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3- LA VALORISATION DE L’ÉDUCATION – SA PLACE DANS LES MÉDIAS

Si l’éducation est une valeur, autrement dit si on lui accorde de l’importance, on peut penser que les médias devraient en traiter. Bien que, soutient Jean-François Dumas, pdg d’Influence Communication, les médias s’intéressent moins à ce qui est important qu’à ce qui est vendeur. Aussi, lit-on dans le rapport annuel de cette société, l’éducation est « un thème normalement presque absent de l’actualité ».

De mon côté, j’ai examiné la place qu’occupent quelques thèmes relatifs à l’éducation dans les principaux quotidiens du Québec. J’ai retracé la fréquence entre novembre 2011 et novembre 2012 de certains mots ou expressions s’y rapportant dans la banque de données Eurêka*

Évidemment, cette statistique ne porte que sur ces mots sans égards au contexte. Ils ne disent rien non plus de l’importance de la nouvelle ou du propos. Ils sont néanmoins un indicateur utile, surtout s’il s’agit de mots ou d’expression qui renvoient à des réalités précises.

Le tableau qui suit rend compte de mes trouvailles.

Mots  Devoir Presse Soleil Nouvelliste Tribune Quotidien Moy an Moy sem Can français
éducation

1634

1560 1676 1135 1477 1056 1016  21,5

40 871

école et éducation

551

518 512 423 501 314 404  8,1

14 763

enseignant/e

481

455 299 370 360 255 319  6,4

10 585

enseignant/e et éducation ou école

318

271 269 229 246 163 215  4,3

7620

commission scolaire

208

252 269 337 414 365 264  5,3

8330

ministère de  l’Éducation

112

129 108 81 101 66 86  1,7

2707

persévérance scolaire / décrocheur

35

26 28 30 61 31 30  0,6

1177

Ce qui frappe au premier abord, c’est l’importance de l’occurrence du mot « éducation ». On le retrouve en moyenne 1016 fois dans les six quotidiens, soit près de 22 fois par semaine.  Le Soleil de Québec est le champion avec 1676 occurrences, soit plus de 33 fois par semaine. Dans l’ensemble des médias écrits du Canada français, on compte 40 871 occurrences du mot éducation pur toute l’année. Même le thème très spécifique de la persévérance scolaire revient en moyenne presque au quatre jour.

La variation du nombre d’occurrences d’un même thème d’un quotidien à l’autre retient aussi l’attention en ce qu’elle n’est pas si grande. Peut-être retiennent-ils en bonne partie les mêmes nouvelles. Une étude plus approfondie à cet égard permettrait de vérifier ce qui constitue le noyau dur de l’actualité en éducation, c.-à-d.  quand on retrouve en même temps la même nouvelle dans tous les quotidiens du Québec. Ce serait donc ce qui, a priori, est apparu le plus important ou, vu du point de vue de M. Dumas, ce qui est le plus vendeur! Pour avoir été reporter à l’éducation pendant 16 ans au Devoir, et m’être battu « pour la une», j’ai des réserves sur sa vision des choses.

Par ailleurs,, cette analyse sommaire ne tient pas compte de la place que l’éducation occupe ni dans les hebdos régionaux,  ni dans les médias électroniques. A priori, j’ai le sentiment qu’elle est moins importante que dans les imprimés. N’empêche, un site comme AMEQ en ligne diffuse chaque jour une bonne trentaine des communiqués émis par les institutions scolaires. Plusieurs sont sans doute repris, surtout dans les médias régionaux. Au surplus, la place de l’éducation va croissante dans les médias sociaux. Ainsi, on trouve un nombre important de blogues consacrés à l’éducation.

On retiendra de ce coup de sonde que l’éducation occupe dans nos quotidiens une place significative, du moins à mes yeux.  Cette place témoigne de l’importance sociale que les patrons de presse lui accordent.  D’autant qu’au moins la moitié d’entre eux affecte un journaliste à sa couverture quotidienne.

* Le Journal de Montréal et le Journal de Québec n’y sont toutefois pas répertoriés. J’ai aussi omis Le Droit d’Ottawa qui couvre Ottawa, mais aussi l’Outaouais québécois.

Demain: la valorisation de l’éducation dans les sondages d’opinion

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2- LES INDICATEURS DE VALORISATION DE L’ÉDUCATION DANS NOS ENVIRONNEMENTS IMMÉDIATS

Les premiers indicateurs de la qualité de l’éducation autant que de son importance s’observent dans le discours et les pratiques au sein des milieux où chacun vit.

Ainsi, s’agissant de la qualité de l’éducation, les parents cherchent à se faire une opinion sur telle ou telle école, sur tel ou tel enseignant. Ils questionnent parents, amis, collègues à cet égard. Ils consultent les encarts publicitaires dans les journaux et les palmarès. Ils fréquentent les « portes ouvertes », etc.

D’autres indices témoignent plutôt de l’importance de l’éducation. Ainsi, bien des parents aident leurs enfants à faire leur devoir ou regrettent de ne pas le faire suffisamment en raison de leurs horaires de travail chargés. Néanmoins, ils scrutent leurs bulletins, se présentent aux rencontres avec les enseignants, portent attention à l’agenda de leurs enfants et aux messages qu’ils y trouvent.

L’attrait de l’école privée et des filières particulières, voire sélectives, à l’école publique, traduit à la fois comment les parents, surtout au sein des classes moyennes, accordent à la fois de l’importance à l’éducation, mais en même temps à sa qualité. Mais cet attrait révèle aussi  leurs inquiétudes. 

Le choix massif des parents et des adolescents pour la formation générale au secondaire plutôt qu’à la formation professionnelle constitue aussi un autre indicateur de la valeur personnelle et sociale de l’enseignement supérieur. Il  demeure pour beaucoup l’idéal à atteindre. La mobilisation étudiante du printemps érable, malgré ses ambiguïtés, en témoigne aussi.

La crainte partagée par 38% des parents (selon le récent sondage Léger Marketing mené par la Fondation Chagnon) de voir leurs enfants décrochés de l’école fournit à sa manière un indice des avantages que procure l’éducation. Et la proportion grimpe à 55% chez ceux et celles dont le revenu du ménage est de 20 000$ et moins. L’éducation n’est donc pas une valeur partagée par les seuls mieux nantis. La guerre déclarée au décrochage qui rallie maintenant une très large coalition d’acteurs, aussi bien au sein des institutions d’éducation que dans la société civile,  est éloquente. Les troisièmes Grandes rencontres sur la persévérance scolaire qui réunissaient, début de semaine, quelque 1400 personnes marquent à cet égard un sommet. L’objectif  d’atteindre en 2020 un taux de diplomation à l’ordre secondaire de 80% avant l’âge de 20 ans constitue sans conteste un indice significatif de nos aspirations. Et il est en voie de réalisation grâce aux efforts soutenus et coalisés du milieu.

D’autres signes sont révélateurs. Ainsi, les prix d’excellence de toutes sortes se multiplient. De nouveaux blogues apparaissent chaque semaine, dont certains créés par les élèves comme outils pédagogiques. De même, la société civile voit naître en son sein de multiples associations à caractères éducatifs qui font la promotion de l’éducation. L’émergence relativement récente chez nous de quelques grandes fondations consacrées à la promotion de l’éducation participe au même mouvement. À leurs manières, les critiques médiatiques, pas toujours fondées, de notre système d’éducation rendent compte de l’importance qu’on lui attache.

On ne saurait toutefois tomber dans un optimisme béat. Ainsi, chez les parents, l’intérêt certain pour l’éducation revêt  presque exclusivement un caractère individuel. En témoigne leur peu de participation aux élections chargées d’élire leurs représentants au sein des conseils d’établissement. Il en est de même pour l’absence même d’« organismes de participation des parents » dans nombre d’écoles. De même. les taux faméliques aux élections scolaires en est venu à constituer un enjeu touchant l’existence même des commissions scolaires.

Surtout, l’école comme le faisait remarquer mercredi, Claude Lessard, président du Conseil supérieur de l’éducation, pour l’heure, c’est l’école privée qui est valorisée dans l’opinion alors que l’école publique est dévalorisée. D’ailleurs, ajouterai-je, les commissions scolaires ont inventé toutes sortes de filières pour concurrencer (donc ajouter de la valeur) l’école privée au sein des écoles qu’elles administrent. Cela tient sans doute au mauvais départ que l’école secondaire a connu lors de son explosion à la fin des années 60.

Au total, néanmoins, ce bilan des indicateurs informels sur la qualité et l’importance de l’éducation m’apparaît largement positif.

Lundi : La valorisation de l’éducation dans les médias.

1- LES QUÉBÉCOIS VALORISENT-ILS L’ÉDUCATION?

Cette semaine avaient lieu au Palais des congrès les Grandes rencontres sur la persévérance scolaire. Dans l’atelier où je suis intervenu avec trois autres « experts » (!), on y a traité  de « la valorisation de l’éducation ».

Pour ma part, j’ai choisi de traiter des indicateurs de cette valorisation. Autrement dit, comment sait-on si la société québécoise accorde ou non, ou dans quelle mesure, de la valeur à l’éducation. Évidemment, il n’existe pas une telle chose qu’une unité de mesure de cette activité humaine! C’est donc indirectement qu’il est possible de répondre à la question, en cherchant les signes, les indices d’une telle valorisation.

Mais encore faut-il définir ce que l’on entend par valeur. Mon dictionnaire Antidote m’en a fourni trois définitions:

1- « Caractère mesurable d’un objet en tant que susceptible d’être échangé, d’être désiré, d’être vendu ».

C’est la valeur en soi ou objective, dite aussi marchande. Ainsi, on sait ce que coûte une Mercedes. Mais on connaît aussi le prix des services éducatifs sur le marché privé. Par exemple, le coût de l’école privée. Ou encore le coût par personne de la formation de chaque élève de la maternelle à l’université et donc indirectement le prix que l’on paie en impôt à cette fin.

2- « Qualité essentielle d’un objet qui le fait apprécier par la personne qui la possède ».

C’est la valeur pour soi ou subjective, souvent inestimable monétairement. Par exemple,  la remarquable photo de mariage de l’arrière-grand-père et de l’arrière-grand-mère. Ou encore telle école hors du commun que fréquente son enfant, voire de l’éducation reçue dans son enfance.

3- « Importance que quelqu’un attache à quelque chose; ce en quoi quelque chose est digne d’intérêt ».

C’est la valeur idéale, celle que l’on recherche, que l’on désire, qui ultimement fait rêver. C’est en ce sens que l’on se parle de la valorisation de l’éducation par les Québécois.

Cela dit, la valeur d’un objet, peu importe sa nature, est une réalité variable.

  • En fonction du temps qui passe. Jusqu’en 1950, l’éducation n’était guère valorisée, sauf pour et par les élites dans une société qui considérait la hiérarchie sociale comme une chose normale, voire voulue par Dieu!
  • En fonction de la position sociale de chacun. Un Paul Desmarais a jugé bon faire étudier ses fils en Suisse! Mme Côté, femme séparée d’Hochelaga-Maisonneuve, n’a guère le choix de l’école pour ses enfants.
  • En fonction de l’éducation déjà acquise. Jadis, les professionnels passés par le collège classique y envoyaient leurs enfants. Etc.

Mais parler de la valeur de l’’éducation en général ne nous avance guère. C’est abstrait. En fait, les gens valorisent tel type d’éducation, tel type d’école, tel type d’enseignement. Ils le font en fonction de leur système général de valeurs, de leurs aspirations sociales (ou économiques) ou encore des idéologies qu’ils partagent avec d’autres,

Par exemple, la distribution des matières dans le curriculum ou le « poids » qu’on leur accole ou non pour la diplomation, montrent bien qu’elles n’ont pas tous la même valeur sur ce « petit marché » qu’est l’école.  Pensons au projet d’enseigner intensivement l’anglais en 6e année!

Demain : 2- Les indices de valorisation dans nos environnements immédiats