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LES COMMISSIONS SCOLAIRES SÉRIEUSEMENT MISES À MAL

C’est rare! La semaine dernière, les commissions scolaires ont mobilisé les médias. La ministre de l’Éducation, Mme Malavoy et la première ministre, Mme Marois, ont remis en cause leur pouvoir de taxation, voire l’existence même de ces institutions.

Hélas, les commissions scolaires ne bénéficient guère de l’appui populaire. La hausse substantielle la taxe scolaire n’a évidemment pas aidé. Au surplus, la très faible participation des citoyens aux élections scolaires, tout comme le grand nombre de candidats élus par acclamation – les deux tiers – ont entraîné un déficit de légitimité envers cette institution vieille de 173 ans.

Les commissions scolaires en sont d’ailleurs bien conscientes: elles se sont donné un programme pour renverser le cours des choses. Ce ne sera pas chose facile. La faible participation aux élections scolaires a des causes multiples qui s’additionnent et sur lesquelles elles n’ont pas tous de prise.

Des causes historiques d’abord.  La tradition des élections scolaires demeure mal ancré dans nos pratiques. En effet, jusqu’en 1960, seuls les propriétaires avaient droit de vote. À Montréal et Québec, les premières élections scolaires datent de 1973. Les commissaires étaient nommés par l’évêque, la municipalité et le gouvernement du Québec. Pour sa part, la Commission Parent a observé que la participation n’avait jamais été significative. Elle en avait conclu qu’il valait  mieux confier l’élection des commissaires à un collège formé des parents membres des comités d’école auxquels on reconnaissait enfin un rôle officiel dans l’école. La recommandation n’a pas été retenue.

Des causes sociologiques ensuite. Certes, l’éducation concerne l’ensemble de la population, mais en pratique seuls les parents ont un intérêt immédiat dans l’organisation des écoles. Or ceux-ci forment le tiers seulement de la population adulte. Ceux qui n’ont pas d’enfants ou non plus d’enfants d’âge scolaire  se demandent pourquoi ils voteraient? La scène municipale est différente à cet égard, car généralement tous sont directement concernés par ce qui s’y passe.

Au surplus, l’intérêt des parents pour l’éducation est pour la majorité d’entre eux avant tout individuel et non pas social ou citoyen. Cela s’observe par leur peu de participation aux élections de leurs propres représentants au sein des conseils d’établissement.

Des causes culturelles encore. Depuis toujours, la chose scolaire n’est pas perçue comme un univers qui relève de la politique. C’est pourquoi du reste, il a fallu attendre jusqu’en 1964 avant que le Québec se donne un ministère de l’Éducation. Même la Fédération des commissions scolaires s’est, à l’époque, opposée à sa création tout comme, d’ailleurs les syndicats d’enseignants! Au plan local, cet apolitisme domine encore.

Des causes politiques encore. Une commission scolaire n’étant pas traditionnellement considérée comme une institution à caractère politique, les candidats aux élections ne ressentent pas le besoin ni de se présenter en équipe avec un programme commun, ni même de proposer aux électeurs des enjeux susceptibles de mobiliser les électeurs et les inciter à faire un choix rationnel entre deux ou plusieurs candidats.  Pourquoi alors se déplacer ?

Des causes organisationnelles et administratives enfin. Alors qu’on compte plus de 1000 municipalités au Québec, il n’y a que 72 commissions scolaires. Leurs territoires sont donc grands, parfois très grands. Il s’ensuit que les électeurs sont de plus en plus éloignés du siège du pouvoir. Au surplus, aux élections de 2014, on réduira encore le nombre de commissaires. Cela aura comme effet de rendre encore plus difficile leur rapport avec les électeurs. La capacité financière et pratique d’informer les électeurs déjà peu intéressés est un défi pratiquement impossible à relever.

Or si le système électoral scolaire n’est pas substantiellement différent du système municipal et même provincial, l’ensemble des conditions dans lesquelles s’exerce la démocratie scolaire sont substantiellement différentes.

L’élection de 2014 va évidemment constituer un nouveau test et un énorme défi. La loi électorale scolaire compte heureusement des mécanismes nouveaux, notamment, sur le plan de l’information, susceptibles de favoriser la participation. Encore faudra-t-il que contrairement à ce qui s’est passé en 2007, on les utilise pleinement. De son côté, la Fédération des commissions scolaires est heureusement déjà à l’œuvre pour animer la population et l’amener à voter. 

Mais une inconnue vient de s’ajouter à l’équation : en effet, quel impact auront les soubresauts politiques provoqués par le conflit autour de la taxe scolaire sur les élections de 2014? Cette nouvelle donne vient sérieusement perturber la situation et possiblement affaiblir encore la légitimité des commissions scolaires. Les réactions de l’opinion publique sont inquiétantes à cet égard. D’où l’intérêt de sortir rapidement de ce conflit.

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LA SÉLECTION AU PRIVÉ : LA CRAINTE EST LE COMMENCEMENT DE LA SAGESSE!

Les établissements d’enseignement privés sentent manifestement la pression. Depuis bien des années, on leur reproche de n’accueillir que les élèves dont la réussite est probable. Un bon test d’admission auquel ont toujours recours la majorité d’entre eux permet de le vérifier. On délaisse donc les élèves en difficulté d’apprentissage. Mais on proteste encore qu’on ne fait pas de sélection! Je les croirai quand ils aboliront ces tests.

L’actuel gouvernement  a mis aussi de la la pression. Reprenant la plateforme électorale de son parti,  Mme Malavoy a, l’automne dernier,  promis de passer à l’action ! La dite plateforme électorale précisait qu’un gouvernement péquiste « modifiera les règles de financement des écoles privées afin d’introduire une obligation d’intégration et de rétention des élèves qui ont des difficultés, faute de quoi ces écoles verront leur subvention diminuer graduellement ».

Un communiqué de la Fédération des établissements d’enseignement privés nous apprend aujourd’hui que plus de 1000 personnes de la région de Québec sont actuellement réunies  en colloque  dans le but «  d’échanger sur les réussites et les meilleures pratiques et visent à identifier certaines caractéristiques d’un modèle propre à assurer une inclusion réussie des élèves à besoins particuliers ».  C’est jargonneux à souhait, mais on comprend!

« Les écoles privées accueillent déjà des élèves qui ont des besoins particuliers et elles sont ouvertes à en accueillir davantage », précise un directeur, ajoutant : « Évidemment, il n’est pas question de baisser les standards. Il faut outiller ces élèves et les accompagner pour qu’ils réussissent leur cheminement scolaire et développent leur plein potentiel, en surmontant les obstacles qui se dressent sur leur route. »

« Lorsque nous accueillons un élève, nous voulons l’accompagner jusqu’à la fin de son cheminement scolaire. Les écoles privées de la région de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches se donnent les moyens nécessaires pour contribuer davantage à accroître le taux de persévérance scolaire, et nos résultats en cette matière en témoignent », ajoute un autre directeur.

Bref, on bouge. Mais à quel rythme et jusqu’où? Le MELS devrait vérifier ce qui se passe concrètement sur le terrain en dénombrant les étudiants qui d’une année à l’autre se font renvoyer du  réseau privé pour passer à l’école publique et pourquoi.

Pour ma part, je soutiens que dans une société qui reconnaît officiellement dans sa Charte des droits et libertés le droit de fréquenter l’école privée, qui au surplus la subventionne largement, je soutiens, dis-je, qu’au nom du droit à l’égalité, les établissements privés doivent accueillir tous ceux qui frappent à leur porte sans égards à leurs talents. La concurrence ne doit pas se faire en sélectionnant les élève, mais plutôt par la qualité des services offerts par l’école.