissaires d’écoles – n’exercent pas d’autorité directe sur les citoyens. Ils l’exercent par l’intermédiaire de la loi. Au surplus, ils agissent collégialement et non individuellement.

La position de la CAQ s’appuie manifestement sur les recommandations sages du rapport Bouchard-Taylor. Elle va plus loin en incluant les enseignants et directeurs d’établissements. Cela se défend. Néanmoins, la question de savoir si les enseignants sont les mandataires de l’État est controversée.  D’aucuns prétendent qu’ils agissent plutôt au nom des parents qui sont les premiers responsables de leurs enfants. Ils siègent d’ailleurs pour cette raison  au sein des conseils d’établissements. Il y a donc place ici à débat.

Pour autant, la proposition de la CAQ, si elle politiquement plus acceptable que celle du PQ – on verra  comment  le gouvernement l’accueillera –, ne sera pas à l’abri des contestations au plan juridique même si, au premier abord, elle « se justifie dans le cadre d’une société libre et démocratique » (cf. la Charte canadienne des droits et libertés) . On sait déjà que la cour d’appel d’Ontario a jugé constitutionnel le port du turban au sein des corps policiers. Néanmoins, le risque au plan politique du recours aux clauses dérogatoires pour assurer la solidité juridique des mesures envisagées demeure, mais il sera plus certainement acceptable pour la majorité.

En effet, le sondage que publiait hier le Journral de Montréal montre que les Québécois, en majorité, appuient l’idée d’une Charte des valeurs québécoises et  même l’ensemble des interdictions que propose le PQ.

Hélas, c’est en général pour de mauvaises raisons : pour les uns, majoritaires sans doute, cette charte vise à renforcer l’identité nationale, instrumentalisant ce faisant la laïcité de l’État. De sérieux indices mènent à  cette conclusion :

  • Au sein du PQ, les ministres Drainville et Lisée ont joué explicitement cette carte et Mme Marois en fin de semaine dernière est allée dans le même sens.
  • Le sondage du Journal de Montréal révèle que seulement 25 % des anglophones et 33 % des allophones appuient l’idée d’une charte des valeurs québécoises. C’est très révélateur.
  • Le PQ comme la CAQ (et même les libéraux) n’ont pas le courage politique de proposer de déplacer le crucifix hors de l’enceinte de l’Assemblée nationale. En effet, le sondage d’hier confirme ce que l’on savait déjà : la majorité des Québécois (55%) sont d’accord pour qu’il reste là où il est. On invoque bien sûr le patrimoine historique du Québec catholique. On a eu beau expliquer que ce crucifix est là depuis que Duplessis l’y a placé au tournant des années 40, rien n’y fait. Cette histoire de patrimoine est une pirouette idéologique utile.

Chez les laïcistes, moins nombreux, mais combatifs, voire acerbes, une charte de la laïcité c’est une manière de combattre toutes les religions considérées comme la « gangrène de l’humanité »! On peut lire cela sur le site de l’Association humaniste du Québec. Et nombre de commentaires lus dans les blogues et les sites des journaux vont dans le même sens. La liberté de religion, oui, pourvu qu’elle reste cachée dans sa maison.

LETTRE OUVERTE AU PLQ ET À LA CAQ

Je n’arrive pas à comprendre la ou les raisons pour lesquelles vous vous opposez au projet d’imposer aux entreprises de 26 à 49 l’obligation juridique de se franciser.

Le Conseil supérieur de la langue française vient d’exposer la situation prévalant quant à l’usage du français dans les entreprises : au lieu de croître, conformément au but même de la Charte de la langue française, il décroît.

Il y a, pour expliquer cette décroissance, plusieurs facteurs. La pression qu’exerce la mondialisation du commerce sur les pratiques linguistiques,  même dans ses communications internes, en est sûrement un. Sous ce rapport, la plupart des pays non anglophones sont dans une situation relativement semblable. On n’a qu’à feuilleter les magazines français ou déambuler sur la rue piétonne de Nantes pour s’en rendre compte.

Mais il y a un facteur propre à la société québécoise que l’on oublie trop souvent. Les Québécois ont vécu la révolution industrielle de la seconde moitié du 19e siècle en anglais. Cela les a déterminés et a modelé profondément et structurellement leur mode de pensée et donc de parler.

Mon grand-père Proulx, un cultivateur né en 1885 à St-Zéphirin de Courval, un village pratiquement inconnu, parlait de son égoïne, de son marteau et de son équerre en français. Mais en mécanique, il dévissait une bolt avec son wescott! Il n’y a rien de surprenant à cela : quand il se présentait au magasin général du village pour s’acheter ces outils, le vendeur feuilletait un catalogue en anglais imprimé en Ontario et aux États-Unis.

Je rendais visite la semaine dernière à ma mère, née à Varennes. Elle a 87 ans. Elle a conservé le catalogue Eaton de 1945. Il était en anglais. Et quand passait chez elle le « peddler » avec sa grosse valise, il en déballait des « ketters », des « bloomers », des « overall ». C’est écrit dans ses mémoires..

On connaît un troisième facteur à l’anglicisation au travail : une grande partie des entreprises, surtout les grandes, étaient propriété des anglophones. L’impact de ce facteur sur la langue de travail est majeur. Cela est bien documenté. Si la situation à cet égard a bien évolué depuis 40 ans, il reste qu’elle a structuré les comportements, même dans les entreprises francophones. J’ai raconté ici comment, l’été dernier, le jeune préposé de mon garage Chrysler de Trois-Pistoles m’a écrit qu’il y avait un « petit louce dans le linkit » de ma Caravan! Et son patron n’est pas anglophone. Et si on l’interrogeait sur la langue de travail dans son garage, il répondrait sans aucun doute que c’est le français.

Il faut feuilleter cet inestimable témoin de la vie commerciale à Montréal: l’annuaire Lovell. Il a été publié sans interruption de 1842 à 1977. On y retrouve la liste complète des entreprises et des chefs de ménage ainsi que leurs professions. Une mine d’or pour les généalogiste, à la condition de connaître l’anglais! Encore en 1960, et je n’ai pas cherché plus après, tous les métiers sont identifiés en anglais: shipper, workman, butcher, etc. Et tous ou à peu près, francophones ou non, annoncent leur entreprise dans cette langue. Les choses, certes, ont bien changé depuis. Mais ce qui a le moins changé, c’est la structure des esprits.

Les concours du « bon parler français » de ma jeunesse ont été les premières réactions à cette anglicisation de notre vie quotidienne. Heureusement,  l’État québécois, via l’Office de la langue française, par ses travaux linguistiques dans les années 60 et ses interventions après la loi 101 de 1977 a permis de renverser le courant au sein d’un monde industriel et commercial qui ne connaissait qu’une langue : l’anglais.

Pourtant la loi 101 n’a pas changé encore radicalement la culture anglophone qui, malgré les progrès accomplis, a forgé les attitudes et les comportements  autant des travailleurs que des chefs d’entreprise francophones. Nos conversations quotidiennes au travail comme à la maison le prouvent. La résistance du Conseil du patronat, comme vous du PLQ et de la CAQ, et de tant de travailleuses et de travailleurs, à poursuivre vigoureusement la transformation de cette culture prouve que le français au travail n’est pas encore une valeur forte de la société québécoise.

Pour que cette culture commence à se transformer, il a fallu que l’État, par la loi 22 par la loi 101, mette sa puissance au service de cette mission. Bien des citoyennes et des citoyens, bien des travailleurs, bien des entreprises ont accepté loyalement et ont fait des efforts pour poursuivre sur le terrain cette impulsion de l’État.

D’aucuns veulent aujourd’hui nous faire croire qu’il suffit d’inciter à la francisation des milieux de travail pour qu’elles se fassent. C’est un leurre pour les raisons susdites, mais qu’il faut redire :

  1.  la pression extérieure sur le monde du travail que constituent tant la révolution technologique que la mondialisation est plus forte que jamais et cette pression s’exerce en anglais;
  2. la culture québécoise du monde du travail tant de secteurs industriels que commercial est une culture historiquement anglophone.
  3. un patronat encore en partie anglophone ou francophone, mais culturellement anglicisé, pour lequel la francisation du travail demeure une préoccupation secondaire.

Bref, il faut bien le dire : les Québécois ont aliéné leur culture française d’origine.

En somme, ces raisons devraient vous inciter, vous du PLQ et de la CAQ, a appuyé vigoureusement le projet de loi 114, à tout le moins pour tout ce qui concerne la francisation du monde du travail.

Il faut faire à cet égard une révolution culturelle, c’est-à-dire un changement de fond qui ne portera pas que sur les comportements, mais qui renouvellera les valeurs profondes déjà latentes dans la population, et qu’il faut faire émerger pour fonder solidement une nouvelle culture de la francité québécoise.

La langue de travail ne peut pas être la seule préoccupation du PQ. Elle doit être celle de tous les élus et, à travers eux, de tous les Québécoises et Québécois. La langue française est notre bien commun.