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FAUT-IL FAVORISER LA CONCURRENCE EN ÉDUCATION?

La pensée libérale en matière de commerce soutient que la concurrence entre les entreprises favorise la qualité des biens et des services mis sur le marché.

En va-t-il de même en éducation? Comme tout un chacun devra affronter la concurrence pour se tailler une place dans la vie adulte, l’école elle-même, soutient-on, doit apprendre aux jeunes à faire face à cette réalité. On a invoqué cet argument pour renouer avec les bulletins traditionnels où on retrouverait la moyenne du groupe.

Pour ma part, je m’oppose nettement à cette vision. L’idée que les élèves se fassent concurrence  n’a pas de sens pour deux bonnes raisons :

La première est que chacun arrive à l’école avec des talents très diversifiés. Cette diversité résulte pour une part des différences liées à la nature, mais pour une part plus grande encore des différences socioculturelles. Ces dernières découlent souvent des disparités socio-économiques des milieux auxquels appartiennent les élèves. Bref, le « capital » culturel de chaque enfant est loin d’être le même. En fait, la concurrence n’a vraiment de sens que si les concurrents ont des chances raisonnables de gagner. Comme dans l’organisation du sport. C’est pourquoi tant d’écoles, privées comme publiques,  créent des programmes sélectifs qui « homogénéisent » la clientèle . La filière « ordinaire » accueille toujours les plus faibles.

La seconde raison et la plus impérieuse est que l’école n’a pas pour but de faire des gagnants et des perdants, mais de rechercher la réussite éducative et scolaire pour tous en développant chacun au maximum de ses talents..

En revanche, ce qui peut avoir du sens, c’est la concurrence dans l’offre de service. En effet, on ne pourra jamais reprocher à une direction d’école :

  • d’inciter son personnel à se perfectionner constamment;
  • de rechercher sans cesse les meilleurs encadrements pédagogiques et disciplinaires de ses élèves, tout différents qu’ils soient;
  • de tout mettre en œuvre pour créer une synergie entre parents et personnels en vue de bâtir une communauté éducative forte;
  • d’instaurer des pratiques où les plus faibles se verront épauler et stimuler dans leurs efforts par les plus forts, etc.

Une école qui l’emporte mieux qu’une autre sur ce terrain a probablement plus de chances de faire réussir ses élèves, du plus faible au plus fort.

Je recevais aujourd’hui les actes du colloque de février 2012 de CSQ : « Quelle éducation voulons-nous pour le Québec? » ici, ici. J’y ai lu avec intérêt les interventions limpides du professeur Pierre Doray, sociologue à l’UQAM, et de Claude Lessard, l’actuel président du Conseil supérieur de l’éducation. Ils ont intitulé leurs interventions  : « La concurrence en éducation : quels effets pour quels résultats? ». On y trouve aussi le texte d’une conférence d’un chercheur français, M. Chourki Ben Ayed, qui résume une recherche intitulée: « École : les pièges de la concurrence. Comprendre le déclin de l’école française ».

Je tire du résumé ce paragraphe éclairant :

« […] ce qu’on observe, c’est que dans un marché scolaire très segmenté, les « bons établissements » ne sont pas choisis par les familles, mais ce sont plutôt les établissements qui choisissent leurs élèves. Donc, il y a une inversion totale de la logique presque du marché pur, au sens économique du terme, puisque […] on n’a jamais vu un marché où ce sont les producteurs qui choisissent leurs consommateurs. Or c’est bien le cas en matière éducative. Les élèves ont une cote scolaire, une cote sociale , les établissements aussi, mais ce sont quand même les établissements qui ont le dernier mot ».

Le problème, c’est évidemment que les « pas bons » se font refouler dans les parcours « ordinaires ».

Ce qu’il faut de toute urgence refaire au Québec, c’est de « redémocratiser » l’école publique et privée, c’est-à-dire la rendre accessible à tous en pleine égalité, tout en mettant tout en œuvre pour prendre en compte la diversité des talents. C’est un défi difficile, mais incontournable.

C’est ma réponse à l’un des dix défis que j’évoquais dans ma récente intervention au Centre culturel chrétien de Montréal : « Concilier l’égalité dans l’accès aux services et la diversité des talents ».

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DIX DÉFIS DE L’ÉCOLE QUÉBÉCOISE.

J’ai participé hier jeudi soir à une soirée rencontre du Centre culturel chrétien de Montréal sur le thème : « L’école québécoise, ses défis et ses enjeux »

J’ai proposé à la réflexion de l’auditoire dix défis et autant d’enjeux. Il s’en trouverait bien d’autres. Mais si on arrive à relever ceux-ci, l’école québécoise aura fait des grands pas. Mais ces défis sont de taille, car les situations auxquelles il s’agit de s’attaquer sont structurelles. Elles sont en effet enracinées dans des systèmes de valeurs, des institutions, des pratiques, voire des intérêts dominants. Il vaut néanmoins la peine de s’y attaquer en raison des enjeux en cause. Voici donc la « table des matières » de mon intervention.

Les enjeux pédagogiques

1- L’apprentissage de la lecture – Priorité absolue

Enjeu: la clé de la réussite scolaire

2- Une réussite des garçons  à l’égal des filles

Enjeu: l’égalité sociale des sexes

3- Une réelle professionnalisation du métier d’enseignantes et d’enseignants

Enjeu : une meilleure éducation

Les enjeux socio-économiques

4- Valoriser la formation professionnelle des jeunes

Enjeu: s’assurer d’un nombre suffisant d’ouvriers spécialisés

Les enjeux sociaux

5- Concilier égalité dans l’accès aux services et diversité des talents

Enjeu : une école plus démocratique

6- Communautariser l’école publique

Enjeu : sortir du modèle de consommation

7 – Sauver l’école en milieu défavorisé

Enjeu : sortir de la pauvreté

Les enjeux de la gouvernance

8- Renforcer l’autonomie des écoles

Enjeu : favoriser davantage la réussite par la responsabilisation optimale de acteurs de l’école

9- Revigorer la démocratie scolaire

Enjeu : relégitimer les commissions scolaires

Un enjeu conjoncturel

10 – Trancher la question des droits de scolarité dans toutes ses dimensions et non seulement politique et économique

Enjeu : faire reposer  les décisions à venir sur un socle de principes et  valeurs explicites et déclarés et non pas seulement sur des considérations politiques et économiques..