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ANGLAIS INTENSIF: UNE DÉCISION RAISONNABLE ET PERTINENTE

Ainsi, la ministre de l’Éducation, Mme Malavoy, entend confier au conseil de chaque établissement de chaque école la décision d’implanter ou non un programme d’anglais intensif en 6e année du primaire. Cette décision apparaît raisonnable et pertinente.

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LA (FAUSSE) GUERRE DE L’UNIFORME SCOLAIRE

Une école publique a-t-elle le droit d’imposer un uniforme à ses élèves? La question fait l’objet d’un débat judiciaire depuis quelques mois dans l’Estrie. Des parents d’Asbestos se sont en effet adressés au tribunal pour obtenir une injonction visant à suspendre le règlement de l’école L’Escale à cet effet. Celui-ci prescrit l’obligation de porter un chandail aux couleurs de l’école. L’injonction leur a été refusée l’automne dernier, mais des parents mécontents viennent de revenir à la charge. L’an dernier, des élèves ont été suspendus pour avoir refusé de porter le chandail en question.

Au vu de la jurisprudence, on peut parier que les requérants vont perdre leur procès. L’imposition d’un uniforme scolaire n’apparaît ni comme une atteinte déraisonnable à la liberté en général, ni à la liberté d’expression, ni à la vie privée. Et elle n’impose pas non plus un fardeau financier déraisonnable aux parents. D’ailleurs, dans le procès en cause, le juge a déjà ordonné à l’école de payer elle-même les chandails de certains parents qui disaient ne pas pouvoir le faire. L’école s’est prêtée de bonne grâce à cette décision.

En vertu de la loi sur l’instruction publique, le conseil d’établissement a le pouvoir d’adopter les « règles de conduite » des élèves. Nulle part, cependant, n’est-il précisé que ce pouvoir comprend celui d’imposer un costume. Mais c’est ainsi qu’on l’interprète et aucun tribunal, à notre connaissance, n’est venu invalider cette interprétation.

Mais le plus intéressant n’est pas le débat juridique. La décision d’imposer un uniforme relève bien plus de la symbolique sociale, du reste polysémique, rattachée à l’uniforme scolaire.

Pour certains, l’uniforme très répandu à l’école privée, est précisément pour l’école publique un signe de sérieux. « Dans notre école, les élèves ne sont pas débraillés », dit implicitement la règle. Le costume renvoie à la valeur de conformisme attendu de la communauté scolaire, notamment sur le plan de la discipline. Il a de ce fait un caractère rassurant pour les parents surtout au secondaire.

Pour d’autres, l’uniforme permet d’éviter les conflits sur le « paraître » qui mènent souvent à l’escalade de la concurrence vestimentaire; les adolescents y succombent facilement. Dans le pire des cas, cette escalade peut aller jusqu’au harcèlement.

Pour d’autres encore, l’uniforme a essentiellement un caractère pratique : il évite aux parents d’avoir à négocier au quotidien la tenue vestimentaire de leurs enfants, surtout pour les filles.

D’autres enfin y voient un avantage économique, surtout s’il s’agit d’un uniforme simple. Il permet de réduire d’autant l’achat répété de nouveaux vêtements.

Bref, la réglementation sur la tenue vestimentaire renvoie au pluralisme des valeurs au sein des communautés scolaires et est donc une question délicate. Les guerres de symboles sont difficiles à gérer. Aussi, il y a tout avantage pour un conseil d’établissement de s’assurer d’un consensus suffisant à travers des mécanismes de consultation transparents. Et, écrivais-je plus tôt, c’est par une interprétation large de la loi que l’on s’estime habilité à imposer un costume. On éviterait sans doute des conflits bien inutiles si le législateur décidait, à cet égard, de clarifier la loi.

L’AUTONOMIE DES ÉL’COLES ET L’INFLUENCE DES PARENTS: DES GAINS D’APRÈS 1960

Note: J’avais préparé le billet suivant que j’ai décidé d’envoyer au Devoir. Il a été publié ce matin sous une forme légèrement différente.

Le texte de samedi dernier de Vincent Geloso concernant l’intervention de l’État en matière d’éducation pendant la Révolution tranquille, continue de susciter les réactions. Geloso a d’ailleurs un carnet web où il a commencé à répliquer à ses contradicteurs.

J’ajoute donc mon « fion », mais sur un seul point qui m’a fait tiquer, d’autant que j’ai déjà lu ailleurs la même affirmation. Il écrivait samedi :

« Entre 1945 et 1960, l’État québécois intervenait très peu dans le domaine de l’éducation. Les écoles étaient largement autonomes et les parents avaient une influence importante sur le parcours scolaire de leurs enfants. »

Certes, l’État lui-même n’intervenait que très peu. Et pour cause! Depuis 1875, il avait abdiqué ses responsabilités en matière d’éducation en en confiant totalement la gouverne aux Églises catholique et protestante. La première était  représentée par le Comité catholique du Conseil de l’instruction publique et la seconde par le Comité protestant. Au plan exécutif, tout passait par le Département de l’instruction publique et son surintendant  que le frère Untel qualifiera malicieusement « Dieu le père qui est à Québec ».

En fait, les règlements, les instructions, les programmes scolaires édictés par ces instances étaient extrêmement pointus et détaillés; ils ne laissaient fort peu de marge de manœuvre aux enseignants et enseignantes. Chacun savait à la semaine près ce qu’il devait enseigner et comment le faire grâce aux programmes « catalogues » qui leur étaient imposés. Et les inspecteurs d’école étaient là pour s’assurer que tous marchaient  dans le droit chemin. Il en allait de même dans les écoles normales soumises aux diktats de ces mêmes instances. En fait, l’autonomie dont jouissent maintenant les enseignants, en vertu même de la Loi sur l’instruction publique, n’a rien à voir avec ce qu’ont connu leurs aînés.

Pour ce qui est de l’« influence importante » qu’auraient exercée les parents d’avant 1960, là aussi Geloso se trompe.  Aucun organe ne les représentait. Cela viendra à compter de 1971 quand on créera les comités d’école sous la recommandation du rapport Parent avec l’appui du Conseil supérieur de l’éducation. Les conseils d’orientation verront le jour autour de 1979-80 et les conseils d’établissements en 1987-88. Ils y exercent maintenant conjointement un pouvoir limité, mais significatif sur la vie des écoles.

Ils n’avaient  par ailleurs aucun droit de représentation, en leur titre de parents, au sein des commissions scolaires : seuls votaient les propriétaires fonciers. Au surplus à Montréal et Québec, les commissaires seront nommés par l’archevêque, la municipalité et le gouvernement jusqu’en 1973, date de l’instauration généralisée du suffrage universel. Ce n’est qu’en 1960 que Paul-Gérin Lajoie fera adopter une loi accordant, hors Montréal et Québec, le droit de vote aux parents ayant des enfants de 18 ans et moins.

Bref, le droit des parents de participer activement à la vie de l’école et celui des enseignants à l’autonomie professionnelle est le résultat d’une lente évolution dont on retrouve quelques traces dans les années 50. Ce droit sera promu par le rapport Parent des années 60 et consacré progressivement depuis par des lois de l’Assemblée nationale.

FAUDRAIT-IL RESSUSCITER LES INSPECTEURS D’ÉCOLE?

Ce billet m’est inspiré d’un reportage de Lisa-Marie Gervais paru dans Le Devoir de samedi sur ces écoles privées déviantes par rapport aux normes pédagogiques ou administratives auxquelles elles sont soumises. Comment sait-on qu’elles sont déviantes? Grâce au rapport annuel de la Commission consultative de l’enseignement privé, rapport lui-même alimenté par les fonctionnaires de la Direction de l’enseignement privé du MELS. Ceux-ci font périodiquement le tour des écoles, observent et posent les bonnes questions.

Rien de tel dans le réseau public. Dans les années 60, après la création du ministère de l’Éducation on a aboli le corps des inspecteurs d’école. On les a remplacés par des conseillers pédagogiques, ce qui était en soi une bonne idée.

Aujourd’hui, la responsabilité d’assurer la qualité de l’enseignement est saucissonnée. Au niveau de l’école, c’est la fonction première de la direction: « […] le directeur de l’école s’assure de la qualité des services éducatifs dispensés à l’école » , dit la loi . Mais, curieusement, c’est le conseil d’établissement qui « rend compte de leur qualité ».

De leur côté,  les commissaires d’école veillent aussi à leur tour «  à la pertinence et à la qualité des services éducatifs offerts par la commission scolaire ». Redondante, la loi ajoute que la « commission scolaire » a notamment pour mission de « veiller à la qualité des services éducatifs ». Et, à son tour, la commission scolaire  « rend compte de la qualité » des services éducatifs qu’elle dispense.

Enfin, le ministre de l’Éducation « veille à la qualité des services éducatifs dispensés par les commissions scolaires ».

Voilà pas mal de monde qui veille !

Pourtant, malgré ce bla-bla juridique, y a-t-il un seul parent capable de préciser quel est le niveau de qualité de l’école que ses enfants fréquentent?

En fin de semaine, l’Institut du nouveau monde a réuni à Québec plus de 400 jeunes qui sont venus notamment débattre de la qualité de l’enseignement universitaire  et d’assurance qualité. La question est controversée, mais au moins on en débat. Le Consell supérieur de l’éducation vient d’ailleurs d’y consacrer son dernier rapport.

Au milieu des années 80, la qualité de l’éducation fut la grande question débattue aux ordres primaires et secondaire. La Fédération des commissions scolaires du Québec, hantée par l’exode des élèves vers l’école privée, tint même des États généraux sur la qualité de l’éducation, opération aujourd’hui oubliée. Et le Conseil supérieur de  l’éducation en fit même l’objet de son rapport annuel de 1986-87 [1].

Il est temps de se pencher à nouveau sur le sujet . D’autant, comme nous l’écrivions il y a quelques semaines que 23% seulement des Québécois pensent que nous avons de « très bonnes écoles »..Aussi, je me le demande, faut-il ressusciter les inspecteurs d’école?


[1] Le texte complet est malheureusement absent du site du Conseil.