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LA CHARTE DES VALEURS A RÉVEILLÉ LA PEUR DE DISPARAÎTRE

 Les sondages menés depuis quelques semaines touchant la Charte des valeurs québécoises livrent une donnée constante : les Québécois francophones ont à son égard des opinions significativement différentes des non-francophones. Les premiers approuvent majoritairement l’idée d’interdire les signes ostentatoires aux personnes qui œuvrent dans les institutions publiques; les seconds s’y opposant massivement.

Comment expliquer cette division entre les Québécois?

Je risque une explication. Les Québécois  d’origine canadienne-française ont ressenti à maintes reprises la peur de disparaître. Non sans raison. Les écoles de l’Institution royale de 1801 visaient à les angliciser et les « protestantiser ». L’Union du Bas et du Haut-Canada de 1840 poursuivait le même objectif. Les lois et les règlements anti-francophones du Manitoba et de l’Ontario sont connus et ont laissé des souvenirs amers ici. 

Puis la menace est venue de l’extérieur. Les politiques d’immigration du gouvernement canadien, au tournant du 20e siècle, ont « minorisé » encore plus les Canadiens français. Entre les deux guerres et jusque dans les années 50, la présence remarquée de petits entrepreneurs  juifs dans le commerce au détail a provoqué  l’inquiétude, voire des courants antisémitiques. Le choix massif des immigrants pour l’école anglaise après la Seconde Guerre mondiale a constitué la menace des années 60. La Charte de la langue française l’a efficacement contrée en 1977, mais elle a resurgi avec le jugement de la Cour suprême  sur les « écoles passerelles » 35 ans plus tard.

Voilà  qu’aujourd’hui, un nouveau danger surgit : l’Islam. Les ententes Cullen-Couture de 1979 ont conféré au Québec la prérogative de choisir ses immigrants. On a alors privilégié l’immigration francophone et, par ricochet, celle du Magreb, donc en même temps musulmane. La conjoncture internationale dramatisée par les événements de 2001 et qui n’a cessé depuis de placer à l’avant-scène le péril islamiste, est venue réveiller chez plusieurs Québécois la peur atavique de disparaître.

Celle-ci, on le voit, est une constante. Elle prend origine dans l’histoire et la géographie et surtout dans le statut de minoritaire des francophones en Amérique. Aussi,  l’immigration, de façon récurrente, provoque l’appréhension.  Ainsi, le récent sondage de Léger Marketing mené pour The Gazette révèle que 52 % des Québécois francophones estiment que « l’héritage de la société québécoise est menacé par l’arrivée d’immigrants ». Du même souffle,  65% de ces mêmes Québécois jugent « important de préserver l’héritage catholique du Québec ».  La sécularisation a largement fait son œuvre. Néanmoins, le catholicisme  demeure toujours un marqueur identitaire important. Pour l’heure – c’est ce que nous renvoient les médias – c’est l’immigration musulmane qui engendre la crainte. Le syndrome Hérouvxille a fait son oeuvre.

Le gouvernement québécois a fait de la laïcité une doctrine, une idéologie théoriquement pure,  sans proposer ou l’appuyer sur une analyse approfondie  de la situation. En proposant l’interdiction de port de signe ostentatoire dans les institutions publiques et jusque dans les garderies, il a réveillé la  vieille peur de disparaître. Car, à l’évidence, c’est le voile qui est avant tout visé et à traverse lui l’« invasion » islamiste.

Cette menace appréhendée a engendré une crainte irrationnelle. Mais le gouvernement, au lieu de faire appel à l’intelligence des Québécois, de fortifier leur assurance, s’est enfermé dans la pureté de sa doctrine laïque. Plus, il a fait de la laïcité une question identitaire, laissant, du coup, l’inquiétude envahir les esprits. J’aimerais penser que, ce faisant, le PQ ne poursuivait pas de fins électoralistes . Je n’en suis pas convaincu.

Partout dans le monde, la peur de l’immigrant est le pain et le beurre des partis de droite. Hélas, le PQ s’est piégé dans cette mouvance.  

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LAÏCITÉ: LA VALSE DES PARADOXES

Je n’ai pas pu suivre l’actualité québécoise pendant mon récent séjour en France. J’ai cru comprendre en revenant qu’il y avait été largement question de la laïcité et d’accommodements raisonnables. Ainsi :

1- Le gouvernement péquiste entend présenter à l’Assemblée nationale une Charte des valeurs québécoise en lieu et place d’une Charte de la laïcité.

« Le document, rapportait La Presse citant le ministre Drainville, présentera des « règles claires pour encadrer les demandes d’accommodement religieux » et « affirmera un certain nombre de valeurs communes », comme « l’égalité de tous devant la loi », l’égalité entre les hommes et les femmes et « la neutralité religieuse des services publics ». « Il ne doit pas y avoir de passe-droits ou de traitement préférentiels à cause de la religion des uns et des autres », a-t-il soutenu. »

Commentaire. Quelle drôle d’idée ! On n’édicte pas des valeurs par une loi, si ce n’est, parfois, dans un préambule qui, en soi, ne constitue pas une norme contraignante. Mais elle peut servir à interpréter la loi qu’il chapeaute.  Fatalement, les tribunaux seront  appelés à interpréter les valeurs québécoises. Cela m’apparaît parfaitement saugrenue et surtout mal avisée.

Au reste, l’égalité de tous devant la loi, la non-discrimination selon le sexe sont déjà garanties par la Charte québécoise des droits et libertés. Quant à la neutralité religieuse des services publics, elle est déjà acquise. Il peut être souhaitable de l’affirmer dans une loi, mais cela n’empêchera pas les tribunaux d’en interpréter, le cas échéant, le sens et la portée. Du reste, la Cour d’appel vient de le faire dans la fameuse cause du maire Tremblay.

2- Le Notre Père au conseil municipal

Commentaire. Je n’ai pas eu le temps de lire le jugement de la Cour d’appel dans la cause du maire Tremblay. A priori toutefois, la décision du tribunal est plus que surprenante : je n’arrive pas à comprendre comment une prière chrétienne puisse être récitée par un officier public dans le lieu même où s’exercent des fonctions publiques sans remettre justement en cause la neutralité de l’État. Cette décision mériterait d’être portée en appel.

3- Déplacer la date des élections pour accommoder les juifs.

Les libéraux voudraient ainsi permettre aux électeurs juifs de célébrer l’une de leur fête religieuse.

Commentaire. En soulevant ce lièvre, les libéraux n’ont pas vu plus loin que le nez …du lièvre! La loi électorale prévoit déjà un accommodement pour tout le monde et pour toutes les raisons que l’on pourrait invoquer : le vote par anticipation, voire par la poste. Plus accommodant que cela, tu meurs!

4- Une fédération sportive  crée un drame national en interdisant le port du turban dans les matchs de foot.

Commentaire. Il suffisait d’y penser!

L’un de mes proches, juriste professionnel, me faisait remarquer que la notion d’accommodement raisonnable a subi progressivement une importante mutation. Conçu à l’origine par la Cour suprême, pour rétablir l’égalité entre les citoyens qu’une loi générale objectivement neutre peut mettre à mal. Voilà que l’accommodement est dorénavant invoqué pour lui-même, parce que  l’on est différent sur le plan religieux. La Cour suprême, dans sa libéralité toute multiculturelle, a d’ailleurs prêté flanc à cette interprétation. Mais elle a commencé à « pédaler à reculons », en particulier dans l’affaire d’une secte de l’Ouest dont les membres refusent d’être photographiés  en vue de l’obtention de leur permis de conduire. Le tribunal a déclaré que l’atteinte au droit à l’égalité doit être substantielle. Bref, ça doit faire mal un peu plus qu’un peu!

Cela dit, attendons voir ce que nous proposera le ministre Drainville à l’automne. Mais, à vrai dire, je n’ai guère confiance en son jugement.  Surtout qu’il semble vouloir légiférer par sondage. Le Secrétariat aux institutions démocratiques qui est chargé de le conseiller  a commandé à Léger Marketing un sondage sur les accommodements raisonnables. Or il confirme l’aversion d’une large majorité des Québécois, surtout francophones, pour ces accommodements. Mais, paradoxe, 58% des Québécois sont d’accord avec la présence du  crucifix à l’Assemblée nationale.