Archives du mot-clé diplomation

« CHAPEAU LES FILLES »! D’ACCORD. MAIS À QUAND: « CHAPEAU LES GARÇONS »?

La semaine dernière, la ministre de l’Éducation, Mme Malavoy, et son collègue de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, publiaient un communiqué pour annoncer le lancement du concours « CHAPEAU, LES FILLES ! et son volet EXCELLE SCIENCE ».

Ce concours revient chaque année. Il veut « à encourager les jeunes filles et les femmes à poursuivre des études menant à l’exercice d’un métier traditionnellement masculin ». Pratiquement, il vise, à l’ordre secondaire, les programmes où l’on compte 34% et moins de femmes. Il s’inscrit dans une perspective d’égalité des sexes portée  par le mouvement féministe. Ce dont il faut évidemment se féliciter.

Il convient cependant d’élargir la réflexion.

S’il y a des métiers traditionnellement masculins, il existe a contrario des métiers traditionnellement féminins : le secrétariat, les soins esthétiques, les soins de santé, l’enseignement au niveau primaire, notamment, sont massivement de ceux-là. S’agissant de l’enseignement, on s’interroge toujours sur les conséquences possibles de ce phénomène sur la réussite des garçons. On relira avec intérêt sur ce sujet l’avis éclairant du Conseil supérieur de l’éducation.

De même, la majorité des diplômées des collèges et des universités sont des femmes, spécialement dans les professions de services : santé, droit, psychologie, service social, etc. Ce n’est toutefois pas le cas en sciences et en génie.

En fait, la prépondérance numérique des filles aux études supérieures est le reflet direct d’une réussite scolaire significativement meilleure que celle des garçons, réussite observable dès l’école primaire et secondaire.

Parmi ceux qui obtiennent un diplôme d’études secondaires général, les filles  comptent pour 54% et les garçons pour 45%. Le décrochage touche aussi davantage les garçons que les filles. En 2009-2010, on a observé un écart plus important entre ceux qui, avant 20 ans, avaient quitté l’école secondaire sans diplôme, soit 24,8% des garçons contre 15,6% des filles.

Autre phénomène directement lié cette fois au choix professionnel : dans les filières professionnelles  de l’ordre secondaire (DEP, ASP, AFP), un peu plus du tiers des jeunes (18 ans et moins) sont des filles. Ces données datent toutefois de 5 ans. Il serait surprenant que la tendance se soit depuis inversée.  Visiblement, plus que les garçons, les filles préfèrent  demeurer dans la filière générale pour poursuivre ensuite leurs études au collégial. Ce qui est sans doute un effet de leur meilleure réussite scolaire, observable même en formation professionnelle au secondaire puisque malgré leur moindre nombre, elles décrochent 46% des diplômes.

L’écart de la réussite entre garçons et filles se poursuit d’ailleurs au cégep : dans la filière générale, il était en 2008, de 10% en faveur des filles et, de près de 7% à la filière technique où, ô surprise, elles sont, cette fois, numériquement plus nombreuses que les garçons.

Vivement, vienne le jour où l’on pourra dire : « Chapeau les garçons »!

CÉGEPS : PRENDRE LES ÉTATS D’ÂME DE MOREAU AVEC UN GRAIN DE SEL

Pierre Moreau, candidat à la chefferie au PLC, remet en question la pertinence des cégeps. Le motif? Le taux de diplomation universitaire est moins grand au Québec qu’en Ontario. Et, croit-on comprendre, la cause en serait les cégeps.

Cette remise en question n’est pas nouvelle. Les cégeps sont malmenés depuis leur création, en 1967 (il y aura bientôt 50 ans!). Cela tient pour une part à leur originalité. Ailleurs au Canada, les étudiants désireux de poursuivre leurs études universitaires terminent une 12e année, puis passent directement à l’université pour les « undergraduate studies » qui durent quatre ans, contre notre bac de trois ans. La formation technique se donne dans des collèges professionnels.

Les premières interrogations surgissent dès 1975 dans le rapport annuel du Conseil supérieur de l’éducation, le rapport Nadeau. On se questionne sur l’objet  même de la formation collégiale sensée donnée une « formation fondamentale » : on ne s’est pas trop ce que cela veut dire.

À ce rapport, succède en 1978 un Livre blanc du ministère de l’Éducation. Il propose un  bilan des cégeps, dix ans après leur création. Les cégeps sont maintenus, mais  en 1979 on crée pour les orienter, un Conseil de collèges.

Au milieu des années 80, Claude Ryan déclare qu’il ne peut garantir la qualité des diplômes d’études collégiales qu’il signe pourtant. Stupeur!

Puis en 1993, nouvel exercice. La ministre Lucienne Robillard convoque une commission parlementaire : « Il ne s’agit rien de moins que de réactualiser les consensus et les arrangements formulés en 1996-1967 », déclare la ministre.  Une fois de plus, la « pertinence » des collèges est à l’ordre du jour. La commission recevra 219 mémoires! Les cégeps vont demeurer, mais on procédera à des « redressements majeurs ». Puis on abolit le Conseil des collèges pour le remplacer par la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial, qui veille maintenant sur la qualité de l’enseignement. C’est une réponse aux interrogations de M. Ryan. On procédera à des ajustements significatifs du régime d’étude.

Enfin, en juin 2004, Pierre Reid, le ministre de l’Éducation convoque à Québec un forum « sur l’avenir de l’enseignement collégial » qui fait patate.

Les interrogations de Pierre Moreau constituent  le dernier épisode de cette saga. Il y a donc lieu de prendre le tout avec un grain de sel!

Ce n’est pas dire que le cégep ne connaît pas de problème. Le plus lancinant (et qui semble structurel) est la difficulté les élèves et dans une proportion très élevée, de terminer leurs études en deux ou trois ans, selon qu’on se trouve dans la filière préuniversitaire ou technique. En 2008, seulement 45% des filles et 35,3% des garçons avaient obtenu leur diplôme après les deux années normales d’études de la première filière. Il fallait cinq ans pour diplômer 80% des filles et 70% des gars. Dans  la filière technique, 40% des filles et 34% avaient terminé après trois ans. Quatre années de plus étaient nécessaire pour atteindre un taux de diplomation  de 72% chez les filles et 60%, chez les garçons.

Les taux de diplomation observés après cinq ans dans la filière universitaire, et sept ans dans la filière technique sont pratiquement des taux plafonds. Et de là viennent probablement les interrogations sur la diplomation à l’université. En effet si 20% des filles et 30% des garçons n’obtiennent jamais leur diplôme collégial, c’est autant de personnes qui ne fréquenteront pas l’université.

Les interrogations du candidat Moreau ont-elle quelque chose à voir avec l’institution même du cégep?  Rien n’est moins sûr. En matière de réussite scolaire, la tentation est toujours la même : trouver une explication simple alors que le phénomène est complexe. Moreau semble y avoir succombé.